La petite aimait les sucettes !

Sucettes

Nous sommes en 1998. Ma fille aînée à 3 ans et je travaille à Pantin (93). Je gare chaque jour ma voiture dans une cour annexe de l'entreprise, le long de la maison du gardien. Celui-ci est un arménien d'origine syrienne, arrivé en France 20 ans plus tôt mais parlant le français comme Jane Birkin (*).

Il a lui aussi une fille det 3 ans, très copine avec la mienne car sa maman, qui ne travaille pas,  a l'extrême obligeance de bien vouloir me garder gracieusement ma fille les jours de grève et les vendredi après-midi !

Lorsqu'il lui arrive de me voir arriver, aux beaux jours, la petite fille en question m'accueille toujours avec plaisir, car elle n'est pas sans ignorer que je dispose souvent de bonbons, sucettes et autres friandises dans ma boîte à gants.

À peine me suis-je garé, ce jour là, que la petite jaillit du perron pour se précipiter vers moi, toute guillerette :

- "Bonjour Jean-Pierre ! Tu me donnes une sucette ?"

Fronçant alors les sourcils, tout en faisant un clin d'oeil à sa maman, en train d'arroser ses jardinières, je m'attache à essayer de lui faire indirectement et subtilement (pensais-je) remarquer qu'un petit "S'il te plaît", en fin de phrase, ne serait pas de trop, en pareille circonstance.

- "J'ai bien des sucettes et je t'en donnerai une avec plaisir. Mais je pense qu'il y a une petite erreur dans ta demande ; réfléchis bien !".

Perplexe, la petite écarquille les yeux et regarde sa mère, interrogative. Hélas, celle-ci lui confirme aussitôt.

-"Jean-Pierre a parfaitement raison, ma chérie ; il y a une petite erreur dans ta phrase... Mais je suis persuadée que tu vas trouver. Réfléchis bien..."

Alors, la petite fille, après avoir clairement fait fonctionner ses neurones jusqu'aux limites de la surchauffe, se lance une nouvelle fois, réellement abasourdie - on va le comprendre - de s'être ainsi méprise, jusqu'alors, sur... le genre du mot "Sucette" ; mais après tout son papa lui-même fait régulièrement de telles fautes, elle le sait bien !.

-"Tu me donnes... UN sucette ?" !

Par la suite et depuis lors, j'ai naturellement pris soin, en pareilles circonstances, d'utiliser la formule "Je pense qu'il manque un petit mot", plutôt que "Je crois qu'il y a une petite erreur"...

 

(*) Jane Birkin est une actrice et chanteuse britannique, née le 14 décembre 1946, mère de la photographe britannique Kate Barry et des chanteuses et actrices françaises Charlotte Gainsbourg et Lou Doillon. Installée en France depuis sa rencontre avec l'auteur, compositeur et interprète Serge Gainsbourg, en 1969, elle continue néanmoins d'avoir, un demi-siècle plus tard, un accent à couper au couteau et à sembler ignorer le genre des mots les plus courants, pouvant ainsi évoquer "la" couteau, posé sur "le" table...

"De la meilleure façon de répondre aux pervers"...

Nous sommes en juillet 2000 et c'est le début des vacances estivales. Époque reculée oblige, c'est une vidéo-cassette de film d'animation que ma fille d 5 ans et ma belle-fille de 7 ans regardent paisiblement une dans le salon.

À quelques jours de notre départ en vacances en Dordogne (24), mon épouse et moi descendons dans notre garage, situé dans le sous-sol de notre résidence et qui nous sert de garde-meubles. Afin d'y faire un peu de rangement et de remonter dans l'appartement différents équipements de baignade ou de plein air.

Notre absence dure à peine vingt minutes, mais mon épouse est d'un naturel inquiet, ce qui n'est pas vraiment mon cas... Nous avons tous les deux reçus, en effet, une éducation radicalement différente, que nous avons naturellement eu tendance à transmettre à nos enfants respectifs.

Sa fille est donc aussi facilement apeurée qu'elle, lorsque la mienne m'a toujours montré, dès son plus jeune âge, qu'elle ne risquait pas de se laisser embêter par grand monde !

Imaginez donc son état lorsqu'elle découvre, en rentrant dans notre appartement, sa fille de 7 ans, en larmes, nous expliquant en sanglotant qu'un "méchant monsieur" a téléphoné et que, lorsqu'elle a décroché pour lui parler, - en dépit de nos consignes - le sinistre personnage a commencé à lui raconter des "cochonneries de sexe toutes dégoûtantes que j'ai pas compris" et cela, hélas, sans que ses récriminations et ses pleurs ne parviennent à l'interrompre...

Mon épouse, affolée, : "Mais enfin ma pauvre chérie, pourquoi donc as-tu décroché ? Je t'avais bien dit de laisser sonner, puisqu'il y a un répondeur ! Tu es bien trop jeune pour répondre ainsi à des inconnus... Et pourquoi n'as tu pas raccroché dès que tu l'as entendu dire ses obscénités ?".

C'est alors qu'intervient ma fille : "Ben oui, c'est vrai ; d'abord moi j'ui ai dis qu'i fallait pas répondre ! Et pis aussi qu'elle avait qu'à raccrocher puisque c'était un débile !",

Moi : "D'accord Audrey, on a compris..."

Ma fille : "Alors à la fin, comme elle pleurait toujours mais qu'elle raccrochait pas, j'ai pris le téléphone avec le débile et j'lai crié très très fort !",

Ma femme : "Quoi ? Toi aussi tu lui as parlé ! Mais que lui as-tu donc dit à ce pervers ?",

Ma fille : "Ben j'ui ai dit T'arrête de raconter des cochonneries de sexe comme ça, parce que ma soeur ça la fait pleurer d'abord ! Et pis mon père quand i' va rev'nir i' va t'casser la figure et moi j'te taperai avec des bâtons pasque t'es un débile et pis j'te mettrai des grands coups d'pieds dans les jambes que ça fait super mal !.... Alors il a arrêté d'parler et p'i il a raccroché !".

Ben tiens ! Pervers, taré, mais pas si fou que ça, le type !
Je gage que si toutes les victimes d'appels téléphoniques obscènes pouvaient avoir cette réactivité et cette force de caractère, leur espèce serait peut-être en voie de disparition !

"Deux conceptions parentales du rangement...".

La scène se déroule à l'hiver 2004. Je me suis remarié en 1999 et vis à Aix-en-Provence (13) avec ma nouvelle épouse et ma belle-fille. Àgée de 5 ans, ma fille, qui vit à Paris (75) chez sa maman, vient régulièrement nous voir en avion, en tant que mineur non accompagné.

Ce jour là, nous arrivons tout juste de l'aéroport de Marignane (13), où je suis allé la chercher seul en voiture.

Sitôt la porte franchie, elle saute au cou de sa belle-mère et de ma belle-fille pour les étreindre et les embrasser chaleureusement dans l'entrée. Avant de suivre ma belle-fille dans leur chambre, en laissant négligemment tomber son bonnet, son écharpe et son anorak sur le sol de l'entrée... et en balançant tranquillement ses chaussures de chaque côté du couloir... alors que nous avons pour habitude d'accrocher nos vêtements à des patères situées à différentes hauteurs et de ranger nos chaussures sur des étagères ; laissant de ce fait ma femme bouche bée, littéralement abasourdie devant ce spectacle, relevant - pour elle - d'un monde parallèle !

Prenant conscience de sa bévue, ma fille ressort cependant aussitôt de sa chambre en s'esclaffant : "Oups ! J'me suis trompée d'maison ! J'me croyais chez ma mère !".

Et d'aller aussitôt ranger ses chaussures et accrocher son anorak, son bonnet et son écharpe !

Aujourd'hui âgée de 24 ans, la petite fille d'alors devenue grande se qualifie elle-même d'"aussi bordélique que maniaque" !

Je m'interroge encore sur l'origine mystérieuse de son côté maniaque... Il faudra que j'en parle à mon psychiatre.

"Le mystère du bulot mort".

Un bulot sur le sol

J'adore les bulots et j'en achète et mange plusieurs fois par an. En sorte que ma fille cadette a appris le nom de cet animal très tôt.

Un jour de l'automne 2010, je me promène avec elle, alors âgée de cinq ans, lorsque celle-ci me montre des coquilles d'escargots morts sur le côté du chemin.

- "Tu sais papa, cet été, avec grand-mère, on a trouvé un bulot mort dans l'allée près de la maison !",

- "Ah bon ? C'est étrange. Il a dû tomber d'un sac poubelle éventré et être ensuite ramené par le chien...",

- "Non, mais tu sais : un bulot, comme les petites souris !"...

Explication
Sa confusion résulte de l’homophonie entre les mots « Bulot » et « Mulot ».

Leçon de conduite : comment se faire bien voir de sa belle-mère lorsque l'on a 6 ans...

La scène se déroule à Aix-en-Provence (13) en 2001, deux ans après mon remariage.

Mon épouse a son permis de conduire depuis des années, mais elle n'a absolument jamais osé prendre le volant car la conduite lui fait peur.

Chacun de nous a déjà eu une fille d'une précédente union et nous envisageons d'avoir ensemble un troisième enfant. Ce qui l'incite, malgré tout, à surmonter son angoisse, car pouvoir conduire la rendrait naturellement bien plus autonome.

Aussi nous annonce-t-elle un jour qu'elle a décidé de prendre quelques leçons de conduite avec le fils d'une amie, propriétaire d'une auto-école, afin de se rassurer et d'oser prendre le volant. D'abord à mes côtés, comme je le lui ai déjà bien sûr proposé, puis toute seule.

Très gentiment, nos deux adorables fillettes, alors âgées de 6 et 8 ans, s'empressent de lui offrir - avec mon aide bienveillante - l'argent nécessaire au paiement de quelques leçons.

Trois mois plus tard, ma fille, âgée de 7 ans, revient en vacances chez nous. Sitôt arrivée à la maison, elle demande à mon épouse :

- "Alors, ça y est tu as pris les leçons pour conduire les voitures ?,

- Bien sûr ma chérie : j'ai utilisé votre gentil cadeau. J'en ai même pris 3 de plus !,

- Ah bon ; alors maintenant c'est toi qui conduis ! Tu vas nous emmener voir Papou et Grand-Mère dimanche ?,

- Euh, non ma chérie... toujours pas ! Malheureusement, j'ai toujours aussi peur, tu sais...

- Ben moi, ma mère elle a pas peur de conduire ! Et elle fait même de la moto aussi... et ça lui fait même pas peur ! Mais bon, c'est vrai que elle, elle est mince, aussi !...".

Épilogue : il est amusant de savoir que, presque 20 ans plus tard, ma fille n'a - pour sa part - toujours pas décroché son permis de conduire...

"La langue des crevettes".

Crevettes

Ce mot d'enfant n'est pas vraiment familial, pour une fois, puisque l'anecdote concerne la petite Françoise Marette, future grande pédiatre et psychanalyste française, spécialiste de la psychanalyse des enfants, devenue célèbre sous le nom de Françoise Dolto.

Âgée de cinq ans, elle s'enquit en effet un jour, très intriguée, de savoir quelle langue parlaient donc les crevettes pour que les grandes personnes puissent les comprendre ?

Et, comme ses interlocuteurs adultes s'étonnaient de sa question, la petite fille expliqua : "Vous dites que les crevettes demandent à être cuites vivantes !".

"Le bout du bout du bout !".

Frise temporelle

Tout a une fin, c'est bien connu... Et en voici une démonstration très concrète !

La scène se déroule en août 1995, à Châtel-Censoir (89), pour le baptême d'Audrey, ma première fille, née le 18 mai.

Nous accueillons à la campagne, dans la vaste maison de ma belle-mère, une trentaine de personnes, amis et familles réunis. Parmi elles, une bonne demi-douzaine d'enfants, dont mes nièces par alliance, alors âgées de 3 et 5 ans.

Léa, la cadette, me prend soudainement à part, avec de grands airs de conspirateurs. Elle m'apprécie assez depuis qu'à deux reprises, 18 mois plus tôt, sa tante et moi l'avions emmenée avec nous dans cette même maison, afin de valider la réalité concrète de la présence d'un jeune enfant et donc la viabilité de notre désir de progéniture. Je me fondais en effet sur le principe que si j'étais capable, ne serait-ce que deux jours durant, de changer les couches d'un enfant qui n'était même pas le mien et de me lever pour lui la nuit, c'est que j'étais manifestement mûr pour être parent ! Ce qui, à vrai dire se vérifia parfaitement.

  • Dis Jean-Pierre, tu peux me dire elle est grande comment ta fille ?

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Quels curieux animaux ! Connaissez-vous le "Kâne" ? Et le "Râne" ? Le "Fâne" non plus alors ?

Famille d'ânes

Découvrez-donc ma première rencontre avec ces étranges créatures animales, que sont le "Zâne", le "Râne", le "Kâne", le "Tâne", le "Lâne", le "Nâne", le "Fâne" et le "Dâne" !

La scène se situe en fin de journée, début 1965, de l'autre côté de la Méditerranée. J'ai 3 ans et demi et je joue sur le balcon de l'appartement de mes parents. Mon père me rejoint et attire mon attention sur l'arrivée progressive, près de la fontaine, d'un petit troupeau d'ânes venus s'abreuver. Il s'agit là d'un animal que je n'ai pas encore eu le loisir de voir et je bondis donc, assez émerveillé par le spectacle si proche.

Là, commence un dialogue que n'aurai pas renié le regretté humoriste Raymond Devos ! Jugez-en plutôt :

Mon père : "Regarde Jean-Pierre les ânes qui arrivent !"
Moi : "Oh ! Y-en a beaucoup des zânes !

Troupeau d'ânes
Troupeau de "zânes"

Et y-a un petit zâne aussi là-bas !" (sic)

Mon père : "Non, Jean-Pierre, on dit un petit âne...

Ânon gambadant
Un petit "tâne"

Et - c'est ma foi vrai que c'est bien compliqué ! - un... âne !"

Un âne
Un "nâne"

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"Mon papa aussi il en a une, mais elle est verte !".

Été 2011. En vacances chez des amis, j'effectue du tri parmi mes montagnes de notes papier (je suis notoirement impliqué dans la déforestation d'une partie de la forêt amazonienne...).

Tandis que je regroupe différents documents à l'aide de mon agrafeuse, de couleur grise, je constate que la petite fille de mes hôtes m'observe avec attention.

Nos regards se croisant, elle éprouve le besoin de m'expliquer à tue-tête : "Nous aussi on en a une ! Mais la "Grafeuse" à mon papa elle est verte !

Agrafeuse verte

"Sacrée fête foraine !".

Camion T.I.R.

Nous sommes début juillet 1971. J'ai presque dix ans et nous sommes en famille, sur l'autoroute A6 - "L'autoroute du soleil" -.

Nous roulons en direction de Sanary-sur-Mer (83), où nous allons passer nos vacances.

Malgré la lecture, la route est longue et monotone. Et à plusieurs reprises, déjà, j'ai dû sortir le nez de mon livre en entendant maugréer mon père après les grappes de poids-lourds, relativement nombreux il est vrai ce jour-là. Les camions roulent en effet moins vite que les véhicules particuliers et ont donc tendance à générer derrière eux de nombreux ralentissements.

Après quelques heures de trajets et plusieurs dépassements de ce type, un détail m'interloque : une bonne partie des semi-remorques ainsi doublés arborent, à l'arrière, une petite plaque blanche avec l'inscription "TIR".

J'en conclus aussitôt à voix haute : "Il doit y avoir une sacrée fête foraine un peu plus loin, vu tous ces camions de tir !"
"Pas vraiment !" m'explique alors mon père, amusé.

Les lettres "T.I.R." constituaient en effet un acronyme signifiant "Transit International Routier" (ou "Transport International Routier"), un régime fiscal douanier conçu pour faciliter au maximum les mouvements de marchandises dans le transport international routier.

Vexé comme un pou, je commençais ce jour-là ma collection d'acronymes !

Sans filtre... ou "La question qui tue" !

La scène se déroule en 2004. Ma fille aînée souhaitant un vélo pour ses 8 ans, nous décidons de commencer à nous renseigner sur les modèles existants et les prix, au rayon "bicyclettes" de l'hypermarché le plus proche.

Un rayon vélos de grande surface

D'assez nombreux modèles sont exposés, dont plusieurs semblent convenir aux attentes de ma fille, tout en restant dans la fourchette de prix envisagée.

Nous nous posons néanmoins différentes questions et nous mettons donc en quête d'un vendeur susceptible de nous renseigner. La tâche s'avère naturellement ardue,  mais nous finissons par trouver, en pleine discussion au rayon "Jardinage", plusieurs vendeurs, dont l'un me fait la grâce de répondre, enthousiaste, "Ici : c'est moi le spécialiste !" à ma question "Pardon messieurs, pourriez-vous, s'il vous plaît, m'indiquer où et comment trouver le vendeur en charge du rayon "Vélos" ?".

Las, ma progéniture calme de suite les ardeurs de l'infortuné, aux côtés duquel nous rejoignons son rayon, d'un glacial : "En étant dans votre rayon vous en vendrez peut-être plus !"

Face à son sourire crispé, je me contente de savourer en mon for intérieur la pertinence et la causticité de la réflexion : les chiens ne font pas des chats !

Puis, faisant comme si de rien n'était, j'enchaîne avec nos différentes questions.

Les réponses embarrassées du vendeur allant cependant de "Je ne sais pas trop" à "Je ne saurais vous dire", "Alors là !", "Aucune idée", "Ça je ne sais pas", "Sans doute que oui ?" ou "Probablement que non", je ne suis guère étonné d'entendre ma fille lui demander, en guise de conclusion, : "Et sinon, avant aujourd'hui, vous faisiez quoi comme métier ?"...

"Quelle affreuse maladie !".

La scène se passe au début des années 2000. De passage à Paris (75), je suis à la sortie d'une école maternelle, où je suis venu attendre ma fille aînée, dont je vis séparé.

Lorsqu'elle sort, elle est en grande conversation avec une autre petite fille, attendue par un monsieur sensiblement plus âgé que moi et situé à quelques mètres.

Après m'avoir sauté au cou, ma fille m'explique qu'il s'agit de sa grande copine Sarah et que le monsieur en question "est son gentil papy (et) a failli mourir" !

Comme j'adresse une petite mimique de compassion à l'attention de celui-ci, sa petite-fille, qui a entendu les propos de ma fille, me lance alors : "Oui mon papy a eu un affreux ctus, mais maintenant il va bien !".