"Satanée peau !".

À l'été 2000, ma fille aînée a 5 ans et nous regardons en famille le journal télévisé, qui évoque une importante opération de chirurgie réparatrice, suivie d'une greffe de peau.

Elle s'exclame alors, toute fière, : "Moi je sais ce que c'est une greffe de peau !".

Relativement étonnés, sa mère et moi lui demandons ce dont il s'agit.

- "C'est quand la peau elle veut plus travailler !".

Explication
La confusion résulte de la paronymie entre les mots « Grève » et « Greffe ».

"Un truc de docteur" !

La scène se passe en juillet 1999 et nous venons, ma fille de quatre ans et moi, d'emménager à Aix-en-Provence (13), chez ma future épouse et sa fille.

J'ai rendez-vous avec un potentiel employeur dans la région et suis donc, pour une fois, habillé de façon à peu près classique, avec une chemise, une cravate et une veste.

Je m'apprête à sortir discrètement aux aurores, lorsque ma fille surgit dans le couloir.

M'apercevant ainsi habillé, elle s'exclame, stupéfaite, désignant... ma cravate : "Papa ! Pourquoi t'as mis un truc de docteur ?".

Le problème des retraites

Nous sommes dans le Lot (46), sur les bords de la Nationale 20, à l'entrée du petit village de Payrac, qui inspirera quelque temps plus tard son nom de scène au chanteur Nicolas Peyrac (avec un "e"). Mais je m'égare !

Mon père est originaire de la Dordogne (24) toute proche, où il a encore sa grand-mère, et mes parents décident d'y acheter une maison de vacances, en 1965.

J'ai 4 ans et l'on m'explique que, comme mes grands-parents paternels, qui vivent alors à Paris (75), vont bientôt prendre leur retraite, ils vont venir habiter cette maison, dans laquelle ils nous accueilleront durant les vacances.

Je demande alors si mes parents viendront aussi y habiter lorsqu'ils seront eux-mêmes à la retraite. Et si ma petite soeur - qui vient de naître - et moi auront également la possibilité de venir y vivre une fois en retraite (je vois loin !).

"Mais bien sûr !" me rassure gentiment mon père.

"Alors il faut en prendre une plus grande parce que celle-là elle va être trop petite quand on sera tous à la retraite !"

 

"Connaître la montagne mieux que quiconque !".

La scène se passe en juillet 1999. Nous dînons avec mon épouse et ma belle-fille, alors âgée de six ans, en regardant le journal télévisé. Celui-ci est essentiellement consacré à très grave accident de canyonisme, survenu en Suisse, ayant fait pas moins de 19 morts et deux disparus.

Un violent orage, non prévu par les services de la météorologie, avait éclaté au moment où les 53 membres d'une expédition se trouvaient dans le lit d'une rivière des Alpes bernoises, lorsque l'eau avait subitement tout emporté. La brusque montée des eaux était vraisemblablement due à la rupture d'un barrage naturel, formé par l'entassement de branches ou de troncs d'arbres et de pierres, après l'hiver particulièrement rigoureux qu'avait connu le pays cette année là, avec d'exceptionnelles chutes de neige.

Effondré par l'ampleur de la tragédie, l'organisateur de l'expédition, directeur d'une agence de sports extrêmes, reconnue pour son sérieux, ne s'expliquait pas les raisons de ce drame. En effet, ses accompagnateurs étaient tous des professionnels chevronnés, qui - affirmait-il - connaissaient la montagne "mieux que quiconque" !

"Ça alors !" lâche alors soudainement la petite, stupéfaite :  "On m'a pourtant toujours dit que "Ki-Konk" était un très grand singe !"

Sacré roi Kong !

La négation d'une négation donne une affirmation : démonstration !

J'ai 2 ans et demi et je marche avec mon père dans une rue commerçante. Je reconnais soudain l'enseigne de l'un de mes magasins favoris et m'exclame : "Papa : on va s'arrêter !"

"Non Jean-Pierre, on n'a pas le temps : on va pas s'arrêter !", me répond l'auteur de mes jours.

Ce à quoi je lui rétorque : "Non papa : pas passarrêter : s'arrêter !"

 

"Sacrés turcs !"

Nous sommes en 1971. Ma petite soeur a 6 ans et nous sommes en famille sur l'A6 - "l'Autoroute du soleil" - en direction de Sanary-sur-mer, dans le Var (83), où nous allons passer nos premières vacances à la mer.

Le midi, nous nous arrêtons pour pique-niquer sur une aire de repos. Et ma soeur demande à aller "Faire pipi". Ma mère lui indique les toilettes, toutes proches, en lui expliquant qu'elle commence à être une grande fille et peut donc essayer d'y aller seule, du côté des dames. Au moindre souci, il lui suffira de nous appeler pour demander de l'aide.

Relativement rassurée, ma soeur se dirige donc vers le petit bâtiment tout proche, y pénètre après nous avoir fait un petit "Coucou" avec la main, avant d'en ressortir quelques secondes plus tard avec une mine dépitée : "Maman ! Je peux pas faire pipi ! Y-a que des douches !"

Elle venait de découvrir les Toilettes à la turque !

 

Un petit peu plus original que "Milou", comme nom de fox-terrier... Hergé aurait dû consulter ma fille !

Nous sommes début 2001. Mes beaux-parents, qui avaient toujours eu des fox-terriers et dont le dernier était mort de vieillesse quelque temps plus tôt, se voient offrir par ma belle-soeur un jeune chiot de leur race préférée.

À cette époque, ma fille aînée, alors âgée de 6 ans, venait régulièrement nous voir à Aix-en-Provence (13), lors de chacune des différentes périodes de vacances scolaires.

Elle avait donc eu l'occasion de rencontrer le jeune "Puk", lors de ses visites chez mes beaux-parents, à l'occasion des vacances d'hiver et de printemps.

Fox-terrier bondissant

Turbulent en diable, le chiot passait son temps à sauter joyeusement sur les nouveaux arrivants et en particulier les enfants. Ce qui l'amenait naturellement à se faire constamment rabroué par mes beaux-parents, gênés par les démonstrations d'affection outrancières du jeune animal.

Jamais suivies d'effet, malgré le ton martial employé, les injonctions "Assis !", "Couché !" ou "Puk ! À terre !", rythmaient donc les conversations...

Et cela, au point d'entraîner la méprise de ma fille, lors de sa visite suivante, à l'été 2001.

S'étonnant en effet de ne pas voir l'animal lui sauter dessus, sitôt franchi le portillon d'accès au jardin, la petite s'exclame alors : "Il est pas là aujourd'hui Pukater ?".

Les jeunes marseillaises sont elles malpolies ?

Plage de Salin-de-Giraud (13), en Camargue

Nous sommes le 31 octobre 1999, sur une plage de Camargue. Et nous profitons en famille de l'extraordinaire été indien pour aller prendre une dernière fois le soleil.

Cartes des plages de Camargue (13)
Cartes des plages de Camargue (13)

La plage est déserte malgré le soleil éclatant et la température plus que clémente.

Ma fille aînée de 4 ans et ma belle-fille de 6 ans jouent au sable près de nous, tandis qu'au loin s'amusent deux autres petites filles. Nous leur suggérons d'aller les voir pour faire connaissance et - peut-être - s'amuser davantage à quatre qu'à deux.

Elles se rapprochent donc des deux fillettes et commencent aussitôt à jouer toutes les quatre. Mais cela ne dure pas et elles ont tôt fait de revenir.

Curieux de savoir ce qui se passe, nous avons alors la surprise de les entendre nous répondre, très offusquées : "On peut pas rester avec elles parce qu'elles sont vraiment pas polies ! Elles arrêtent pas de dire "Putain, con !"...

Et oui : les petites chéries parisienne et aixoise venaient de découvrir l'une des principales spécificités de la ponctuation marseillaise !

Celle-ci est parfaitement décrite par l'humoriste phocéen Patrick Bosso dans son sketch de 1997 "La grammaire", que je vous recommande chaleureusement.

En résumé, sachez simplement que le mot "Putain" remplace la virgule et le mot "Con" (ou "Enculé") le point final.

Et que par conséquent, l'utilisation de ces termes, considérés partout ailleurs sur le territoire national, comme extrêmement grossiers (registre vulgaire), ne relèvent absolument pas du même niveau de langage dans le Sud de la France (registre familier).

Sur le même thème, voir également mon article : "Quand il est temps, il est temps !".

 

 

"Un truc du bazar à Élise".

La Fondation Vasarely est un centre architectonique situé à Aix-en-Provence (13), érigé entre 1971 et 1976 par l'artiste contemporain Victor Vasarely.

Ce plasticien hongrois naturalisé français est bien connu des jeunes aixois car les écoles de la ville ont coutume de les emmener visiter ce haut-lieu culturel local, consacré à son oeuvre, si caractéristique.

Une oeuvre peinte de Vasarely

Ce fut donc évidemment le cas pour ma fille cadette, alors âgée de 2 ans et demi, dont la grande soeur, Élise, se faisait alors régulièrement reprendre par leur mère en raison du désordre régnant dans sa chambre.

Sculpture de Vasarely

Ce qui amena ma petite à s'exclamer un jour, découvrant dans une rue d'Aix une haute colonne multicolore, caractéristique du style de Vasarely, assez aisément reconnaissable : "Papa, regarde : c'est un truc du bazar à Élise !".

La brosse à dents "avec mangouste".

Ma fille cadette, alors âgée de 5 ans, me plongea un jour dans un abîme de perplexité, lorsqu'elle m'annonça, toute fière : "Tu sais, papa, maman elle m'a acheté une brosse à dents avec une mangouste !"

Je connaissais les brosses à dents fantaisie pour enfants en plastique multicolore et en avait déjà vu décorées de têtes d'animaux. Aussi supposais-je qu'il s'agissait d'une brosse de ce type.

Une mangouste jaune, dressée sur ses pattes arrières
Une mangouste jaune, dressée sur ses pattes arrières

Mais ce n'est que lorsque ma fille me fit remarquer que la brosse à dents qu'elle utilisait chez moi ne tenait pas "debout toute seule", que j'ai pris conscience qu'il s'agissait en réalité d'une brosse à dents avec... ventouse !

Brosse à dents pour enfant avec ventouse

"Les grogrodiles".

Pinces crocodile

La scène se déroule il y a quelques années près d'Orléans (45).

La petite cousine de ma fille cadette est alors âgée de 2 ans et demi. Un jour, la voiture de son papa ne démarre pas. Qu'à cela ne tienne ; celui-ci étant ingénieur mécanicien et spécialiste des moteurs automobiles, il ouvre aussitôt le capot de son automobile et plonge dans le moteur afin d'identifier la panne et de réparer.

Il rassure la fillette qui pense que "La voiture elle est cassée" et lui explique qu'il va la réparer très facilement à l'aide de trois outils : un "Tournevis" et des "Pinces crocodiles".

Aussitôt dit, aussitôt fait, le moteur ne tarde pas à vrombir et la petite fille applaudit son papa, qui a su réparer la voiture avec ce que la fillette appelle des "Grogrodiles" !

Quelques semaines plus tard, leurs grands-parents emmènent les deux cousines au zoo. Mais lorsque son grand-père dit à la petite "Viens ma chérie, maintenant nous allons aller voir les crocodiles !", celle-ci s'exclame, inquiète, : "Ah bon, Papou ; ta voiture aussi elle est cassée ?".