"Un entartage".

Ce substantif masculin désigne le fait de lancer ou le plus souvent d'écraser une tarte à la crème (ou plus simplement, une assiette en carton remplie de crème fouettée ou de mousse à raser) sur le visage d'une personnalité lors d'un événement public, afin de souligner, selon les auteurs, l'absurdité des propos ou des actions de l'infortunée victime.

La tarte à la crème est détournée de son usage alimentaire à des fins burlesques, le but étant de l'écraser par surprise sur le visage de la « victime ».

Une origine cinématographique

Ce gag est très tôt utilisé dans le slapstick. Très populaire, son usage est similaire à celui de l'arrosage ou à l'aspersion de peinture.

Il est identifié pour avoir été utilisé une toute première fois en 1909 dans le film muet "Mr. Flip", de Gilbert M. "Broncho Billy" Anderson.

Le réalisateur Mack Sennett l'utilise dans plusieurs de ses courts métrages, comme "Mabel au fond de l'eau", en 1913. En 1927, le film "La bataille du siècle", avec Laurel et Hardy, réalisé par Clyde Bruckman, contient une bataille géante de tartes à la crème devenue célèbre. Le film "Parade du rire", de 1948, se termine aussi par une énorme bataille de tartes à la crème.

La scène finale du film "Docteur Folamour" (1964) devait être une bataille de tartes à la crème entre les différents protagonistes de la salle de guerre. La scène a été filmée mais écartée au dernier moment du montage final par le réalisateur, Stanley Kubrick.

Un acte remis au goût du jour par Noël Godin

Repris à la fin des années 1960 par l'"agitateur anarcho-humoristique" belge Noël Godin, alors chroniqueur de cinéma, l'entartage devient le moyen de ridiculiser une personne publique, au discours supposément fallacieux. C'est un acte contestataire que le Belge définit comme "une lettre d'insultes en acte, qui vous explose sur la tête et vous dégouline dans le cou".

L'agitateur anarcho-humoristique belge Noël Godin, dit "L'entarteur", "Le Gloupier" ou "Gorges le Gloupier" (©Philippe MATSAS/Opale/Leemage)
L'agitateur anarcho-humoristique belge Noël Godin, dit "L'entarteur", "Le Gloupier" ou "Gorges le Gloupier" (©Philippe MATSAS/Opale/Leemage)

Sa carrière d'entarteur commence en Belgique en 1968 avec l'entartage de l'écrivain Marguerite Duras. Mais ce n'est qu'à partir des années 1980 que les coups d'éclats s'enchaînent. D'abord dans le milieu du cinéma, dont il est familier, et souhaite dénoncer les platitudes au lendemain de mai 68. D'aucuns se souviendront de Marco Ferreri et Jean-Luc Godard le visage recouvert de crème pâtissière à Cannes, en 1980 et 1985.

Surnommé "Le Gloupier", en hommage à Jean-Pierre Bouyxou, son complice de la première heure, auteur sous ce pseudonyme, en 1984, d'une "Ode à l'attentat pâtissier", Godin s'attaque à tous les milieux de pouvoir.

  • la politique, avec Nicolas Sarkozy, Jacques Delors ou Ségolène Royal,
  • les hommes d'affaires avec Bill Gates ou Jacques Séguéla,
  • les journalistes avec Jean-Pierre Elkabbach,
  • "la littérature vide" avec Marguerite Duras donc,
  • "la chanson stupide" avec Patrick Bruel et Doc Gynéco,
  • ou encore "la philosophie creuse" avec Bernard Henri Lévy, l'une de ses victime préférées.

"Notre chéri BHL" comme le surnomme Godin, est devenu le bouc-émissaire des commandos pâtissiers. Entarté plus d'une dizaine de fois, BHL réagit généralement assez mal à ces attaques. En 1985, il avait menacé Le Gloupier, au sol, de lui "écrase(r) la tête à coups de talons". Interrogé par Sofilm sur cet acharnement, Godin explique qu'il voit à travers le philosophe "la tête à tarte" par excellence. On ne peut pas trouver quelqu'un de plus nombriliste, de plus ivre de pouvoir, de plus hautain"'.

Le Gloupier est rapidement devenu trop connu, et redouté, pour agir seul. Mais des commandos pâtissiers se sont organisé partout dans le monde, du Canada à la Suède. Et quand il est présent, Godin s'occupe de faire diversion.

L'agitateur anarcho-humoristique belge Noël Godin, dit "L'entarteur", "Le Gloupier" ou "Gorges le Gloupier"

Un acte poursuivi et condamné

Si la plupart des personnalités visées tiennent à oublier rapidement ces épisodes fâcheux pour leur image, les politiques sont plus tenaces et ont plusieurs fois fait condamner leurs "agresseurs"

Premier exemple avec l'entartage de Philippe Douste-Blazy, à Cannes (06), en 1995. Jan Bucquoy, complice de Godin, est arrêté et poursuivi avant d'être relaxé, faute de preuves. Pendant la campagne présidentielle de 2002, Godin est gardé à vue pendant quatre heures pour l'entartage de Jean-Pierre Chevènement. Condamné à 800 euros d'amende, Le Gloupier écope de 2 500 euros de dommages et intérêt en appel. Il devra verser plus de 8 000 euros au total. Cette décision ayant fait jurisprudence, elle sert de socle à la condamnation de Jonathan Joly, entarteur de Ségolène Royal en 2006.

Ailleurs, l'entartage coûte parfois bien plus cher. En Espagne trois hommes ont été condamnés en novembre 2013 à deux ans de prison pour avoir entarté une responsable locale. Et au Canada un député avait qualifié en 2010 l'entartage d'"acte terroriste".

De leur côté les entarteurs rappellent que l'entartage n'est pas une violence puisqu'il n'engendre aucune ITT et que les victimes ne subissent aucun coup ni blessure.

Si l'entartage n'engendre ni blessure physique ni atteinte dans son intégrité, cet acte a néanmoins un effet sur "la représentation de soi", sur l'image que l'on donne à voir de soi, expliquait en 2002 François Danet, psychiatre et médecin légiste.

Sources : www.lefigaro.fr et wiktionary.org

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