"Un coryphée".

Ce superbe substantif masculin nous vient du grec ancien "koruphé" ("sommet de la tête").

Et il désigne :

  • au sens propre :
    • dans la tragédie et la comédie grecque antiques : un chef de choeur.

Le coryphée se situe le plus souvent au milieu de la scène, et est chargé de guider le choeur auquel il répond, dont il répète les propos ou qu'il questionne. Il prend parfois la parole au nom du choeur et se trouve être le seul à dialoguer avec le personnage en scène.

Comme tout acteur dans la Grèce antique, le coryphée est un homme (éventuellement déguisé en femme), un citoyen (éventuellement déguisé en barbare), qui porte masque et costume

    • dans le théâtre et l'opéra : un chanteur faisant partie du choeur, et s'en détachant pour s'adresser au public ou aux personnages en un solo plus ou moins développé, avant de rentrer dans le rang,
    • dans le ballet classique : un danseur auquel on confie parfois un court rôle de soliste,
    • dans la danse : un danseur ayant atteint le 4e échelon de la hiérarchie, après avoir été quadrille,
  • et, par extension, dans le registre soutenu : celui qui tient le premier rang ; un chef.

On dit par exemple : "La foule est souvent dans l'attente d'un coryphée, dont elle pourra admirer la admirer la fougue et la vaillance".

Sources : Le Robert et wikipedia.org

"Parce que c'était lui, parce que c'était moi".

J'aime beaucoup cette jolie formule de Michel de Montaigne, célébrant dans ses célèbres Essais, l'amitié fulgurante et passionnelle, promise à une longue postérité, qui l'unit à Étienne de la Boétie.

L'écrivain français Michel de Montaigne
L'écrivain français Michel de Montaigne

"Si on me presse de dire pour quoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant : parce que c’était lui, parce que c’était moi".

Ces deux écrivains français ne se sont connus et fréquentés que durant les quatre dernières années de la vie de La Boétie, de 1558 à 1563, mais leur amitié passe pour l'une des plus solides et des plus profondes qui soient.

Et, quatre siècles et demi plus tard, on a toujours coutume de se référer à eux lorsqu’on veut définir le modèle des amitiés véritables.

Emporté prématurément par la maladie à l'âge de 33 ans, Étienne de La Boétie avait eu une vision prémonitoire de ce succès posthume, puisqu'il avait écrit à Montaigne, dans un long poème en latin : "Si le destin le veut, la postérité, sois-en sûr, portera nos deux noms sur la liste des amis célèbres".

L'écrivain français Étienne de la Boétie
L'écrivain français Étienne de la Boétie

"Parce que c'était lui ; parce que c'était moi" ... Peut-on mieux affirmer que par cette phrase l'indicible du choix d'objet amical ? Revendiquer plus clairement l'absolue singularité que Montaigne prêtait à cette relation, n'ayant besoin que d'elle-même et ne renvoyant qu'à elle-même ? Relation dont on ne peut exclure la dimension homosexuelle, et dont l'intensité fut à maints égards exceptionnelle.

Une amitié exceptionnelle

  • Par ses débuts d'abord, qui prennent littéralement l'allure d'un coup de foudre : "à notre première rencontre, qui fut par hasard en une grande fête et compagnie de ville, nous nous trouvâmes si pris, si connus, si obligés entre nous, que rien dès lors ne nous fut si proche que l'un à l'autre", écrit Montaigne.
  • Par sa totale exclusivité ensuite : "les amitiés communes, on les peut départir, on peut aimer en celui-ci la beauté, en cet autre la facilité de ses moeurs (...) ; mais cette amitié qui possède l'âme et la régente en toute souveraineté, il est impossible qu'elle soit double".
  • Par ses conséquences, enfin, puisque les Essais, dont l'entreprise comblait tant bien que mal l'absence de l'ami, n'auraient peut-être pas été si La Boétie n'avait brutalement disparu.

"Loin que l'amitié de La Boétie ait été un accident de sa vie, il faudrait dire que Montaigne et l'auteur des Essais sont nés de cette amitié et qu'en somme, pour lui, exister, c'est exister sous le regard de son ami", souligneait Maurice Merleau-Ponty, en 1960 ("Signes").

Si idyllique fût-elle, cette relation dans laquelle les âmes "ne retrouvent plus la couture qui les a jointes" ne se déroula pas, cependant, sans révéler quelques fils de discorde.

Une amitié idéalisée

D'après les érudits de Montaigne, il semble que celui-ci refusa à La Boétie, qui en fut très affecté, de publier son Discours de la servitude volontaire, oeuvre de jeunesse qui circulait alors sous le manteau. Le livre ne sortit qu'en 1574, à l'instigation de partisans calvinistes, dans une édition pirate et anonyme, avant d'être republié en 1576 avec le nom de l'auteur et sous son titre d'origine.

Comme quoi la plus forte amitié, hors la lumière zénithale de l'idéalisation, comporte elle aussi ses zones d'ombre.

Sources : www.franceculture.fr et www/lemonde.fr Catherine Vincent

Pourquoi dire : "Less is more" ?

L'architecte allemand naturalisé états-unien Ludwig Mies van der Rohe (27 mars 1886 - 17 août 1969), directeur de l'école du Bauhaus de 1930 à 1933

Et pas simplement, en français : "Moins c'est plus" !

C'est à dire, concrètement  : la simplicité est préférable à la complexité ; la concision est préférable à la verbosité.

Il s'agit d'une maxime minimaliste, popularisée par l'architecte allemand naturalisé états-unien Ludwig Mies van der Rohe (27 mars 1886 - 17 août 1969), directeur de l'école du Bauhaus de 1930 à 1933.

Héritier du modernisme, et plus particulièrement du Bauhaus, le minimalisme (ou "art minimal") est en effet un courant de l'art contemporain, apparu au début des années 1960 aux États-Unis d'Amérique, en réaction au lyrisme pictural de l'expressionnisme abstrait et en opposition à la tendance figurative et ironique du pop art. Selon les minimalistes, l'amélioration d'une oeuvre se fait ainsi par soustraction.

Sources : wikipedia.org et wiktionary.org

"Le gongorisme" ou "Le cultisme".

On rencontre assez peu fréquemment ces deux étranges substantifs masculins, qui relèvent du registre soutenu.

Et qui désignent tous deux : l'affectation, la préciosité, la recherche du style,.

Ce style littéraire du XVIIe siècle se caractérise notamment par l'abus d'images et de métaphores et il a été mis à la mode à la fin du XVIe siècle par certains écrivains espagnols.

Et en particulier, bien sûr, celui qui lui a donné son nom de "Gongorisme", le poète baroque espagnol Luis de Gongora y Argote, né le 11 juillet 1561 et mort le 24 mai 1627.

Le poète baroque espagnol Luis de Gongora y Argote, emblématique du "Gongorisme" ou "Cultisme".

Sources : wikipedia.org et Le Robert

"Un trompe-l'oeil" ou "En trompe-l'oeil".

Un tableau en trompe-l'oeil

Ces deux formules en forme d'idiotismes corporels relèvent du langage courant.

Et elles désignent ou signifient respectivement

  • "Un trompe-l'oeil" (locution nominale) :
    • au sens propre : une peinture ou un décor donnant, à distance, par divers artifices, l'illusion de la réalité (​relief, matière, perspective).

Et cela, en jouant sur la confusion de la perception du spectateur qui, sachant qu'il est devant une surface plane peinte, est malgré tout, trompé sur les moyens d'obtenir cette illusion.

La façade du Théâtre Saint-Georges, 51 rue Saint-Georges, à Paris, dans le 9e arrondissement, avant d'être peinte en trompe-l'oeil par Dominique Antony. Le réalisateur François Truffaut y avait tourné, en 1980, son film "Le dernier métro"
La façade du Théâtre Saint-Georges, 51 rue Saint-Georges, à Paris, dans le 9e arrondissement. Le réalisateur François Truffaut y avait tourné, en 1980, son film "Le dernier métro"
La façade du Théâtre Saint-Georges, 51 rue Saint-Georges, à Paris, dans le 9e arrondissement, peinte en trompe-l'oeil par Dominique Antony. Le réalisateur François Truffaut y avait tourné, en 1980, son film "Le dernier métro"
La même façade, peinte en trompe-l'oeil par Dominique Antony.
Une étonnante fresque murale en trompe-l'oeil, à Poznan (Pologne)
Une étonnante fresque murale en trompe-l'oeil, à Poznan (Pologne)
Portrait en trompe-l'oeil du neurologue autrichien Sigmund Freud (6 mai 1856 - 23 septembre 1939), fondateur de la psychanalyse, révélant "ce qu'il y a dans l'esprit d'un homme"
Portrait en trompe-l'oeil du neurologue autrichien Sigmund Freud (6 mai 1856 - 23 septembre 1939), fondateur de la psychanalyse, révélant "ce à quoi pense un homme"

Il s'agit d'un procédé très ancien, puisque Pline l'Ancien rapporte l'anecdote selon laquelle Zeuxis avait peint des raisins si réalistes que des oiseaux, trompés par l'exécution parfaite, s'étaient précipités contre le tableau !

Et malgré la pauvreté des moyens techniques dont ils disposaient, les décorateurs romains sont parvenus à imiter le relief à même les murs pour simuler la sculpture et les éléments d'architecture : colonnes, chapiteaux, soubassements, statues, enrichissant à moindres frais les intérieurs.

Assez étonnamment, le mot "Trompe-l'oeil" est utilisé dans toutes les langues - y compris l'anglais - la seule exception étant l'espagnol, qui utilise le mot "Trampantojo".

L'idée de cet article m'est d'ailleurs venue en regardant en VOSTF un épisode du feuilleton états-unien "Les Soprano", dans lequel Carmine Lupertazzi Jr. dit "Little Carmine" (Ray Abruzzo), récemment devenu le chef de famille mafieuse new yorkaise, à la mort de son père, explique à ses collègues - en anglais - que la fresque murale du salon de sa villa de Miami (Floride) est un "trompe-l'oeil".

Mais il prononce ce mot d'une telle façon ("Trompay lay oil" soit trom-pi-li-oï-le) que j'ai dû utiliser à deux reprises la fonction retour arrière de mon lecteur de DVD pour m'en assurer !

Jugez-en plutôt :

Alors qu'il convient naturellement de le prononcer (presque) comme nous, ainsi que l'attestent deux petits enregistrements du Cambridge Dictionnary donnant des exemples de prononciation états-unienne et anglaise pour "Trompe l'oeil".

Mais ce qui est encore plus drôle, c'est que les anglophones ont inventé un pluriel pour ce mot - rappellons-le invariable en français - qu'ils écrivent... "Trompe-l'oeilS", en prononçant le "s", ignorant manifestement le pluriel irrégulier en "Yeux" de ce mot.
  • et au sens figuré : un faux-semblant, un leurre.

On dit par exemple : "La sérénité actuelle de l'équipe de France ne serait-elle qu'un trompe-l'oeil ?".

    • et "En trompe-l'oeil" (locution adverbiale) :
      • au sens propre : exécuté(e) en recourant à ce procédé.
      • On parle par exemple de "Façade peinte en trompe-l'oeil", de "Décor en trompe-l'oeil", de "Mur en trompe-l'oeil" ou de "Paysage en trompe-l'oeil".
      • et au sens figuré : d'apparence trompeuse ; faisant illusion.

On dit par exemple : "Je ne suis pas inquiet car il me semble qu'il s'agit d'une fébrilité en trompe-l'oeil".

  • Sources : www.linternaute.fr, wikipedia.org, sopranos.fandom.com, www.cnrtl.fr et www.larousse.fr

"L'Absurdie".

J'aime beaucoup ce substantif désignant de façon ironique un pays imaginaire, territoire ou royaume de l’absurde.

  • Ce mot a d'abord été utilisé dans "Voyage en Absurdie", un livre publié à Bruxelles en mars 1946.

Dissimulé sous le nom de plume d'Arouet (le véritable nom de Voltaire), son véritable auteur serait le caricaturiste et pamphlétaire français Benjamin Guittoneau alias "Ben" (1908-1966).

À la manière de Candide, Benjamin Guittoneau se moque des travers de l'époque et du Général de Gaulle : parti pour explorer les terres australes, après une tempête, le jeune suédois Syllog débarque en Normantie, province de la Gaullie, un pays venant d'être libéré du joug des Mochiens dirigés par Icter !

Première édition 1946) du livre "Voyage en Absurdie" de Arouet, le caricaturiste et pamphlétaire Benjamin Guittoneau alias "Ben"
Première édition 1946) du livre "Voyage en Absurdie" de Arouet, le caricaturiste et pamphlétaire Benjamin Guittoneau alias "Ben"
Réédition de 1994, de "Voyage en Absurdie" de Arouet, sorti en 1946
Réédition de 1994, de "Voyage en Absurdie" de Arouet, sorti en 1946
  • En 1974, les belges Dany et Greg nous offrent "Le grand voyage en Absurdie" une superbe bande dessinée, 5e album des aventures d'Olivier Rameau et Colombe Tiredaile, décrivant le voyage des Rêverosiens dans notre monde, le "vrai monde où l'on s'ennuie".
Couverture de "Le grand voyage en Absurdie", 5e album des aventures d'Olivier Rameau et Colombe Tiredaile, par Dany et Greg (1974)
Couverture de "Le grand voyage en Absurdie", 5e album des aventures d'Olivier Rameau et Colombe Tiredaile, par Dany et Greg (1974)
  • En 2007, l'écrivain et illustrateur britannique Chris Riddell publie le livre pour enfants "Le prince d'Absurdie".
"Le prince d'Absurdie", un livre pour enfant de l'écrivain et illustrateur britannique Chris Riddell (2007)
"Le prince d'Absurdie", un livre pour enfant de l'écrivain et illustrateur britannique Chris Riddell (2007)
  • En juin 1981, le chanteur français Michel Sardou débute sa célèbre chanson "Être une femme" (texte de Michel Sardou et Pierre Delanoë, musique de Michel Sardou, Jacques Revaux et Pierre Billon) en évoquant "un voyage en Absurdie" dès le premier vers : "Dans un voyage en Absurdie / Que je fais lorsque je m'ennuie".
  • En 2013, l'écrivain français Albert Champeau publie "Le voyage en Absurdie. Petits et grands récits divins".
"Le voyage en Absurdie. Petits et grands récits divins", de Albert Champeau (2013)
"Le voyage en Absurdie. Petits et grands récits divins", de Albert Champeau (2013)

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On ne dit pas : "Il y a deux autres pièces de Shakespeare à quoi Welles tient beaucoup" ni "Les autres pièces de Shakespeare qui tiennent beaucoup à Welles" !

Le critique et historien français du cinéma Jean-Pierre Berthomé

Comme le déclare le critique et historien français du cinéma Jean-Pierre Berthomé, dans le documentaire "Welles et Shakespeare"", figurant dans les suppléments du DVD Wild Side du film "Macbeth", réalisé en 1948 par Orson Welles, d'après la pièce homonyme de William Shakespeare publiée en 1623.

Mais : "Il y a deux autres pièces de Shakespeare AUXQUELLES Welles tient beaucoup" et "Les autres pièces de Shakespeare AUXQUELLES Welles TIENT beaucoup" !

On n'écrit pas : "La mozaïque" ni "Une mozaïque" !

Une mosaïque en cours de réalisation

Mais : "La moSaïque" ni "Une moSaïque" !

Avec un "s".

  • "La mosaïque" est un art décoratif dans lequel on assemble des fragments de pierre (marbre, granit), de pierres colorées, d'émail, de verre, ou encore de céramique, assemblés à l'aide de mastic ou d'enduit, afin de former des motifs ou des figures.
Mosaiques tunisiennes constituées de marbre fragmenté, à raison de 150 000 "tesselles" (ou morceaux de pierre) au mètre carré
Mosaiques tunisiennes constituées de marbre fragmenté, à raison de 150 000 "tesselles" (ou morceaux de pierre) au mètre carré

Quel que soit le matériau utilisé, ces fragments sont appelés des "tesselles".

Petits émaux de couleur utilisés pour la création de mosaïques
Petits émaux de couleur utilisés pour la création de mosaïques

Très utilisée pendant l'Antiquité romaine, la mosaïque reste en usage tout au long du Moyen Âge, en particulier chez les Byzantins, continuateurs des Grecs et des Romains (basilique San Vitale de Ravenne), et tout au long de la Renaissance, avant de disparaître pendant plusieurs siècles.

  • Et "Une mosaïque" est donc :
    • au sens propre : un assemblage de petits cubes ou parallélépipèdes multicolores (ou "tesselles")  juxtaposés de façon à former un dessin, et retenus par un ciment,
Une mosaïque romaine
Une mosaïque romaine
Une mosaïque romaine retouvée à Florence (Toscane) (Italie) : "Cave canem" ("Attention au chien")
Une mosaïque romaine retouvée à Florence (Toscane) (Italie) avertissant "Cave canem" ("Attention au chien")
  • et au sens figuré : une surface quelconque divisée en compartiments nombreux et variés.

On parle par exemple d'une "mosaïque de petits jardins".

Une mosaÏque de petits jardins

Sources : wikipedia.org et www.larousse.fr

"Un tutu" ou "Le tutu".

Ce curieux et très court substantif masculin en forme de gémination désigne :

  • dans le langage courant :
    • une jupe de gaze évasée, faite de plusieurs rangées superposées de tulle, tarlatane ou mousseline très apprêtées, portée par les danseuses de ballet classique.
Un tutu noir
Un tutu noir
    • et par extension : le costume de danseuse de ballet classique, composé d'une jupe (le "Tutu" proprement dit), montée sur un empiècement décolleté ou "Corselet", et recouvrant une culotte courte appelée "Trousse".

Une danseuse de ballet classique en tutu

"Le tutu" ou "les fesses"

Sur un sujet contigu, je me permets de vous recommander la lecture de mon article consacré à toutes les façons de dire "les fesses" en français.

Sources : Le Robert et www.cnrtl.fr