"Un bec-en-sabot du Nil".

Ce nom étrange désigne une espèce d'oiseau massif de grande taille, originaire du continent africain. C'est la seule espèce du genre Balaeniceps et de la famille des Balaenicipitidae. Ainsi nommé à cause de son bec qui est aussi gros, voire plus gros que sa tête, cet oiseau est un échassier au même titre que la cigogne ou le héron. Il est actuellement menacé par la destruction de son habitat naturel.

Un bec-en-sabot du Nil (© Christophe Dehondt et Corinne Desmets / www.Dehondt-Desmets.fr)
Un bec-en-sabot du Nil (© Christophe Dehondt et Corinne Desmets / www.Dehondt-Desmets.fr)

Mensurations

Le Bec-en-sabot est un grand échassier (100 à 120 cm) à longues pattes sombres et au bec énorme. Son envergure peut atteindre 2,30 m. Il pèse de 4 à 7 kg. Il n'y a pas de réel dimorphisme sexuel chez cette espèce : le mâle est juste un peu plus gros que la femelle et a un bec plus long. De même, il n'y a guère de différence entre le plumage nuptial et le plumage habituel.

Aspect général

Un bec-en-sabot du Nil

Le bec est l'élément le plus remarquable du Bec-en-sabot et la principale caractéristique de l'espèce, car il ressemble à un sabot de couleur jaunâtre ou rosée ; il est taché de points sombres, grisâtres, et a des dimensions de 23 x 10 cm environ. La forme du bec apparaît, en fait, très adaptée à la pêche en eaux troubles, peu profondes et encombrées de végétaux. Au lieu de harponner à la manière des hérons, le bec-en-sabot écope à l'horizontale. Il arrache ainsi du marais une véritable pelletée de matériaux où frétille la proie visée. Le crochet qui arme sa mandibule supérieure lui sert à pincer sa prise glissante, les bords tranchants à la découper. Le crochet de la mandibule supérieure lui permet également de se toiletter ou de rouler ses oeufs.

Un bec-en-sabot du Nil (© Christophe Dehondt et Corinne Desmets / www.Dehondt-Desmets.fr)
Un bec-en-sabot (© Christophe Dehondt et Corinne Desmets / www.Dehondt-Desmets.fr)

Le plumage chez les adultes des deux sexes est gris, légèrement bleuté, à l'aspect granité. Les plumes principales sont noires à l'extrémité; les plumes secondaires peuvent présenter des reflets verdâtres. Le dessous de l'oiseau est légèrement plus clair que le dessus. Le Bec-en-sabot présente, sur l'arrière de la tête, une petite touffe de plumes qu'il peut ériger comme une crête. Les jeunes sont légèrement plus gris que les adultes.

Les yeux sont grands et de couleur jaunâtre ou gris-blanc ; situés sur le devant de la tête, ils confèrent au Bec-en-sabot une vision binoculaire. Les pattes sont longues et sombres, les orteils sont très longs et non palmés.

Comportement social

Le Bec-en-sabot est un oiseau solitaire qui se ménage un territoire d'environ 3 km². On peut cependant observer cet oiseau en couple au moment de la nidification, mais aussi en groupe dans les endroits où les ressources alimentaires sont abondantes. Lors de la saison de nidification, il devient très territorial et défend son nid contre les prédateurs, mais aussi contre tout intrus. Il est par contre peu farouche envers l'homme, le laissant souvent s'approcher fort près et se contentant de le regarder droit dans les yeux.

Pendant tout le cycle de reproduction (trois à quatre mois), le mâle récolte des végétaux et les offre à sa compagne pour regarnir le nid. Avant la parade, c'est d'abord une méthode de séduction. Ensuite, cette attention conjugale entretient dans le couple une entente précieuse pour la surveillance des petits.

Un bec-en-sabot du Nil

Vocalisations

Les bec-en-sabot sont généralement silencieux, mais ils émettent souvent des claquements de bec, surtout lorsque les adultes s'accueillent au nid. Les adultes peuvent aussi émettre des bruits un peu hennissants ou ressemblant à des meuglements. Et les petits, lorsqu'ils mendient de la nourriture, émettent un bruit ressemblant à un hoquet.

Vol

Cet oiseau n'est pas migrateur, si les sources de nourriture sont insuffisantes, il peut accomplir des déplacements saisonniers entre les zones de nidification et les zones de nourrissage. Il vole avec le cou rétracté. Son vol est lent. Il est capable de pratiquer le vol plané et d'utiliser les courants ascendants.

Un bec-en-sabot du Nil

Alimentation

Essentiellement piscivore, il se nourrit de poissons-chats, de protoptères, de tilapias, de serpents aquatiques ou de grenouilles. Il peut aussi occasionnellement consommer des varans, tortues, jeunes crocodiles, mollusques (gastéropodes surtout), voire des rongeurs, jeunes oiseaux et charognes.

Un bec-en-sabot du Nil (© Rafael Vila)
Un bec-en-sabot du Nil (© Rafael Vila)

Ses zones de chasse préférées sont les eaux peu profondes à haute végétation. Si les eaux sont profondes, il s'installe sur une plateforme de végétaux flottants. Il chasse et pêche à la vue et à l'ouïe, tenant son bec vers le bas, contre sa poitrine, afin de faciliter la vision binoculaire. La proie est généralement décapitée avant d'être avalée.

Reproduction

Le bec-en-sabot est un oiseau monogame et les deux parents participent à la construction du nid, à l'incubation et aux soins apportés aux jeunes. La saison de nidification varie selon la situation géographique mais coïncide généralement avec le début de la saison sèche. Le cycle de reproduction, de la construction du nid au départ des jeunes, dure entre 6 et 7 mois.

Les bec-en-sabots deviennent bruyants pendant la parade nuptiale. Les partenaires se penchent l'un vers l'autre, claquant du bec et lançant des cris ressemblant à des meuglements.

Une zone d'environ 3 m de diamètre est piétinée et nettoyée pour installer le nid. Ce dernier est situé généralement sur un îlot ou sur un radeau de végétation flottante. Les matériaux de construction (herbe, débris végétaux...) sont tassés pour former une grande structure d'environ 1 m de diamètre.

Deux à trois oeufs blanchâtres sont pondus. Il ne restera à la fin du cycle de reproduction qu'un seul petit, afin de s'approprier toute l'attention et la nourriture ; le plus vigoureux des oisillons tuant le reste de la fratrie. Les parents ne pouvant s'occuper de plusieurs rejetons, par risque de manquer de nourriture, ne continueront à nourrir que le petit le plus vigoureux. L'incubation dure environ 30 jours pendant lesquels les adultes retournent souvent les oeufs, et les rafraîchissent en les arrosant d'eau ou en les recouvrant de végétation humide. Après l'éclosion, les adultes nourrissent les petits par régurgitation de proies dans le nid, avant quee les petits ne commencent à se nourrir seuls. Les parents font de l'ombre aux oisillons et parfois les arrosent d'eau pour les rafraîchir.

Le développement des petits est lent en comparaison avec la plupart des autres oiseaux. Pendant 35 jours, les oisillons ne peuvent pas tenir debout; un des deux parents les garde au nid pendant que l'autre part en quête de nourriture. Par la suite, les deux parents partent en chasse, laissant les oisillons seuls au nid. Les plumes ne sont pas totalement développées avant 2 mois et les petits ne peuvent pas voler avant 105 à 112 jours. Pendant encore un mois après l'envol, les parents continueront à nourrir leurs jeunes. Les jeunes arrivent à maturité sexuelle à 3 ou 4 ans. Cet oiseau peut vivre jusqu'à 36 ans en captivité.

Répartition et habitat

C'est un oiseau endémique du continent africain, surtout présent dans les parties orientales et centrales de l'Afrique tropicale.

On le trouve dans les lacs, grands cours d'eau et marais garnis de papyrus et de roseaux, particulièrement en Ouganda (lac Victoria et nombreux marais à papyrus que compte ce pays), à l'Ouest de la Tanzanie, au Soudan du Sud (dans les marais du Sud du bassin du Nil Blanc) et dans le marais de Bangweulu au Nord-Est de la Zambie.

Statut et préservation

On ne connaît que peu d'informations sur les moeurs et les origines de cet oiseau difficile à observer dans son milieu naturel. Menacé de disparition, on peut l'observer dans certains parcs zoologiques.

La principale menace est la destruction de l'habitat, principalement des zones de nourrissage (souvent asséchées pour les transformer en zones agricoles). On peut ajouter à cela la menace des incendies et inondations, ainsi que le piétinement des nids par les troupeaux allant boire.

Selon BirdLife International, la population, estimée à 12 000-15 000 individus en 1997, n'aurait plus été que de 5 000-8 000 individus en 2002.

Depuis cette date, il est donc classé  parmi les espèces dont il reste moins de 10 000 individus dans le monde.

Le parc Pairi Daiza, situé en Belgique, est le premier parc au monde à avoir réussi la reproduction du bec-en-sabot du Nil : le premier oisillon a éclos le samedi 19 juillet 2008 et fut appelé "Abu" suivi d'un second oisillon éclos le jeudi 24 juillet et appelé "Marqoub".

Appellation et position systématique

Balaeniceps rex est la seule espèce du genre Balaeniceps.

Il était auparavant classé dans la famille des balaénicipitidés (dont il était le seul représentant).

Il y a eu beaucoup de débats pour savoir quelle est la famille la plus proche de celle du Bec-en-sabot.

Mais la syrinx ressemble à celle des Ardeidae, la langue à celle des Scopidae et son comportement, son nid et les osselets de son oreille moyenne (l'étrier surtout) le rapprochent des Ciconiidae. Quant à son vol avec le cou rétracté rappelle à la fois les Ardeidae et les Pelecanidae !

Les analyses biochimiques ont un temps placé cet oiseau parmi les Pélicanidés.

Source : wikipedia.org

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