"Tebé" ou "Teubé".

Cet horrible adjectif du registre familier signifie "bête" en verlan.

Mal prononcé, "bè-te" devient à l'envers "te-bé" .

On dit par exemple : "J'chuis pas tebé moi : j'chuis v'nu en bagnole !".

J'abhorre personnellement ce mot, que je trouve d'une vulgarité crasse et dont l'emploi caractérise à mes yeux le plus médiocre des niveaux de langage possible.

 

"Un renoi" ou "Un kebla" et "Des renois" ou "Des keblas".

Ces mots en verlan du registre argotique sont apparus dans les banlieues dans les années 1980.

Et tous désignent des personnes de couleur noire, ayant la peau noire.

  • "Renoi" vient de "Noir" à l'envers : re-noi,
  • et "Kebla" vient de "Black" ("Noir" en anglais) à l'envers : ke-bla.

On dit par exemple : "J'ai un copain renoi qui travaille chez un boulanger".

Ou : "Le mercredi je reviens de l'entraînement de foot avec deux amis keblas".

Voir également mon article consacré à l'évolution de la façon dont a parlé en France des personnes de couleur noire.

"Les remps" ou "Mes remps", "Une reum" ou "Ma reum", "Un reup" ou "mon reup".

Ces mots de verlan relevant du registre argotique désignent respectivement :

  • "Les parents" ou "Mes parents" (contraction de "ran-pa"),
  • "Une mère" ou "Ma mère" (contraction de "reu-mè"),
  • et "Un père" ou "Mon père" (contraction de "reu-pè").

Ils ne sont pas vraiment des plus récents, puisqu'ils étaient déjà couramment utilisés dans les cours de récréation à mon arrivée à Conflans Sainte-Honorine (78) en banlieue Ouest, en juillet 1969.

Mais pas encore à Courbevoie (92) où j'avais effectué mon CP (Cours Préparatoire) et mon CE1 (Cours Elémentaire 1).

"Un beur" et "Une beurette".

Ces deux mots du registre familier signifient : "Un arabe" et "Une arabe" (plutôt relativement jeunes, le plus souvent).

Utilisés vingt-cinq ou trente années durant, des années 1980 jusque vers 2010 environ, ils relèvent tous les deux du verlan.

  • "Beur" est ainsi construit à partir du mot "Arabe".

"A-ra-be" donnant à l'envers "beu-a-ra", les jeunes ont retenu l'apocope de la forme contractée "beu-ra" pour dire "beur".

Le mot est apparu dans les banlieues en 1980 et entré au Robert en 1985, après le succès de la "Marche pour l'égalité et contre le racisme" entre Marseille (13) et Paris (75), du 15 octobre au 3 décembre 1983, qui avait été rebaptisée par les organes d'information "Marche des beurs".

Et il a connu son heure de gloire à l'été 1998, avec la formule "La France black-blanc-beur", utilisée là encore par les organes d'information, à propos des impressionnantes manifestations d'enthousiasme déclenchées par les victoires successives de l'équipe de France de football, en juin et juillet, et par son premier titre de championne du monde, le 12 juillet 1998.

Il est intéressant de noter que à partir de 1988 est apparu, de façon assez étonnante, le mot "Rebeu", verlan du mot de verlan "beur" ! Là encore, en effet, "beu-reu" a donné à l'envers "reu-beu".

Et ce nouveau mot est également entré dans le Robert en 2007.

  • et "Beurette" a été construit - comme beaucoup de mots français - en accolant le suffixe féminin "ette" au mot masculin "Beur".

Voir également mon article consacré à l'évolution de la façon dont a parlé en France des personnes originaires d'Afrique du Nord.

Source : www.leparisien.fr

"De la beuh".

Du cannabis

Ce mot de verlan signifie : de l'herbe (beu-her, contracté en beuh) (registre familier).

C'est à dire : de la marijuana, du haschich, du cannabis, du shit (tous ces mots sont synonymes et il en existe de nombreux autres), utilisé pour rouler soi-même des cigarettes appelées "joints", "pétards", "bédos", "cônes", etc. (registre argotique).

Cigarette de cannabis ou "joint"

"Être ouf", "C'est ouf !", "C'est un ouf !" ou "C'est un truc de ouf !".

Ces différentes locutions du registre familier utilisent toutes le mot de verlan "Ouf", qui signifie "Fou" au sens figuré.

  • "Être ouf" est une expression signifiant "Être incroyable",
  • "C'est ouf !" est une interjection signifiant "C'est incroyable !",
  • "C'est un ouf !"est une locution verbale signifiant "C'est un fou !",
  • et "C'est un truc de ouf !" est une expression signifiant "C'est un truc de fou, c'est incroyable !",

"Sur la tête d'ma reum !" ou "Sur la vie d'ma reum!".

Relevant du registre argotique et du verlan, ces deux locutions interjectives signifiant "Sur la tête de ma mère !" et "Sur la vie de ma mère !", sont couramment employées par les jeunes pour attester de leur bonne foi ou de leurs intentions.

Elles constituent naturellement de simples ellipses des formes plus traditionnelles "Je te/vous le jure sur la tête de ma mère" ou "Je te/vous le jure sur la vie de ma mère".

Sources : wiktionary.org

"Une reusta" ou "Une resta".

C'est le pitoyable histrion de la chaine télévisée française C8, Cyril Hanouna, dans son émission quotidienne "Touche pas à mon poste" du 31 octobre 2019, qui m'a fait découvrir ce néologisme ridicule, constituant le verlan du mot "Star" dont vous pouvez aisément imaginer que je l'apprécie tout autant !

Je suis chaque fois davantage atterré de constater à quel point cet animateur (que j'appréciais pourtant assez lors des trois premières années de son émission sur France 4, de mars 2010 à mai 2012) peut désormais se complaire dans un tel populisme de fête foraine aussi misérable que sordide, et se commettre ainsi quotidiennement entouré d'une bande, sans cesse plus imposante, de comparses "chroniqueurs" tous plus inintéressants les uns que les autres !

Comme le disait si bien le vénéré Coluche : "Mais jusqu'où s'arrêteront-ils ?".

Ne dites pas : "Je suis en mode véner" !

Mais très simplement : "Je suis ÉNERVÉ" !

L'expression "Être en mode… " ou "Passer en mode…" n'est en effet qu'un calque de l'anglais "To be in… mode" ou "To get into… mode".

Et "véner" un mot de verlan du registre familier voire argotique signifiant "énervé".

Comment fonctionne le verlan ?

Né dans les prisons et bagnes du XIXe siècle, le verlan est un argot consistant, par convention, à inverser les syllabes de certains mots.

Par exemple : "Tromé" pour "Métro" ou "Chanmé" pour "Méchant"

Par essence avant tout utilisé à l'oral, le verlan obéit à quelques règles :

  • lorsque la syllabe de départ est "ouverte" (constituée d'une consonne suivie d'une voyelle), l'inversion est aisée :  "Bloqué" devient "Québlo" et "Laisse tomber" devient "Laisse béton"

Si le mot comporte trois syllabes, différentes variantes existent : "Rigoler" devient ainsi "Goleri" tandis que "Arracher" devient "Chéara"

  • mais si une syllabe de départ est fermée (constituée d'une consonne suivie d'une voyelle, puis à nouveau d'une consonne), il convient de commencer par l'ouvrir au moyen d'un "eu" avant de procéder à l'inversion.

Ainsi, "juif" devint-il d'abord "Feujui" et "Flic" : "Keufli". Puis, dès les années 1970, par apocope, : "Feuj" et "Keuf".