"La gênance" ou "La génance".

Cet épouvantable néologisme est un substantif féminin du registre argotique apparu dans les années 2010.

D'abord employé par les jeunes, avant d'être - hélas - repris par un certain nombre d'adultes désireux de "rester dans le coup", il signifie tout simplement : la gêne, l'embarras ; principalement vis-à-vis des gens qui nous entourent.

On dit par exemple : "Mon père est venu m'apporter un goûter à la sortie du collège ; j'te dis pas la gênance !".

Ou : "Ma mère continue de s'habiller comme si elle avait notre âge : la gênance !".

"Se rembrailler".

J'aime beaucoup ce verbe marseillais signifiant, selon le contexte :

  • rajuster ses vêtements,
  • remonter son pantalon,
  • voire : se rhabiller.

On dit par exemple : "Rembraille-toi : on dirait un clochard !".

Ou : "Je me suis rembraillé à toute vitesse : son mari allait arriver d'un moment à l'autre !".

Tout comme l'adjectif "Débraillé", ce verbe injustement méconnu dans le reste de la France fait référence aux "Braies", ce vêtement en forme de pantalon, ajusté ou flottant, porté par plusieurs peuples de l'Antiquité (en particulier les Gaulois et les peuples germaniques), ainsi qu'au Moyen Âge.

Braies médiéviales
Braies médiéviales

Vous en avez vu depuis votre plus jeune âge, dès lors que vous connaissez Obélix et ses célèbres braies à rayures blanches et bleues !

Les célébrissimes guerriers gaulois Obélix et Astérix, toujours vêtus de braies
Les célébrissimes guerriers gaulois Obélix et Astérix, toujours vêtus de braies

Le mot "Braies" qui nous vient du gaulois est un substantif féminin qui présente la particularité d'être exclusivement employé au pluriel.

Braies
Braies

Et "Se rembrailler" signifie donc étmologiquement: rajuster, remonter ses braies.

Source : wikipedia.org

"Coquin de sort !".

Cette locution interjective du registre familier, utilisée dans tout le Sud de la France, est une expression utilisée pour exprimer tout aussi bien :

  • le désarroi, la colère, l'exaspération.

On dit par exemple : "Coquin de sort ! On a encore perdu !".

  • la malchance, la désolation.

On dit par exemple : "Coquin de sort ! J'ai perdu mon portefeuille !".

  • l'étonnement, la surprise.

On dit par exemple : "Coquin de sort ! Tu es déjà là !".

  • ou encore l'admiration.

On dit par exemple : "Coquin de sort ! Ton gâteau est magnifique !".

Sources : wiktionary.org et tvmag.lefigaro.fr

"For", "Fort" et "Un fort".

Ces différents mots homophones ont des significations très différentes :

  • "For" est un substantif masculin qui nous vient du latin "Forum".
  • "Fort" est :
    • soit un adjectif masculin, qui signifie, selon le contexte :
      • agissant avec énergie, pour un produit ou un médicament ("Un somnifère assez fort"),
      • ayant de la force morale, de la force de caractère ("Être fort dans l'adversité"),
      • ayant des connaissances étendues, une grande habileté, une grande aptitude dans un domaine ; surpassant les autres ("Être fort en calcul mental"),
      • bien établi, sûr, résistant au temps, aux attaques, etc. ("Un amour très fort"),
      • corpulent, épais, gros ("Être fort des hanches"),
      • désagréable au goût ou à l'odorat, âcre ("Du beurre fort"),
      • dont la puissance, les moyens d'action, le pouvoir sont très développés ; qui s'impose aux autres ("Un parti politique fort"),
      • doté d'une teneur très importante en son principe actif, pour une substance ou une préparation ("Du piment fort"),
      • manifestant l'habileté, le savoir-faire, la compétence et s'imposant à l'esprit avec force ("Un film très fort"),
      • recourant à la contrainte et à des mesures autoritaires, pour un État ("Un régime fort"),
      • résistant, solide ("Du carton fort"),
      • robuste, solide, vigoureux, ayant de la force physique, pour un individu ("Un homme fort"),
      • tirant son assurance, sa supériorité de telle ou telle chose ("Fort de son expérience"),
      • ou : très actif, très correctif, puissant, pour un instrument ou un appareil ("Des verres correcteurs très forts").
    • soit un adverbe, qui signifie, selon les cas :
      • d’une manière forte et vigoureuse. ("Crier fort", "Frapper fort", "Pousser fort", etc.),
      • ou : beaucoup ("Couler fort", "Pleuvoir fort", "Venter fort", etc.)

Placé devant un adjectif ou devant un adverbe, "Fort" marque le superlatif : "Avoir fort à coeur de", "Savoir fort bien que", etc.

  • et "Un fort" est un substantif masculin désignant, selon le contexte :
    • une fortification permanente isolée et indépendante, autonome.
San Felipe de Lara, un fort colonial espagnol à l'entrée du lac Izabal, dans l'Est du Guatemala
San Felipe de Lara, un fort colonial espagnol à l'entrée du lac Izabal, dans l'Est du Guatemala

Ouvrage de terre ou de maçonnerie, parfois revêtu de métal, il s'agit d'un bâtiment militaire conçu pour la guerre défensive, destiné à résister aux attaques de l’ennemi.

Le fort de Jorey à Fermanville (50)
Le fort de Jorey à Fermanville (50)
    • à la chasse : un repaire, de la retraite de certains animaux, qui se réfugient toujours dans l’endroit le plus épais du bois ("Le sanglier est dans son fort"),
    • celui qui a la force ou la puissance, qui représente ou symbolise la force ("Le fort contre faible"),
    • dans le registre désuet : un portefaix . "Un fort des Halles" était le nom attribué au manutentionnaire qui avait pour mission de transporter les marchandises de l'extérieur vers l'intérieur des pavillons des anciennes Halles de Paris (75).
Forts des Halles, à Paris (75), vers 1910
Forts des Halles, à Paris (75), vers 1910

Portant une tenue de travail très caractéristique, les forts formaient une corporation très célèbre dans la capitale, créée sous le règne de Louis IX, et aujourd'hui disparue.

Mais le mot "Fort" pour désigner des employés devant porter de lourdes charges durant leur travail a également été utilisé ailleurs, puisqu'il a par exemple existé des "forts des Abattoirs de Lille (59)",

    • dans le registre familier : un genre de mérite ou de savoir, qui distingue une personne, la place au-dessus des autres ("Le français a toujours été mon fort"),
    • l'endroit le plus fort d’une chose ("Le fort d’une voûte, d’une épée"),
    • l'endroit le plus épais et le plus touffu d’un bois ("S’enfoncer dans le fort du bois"),
    • le temps où une chose est dans son plus haut point, dans son plus haut degré ("Au fort de la tempête", "Au fort de la mêlée"),
    • et enfin, pour nos amis québecois : l'eau-de-vie.

Sources : www.larousse.fr et wiktionary.org

 

"Un charo".

Ce mot du registre argotique désigne, par apocope :

  • un charognard.

On dit par exemple : "Je n'aime pas ce mec : il ne lâche rien, c'est un vrai charo".

  • un coureur de jupons, une personne cherchant à établir plusieurs relations amoureuses en parallèle, continuant à draguer des personnes alors qu'elle est déjà en couple.

Sources : www.francebleu.fr, wiktionnary.org et dictionnaire.orthodidacte.com

"Faire un canard".

Cette locution verbale du signifie, au sens figuré :

  • principalement, dans le registre familier :
    • tremper brièvement un morceau de sucre dans le café et le croquer ensuite sans le laisser fondre dans la tasse ou entre les doigts.

Les nordistes disent aussi "Boire le café à l’chuchette".

Faire un canard : tremper brièvement un morceau de sucre dans le café et le croquer ensuite sans le laisser fondre dans la tasse ou entre les doigts.

    • ou la même chose, mais dans un verre d'alcool.

Souvent, c’est par prudence, notamment lorsque l’alcool est fort, qu'on le goûte de cette façon. En tout état de cause, on suce le morceau de sucre, et on recommence l’opération ... Un régal, paraît-il !

Cette expression, déjà en vogue au XVIIIe siècle, viendrait de la similitude entre le palmipède, qui a l’habitude de plonger son bec régulièrement dans l’eau, et l’action de tenir le sucre entre le pouce et l’index tout en le trempant rapidement dans le café ou l’alcool, afin qu'il s'en imprègne mais ne fonde pas.

La manoeuvre est délicate : trop rapide le sucre ne sera pas assez imbibé, trop lente il va fondre dans la tasse ou le verre…

  • accessoirement, dans le registre argotique : publier, animer, gérer un journal.

 

Sources : www.maisonconfiserie.fr, lebilletdelamarmotte.over-blog.com et verreleine.org

Devinette : "Pourquoi les anciennes pièces de monnaie belges ont-elles failli comporter une pince à épiler sur une face et une gomme à effacer sur l'autre ?".

Explication du calembour
Parce que d’un côté ça épile et de l’autre ça efface !
Explication du calembour
Il résulte de l’homophonie entre les formes conjugées « Ça épile » et « Ça efface » et les formes conjuguées « Ça est pile » et « Ça est face », correspondant à la façon dont nos amis belges disent « C’est pile » et « C’est face » !
Avers (face) et revers (pile) de la pièce belge de 10 francs datant de 1976
Avers (face) et revers (pile) de la pièce belge de 10 francs datant de 1976
Une pince à épiler professionnelle en inox à bouts recourbés de marque Nogent
Une pince à épiler professionnelle en inox à bouts recourbés de marque Nogent
Une gomme à effacer de marque Maped
Une gomme à effacer de marque Maped

"Avoir la haine", "Foutre la haine" et "Mettre la haine".

Ces différentes locutions verbales du registre argotique sont des expressions relativement récentes, apparues à la fin du XXe siècle.

Issues de l'argot des banlieues, elles sont principalement utilisée par les jeunes.

Et la "haine" en question est un état de fureur, causé par une réaction incontrôlable à une situation ou une personne ayant porté un tort considérable à celui ou celle qui en est la cible, et qui "a (donc) la haine" ou à qui l'on a "foutu la haine" ou "mis la haine".

  • "Avoir la haine" signifie ainsi, selon le contexte :
    • éprouver un sentiment très vif de déception et de ressentiment, être énervé, exaspéré, révolté. Ou "avoir la jeura" (verlan pour "rage").

On dit par exemple : "J'ai la haine de pas pouvoir aller au concert !".

    • ou : avoir honte.

On dit par exemple : "Mon frangin a la haine de pas t'avoir rappelé".

  • tandis que  "Foutre la haine" et "Mettre la haine" signifient, selon le contexte :
    • énerver, exaspérer, révolter.

On dit par exemple : "La prof de maths elle m'a foutu la haine".

    • provoquer la honte, "coller la honte" (registre familier), "foutre les boules" ou "mettre les boules" (registre vulgaire).

On dit par exemple : "Ma gonzesse elle m'a mis la haine devant toute la bande".

Sources : wikipedia.org, www.larousse.fr, www.dictionnairedelazone.fr, www.languefrancaise.net et www.linternaute.fr

"Gonfle" ou "Gonfles".

Cet adjectif  signifie tout simplement "Gonflé" (ou "Gonflés").

On dit par exemple : "Des fois, j'ai les mains tout gonfles" ou "J'ai les agassins tout gonfles à force de marcher !".

Pieds gonflés

La différence (l'accent aigu) peut certes paraître minime, mais je vous assure qu'au début cela peut surprendre !

Mon ex-épouse aixoise se souvient encore avec amusement de mon visage interloqué, lorsque la bijoutière chez laquelle nous étions passé essayer mon alliance, quelques jours avant notre mariage, en juillet 1999, nous avait expliqué : "Il ne faut pas que le monsieur s'inquiète : ça coince un peu mais c'est parce que vous avez les doigts gonfles" !

On ne dit pas : "Comme t'y es beau" ou "Comme ti est beau" ni "Comme t'y es belle" ou "Comme ti est belle" !

Mais : "Comme tU es beau" et "Comme tU est belle" !

La prononciation "T'y" ou "Ti" relève du parler marseillais ou du parler juif sépharade.

Elle appartient au registre populaire et a, je le confesse, le don de m'exaspérer.

"Un appelé".

Ce substantif masculin désignait par ellipse lexicale et par opposition au soldat de métier : un "appelé du contingent" ou un "appelé du service militaire" (jusqu'en 1965) devenu "un appelé du service national" (après 1965).

Et cela jusqu'au 30 novembre 2001, date à laquelle les derniers "troufions" (ou "trouffions") ou "bidasses" ont été libérés en vertu de la loi du 28 octobre 1997.

"Un bidasse", "Un troufion" ou "Un trouffion".

Ces mots du registre populaire et du registre désuet désignaient autrefois : "un conscrit" ou "un appelé", c'est à dire un jeune soldat "appelé du contingent".

La "Conscription universelle et obligatoire" pour tous les hommes français âgés de 20 à 25 ans, c'est-à-dire le "Service militaire obligatoire" a été instituée en France le 5 septembre 1798.

Devenue "Service national" en 1965, elle a été suspendue le 28 octobre 1997.

Il faut noter que le mot "Troufion" (ou "Trouffion") signifie également : "Anus" (registre argotique et registre désuet) ou - par métonymie - "Postérieur, fesses" (registre argotique et registre désuet).

"Un mélangeur", "Un touilleur" ou "Un touilloir".

Ces trois substantifs masculins parfaitement synonymes appartiennent au langage courant.

Et ils désignent :

Touilleurs ou mélangeurs (ou touilloirs)

  • avant toute chose : une tige, parfois décorée, servant à mélanger un cocktail dans un verre.

Ces tiges peuvent être :

    • jetables ou réutilisables,

Touilleurs ou mélangeurs (ou touilloirs)

    • en plastique, en bois ou en métal,
    • publicitaires.

Touilleurs ou mélangeurs (ou touilloirs) publicitaires

Et celui qui les collectionne se nomme... "Un tudiculaphile".

  • mais aussi : une personne qui touille.

Ainsi existait-il autrefois un petit métier, aujourd'hui bien sûr disparu : le touilleur de glu.

  • et, enfin, pour nos amis québecois : un ustensile de cuisine en forme de spatule, utilisé pour mélanger la salade.
Touilleurs à salade québecois
Touilleurs à salade québecois

Il s'agit bien évidemment de l'équivalent des "couverts à salade" que nous utilisons en France métropolitaine.

Couverts à salade en bois
Couverts à salade en bois

Attention : le "Touilleur" ou "Touilloir" ne doit pas être confondu avec la "Touillette" !

Source : wiktionary