"C'est énorme !" ou "Être énorme".

J'ai souvent été agacé, ces dernières années, par l'usage intensif de cette locution verbale du langage courant devenue très à la mode.

Il s'agit pourtant d'une formule tout à fait correcte, puisque l'adjectif énorme ne signifie pas simplement "Très gros", comme on le croit souvent, mais :

  • anormal, démesuré ; qui dépasse la mesure commune, ce que l'on a l'habitude d'observer et de juger. Et donc : remarquable, incroyable.

On dit par exemple : "Un énorme exploit".

Et l'on peut donc parfaitement parler d'un "match énorme", comme le font si souvent les commentateurs sportifs. Ou dire d'un joueur qu'"il a été énorme ce soir".

  • immense, gigantesque ; dont les dimensions sont considérables.

On dit par exemple : "Un énorme avion" ou "Une somme énorme".

Sources : wiktionary.org et www.linternaute.fr

Pourquoi dire : "Être en mode vacances" ou "Passer en mode sieste" ?

Et pas, tout simplement : "Être en vacances" ou "ALLER FAIRE LA sieste" !

Cette formule, pour "à la mode" qu'elle soit, - tout le monde est désormais en effet "en mode quelque chose" à longueur de temps ! - n'en est pas moins, à mon sens, parfaitement exaspérante et ridicule.

L'expression "Être en mode… " ou "Passer en mode…" n'a en effet jamais existé dans notre langue.

Et n'est bien sûr - comme souvent - qu'un stupide calque de l'anglais "To be in… mode" ou "To get into… mode".

Pourquoi dire : "Les professionnels de santé seront en capacité de pouvoir se procurer des masques" !

Comme l'a déclaré Jérôme Salomon, le directeur général de la santé, le 18 mars 2020, lors de sa conférence de presse quotidienne à propos de la pandémie de maladie à coronavirus 2019.

Et pas : "Les professionnels de santé POURRONT se procurer des masques" !

Satanée novlangue !

On ne dit pas : "Être en capacité à réunir" !

Le journaliste français Pierre Jacquemain

Comme l'a déclaré le journaliste français Pierre Jacquemain, le 15 mars 2020, sur la chaîne de télévision française d'information en continu franceinfo.

Mais : "Être CAPABLE DE réunir" voire, bien plus simplement, "POUVOIR réunir" !

Pour cette phrase invraisemblable et inadmissible dans la bouche d'un professionnel du verbe, je lui décerne, sans hésiter, mon label de médiocrité "Fâchés avec le français".

.

On ne dit pas : "Il n'y a pas de souci" ou "Pas de souci", pas plus que "Il n'y a pas de soucis" ou "Pas de soucis" !

Le problème n'est pas de savoir s'il faut ou non mettre un "s" final au mot "souci"... car un "souci" est une "préoccupation inquiétante", pas une "difficulté" ni un "problème".

On doit donc dire : "Aucun problème", "Pas d'objection", "Cela ne pose pas de difficulté" ou "Ne vous inquiétez pas".

On dit par exemple :

  • "Je vais avoir trente minutes de retard".

"Aucun problème".

  • "Je peux emprunter l'ordinateur de votre assistant quelques minutes ?".

"Pas d'objection".

  • "Je ne vais pas pouvoir te rembourser ce mois ci mais seulement le mois prochain".

"Cela ne pose pas de difficulté".

  • "Je crains de ne pas pouvoir venir vous rendre votre appareil avant deux semaines".

"Ne vous inquiétez pas".

Source : www.academie-francaise.fr

On ne dit pas : "C'qui pose question" !

Comme l'a déclaré le magistrat français, vice-président de l'association Anticor, Éric Halt, le 16 décembre 2019, dans l'émission "Tonight Bruce Infos" sur la chaîne télévisée française BFM TV.

Mais : "CE qui AMÈNE À S'INTERROGER" !

Sur le même thème, je vous recommande également la lecture de mes articles "On ne dit pas "Poser problème" ni "Poser question" et "On ne dit pas : "Faire problème" ni "Faire sens" !".

Ne dites pas : "Au final" !

Mais, selon le contexte : "Finalement", "Pour finir", "En dernier lieu", "En dernier ressort", "En dernière analyse", "En fin de compte", "À la fin", "Au bout du compte" ou "En définitive" !

Par exemple :

  • "Finalement, je ne suis pas plus avancé qu'hier", plutôt que : "Au final, je ne suis pas plus avancé qu'hier",
  • "Pour finir, il a préféré s’en aller", plutôt que : "Au final, il a préféré s’en aller",
  • "En dernier lieu, je dirai que", plutôt que : "Au final, je dirai que",
  • "En dernier ressort, qu’en pensez-vous ?", plutôt que : "Au final, qu’en pensez-vous ?",
  • "En dernière analyse, je pense que vous serez d'accord avec moi", plutôt que : "Au final, je pense que vous serez d'accord avec moi",
  • "En fin de compte, tu n'es pas plus heureuse à présent", plutôt que : "Au final, tu n'es pas plus heureuse à présent",
  • "À la fin, elle a compris que j'avais raison", plutôt que : "Au final, elle a compris que j'avais raison",
  • "Au bout du compte, on ne sait pas qui a gagné", plutôt que : "Au final, on ne sait pas qui a gagné",
  • ou "En définitive, je ne sais plus qui croire", plutôt que : "Au final, je ne sais plus qui croire".

"Au final" est en effet une construction grammaticalement fautive, faisant de l'adjectif "Final" un substantif".

Et qui n'a absolument aucune justification tant il existe de formules alternatives parfaitement correctes.

Or elle se répand chaque jour davantage, ce qui a, je le confesse, positivement le don de m'exaspérer.

Sources : www.lemonde.fr et www.academie-francaise.fr

On ne dit pas : "Bon courage à toi", "Bonne journée à toi", "Bonne soirée à toi" ou "Merci à toi" !

Mais, bien plus simplement : "Bon courage", "Bonne journée", "Bonne soirée" ou "Merci" !

Je ne supporte plus cette nouvelle façon qu'ont de plus en plus de personnes d'accoler systématiquement un "À toi" ou un "À vous" parfaitement inutiles (on se doute bien que ce n'est pas destiné à la voisine pas plus qu'au facteur) à la fin de la plupart de leurs formules de politesse ou de compassion.

On ne dit pas "Avec plaisir" et encore moins "C'est mon plaisir" en réponse à un remerciement !

Mais : "De rien" (registre familier), "Il n’y a pas de quoi" ou "Cela m’a fait plaisir" (langage courant), voire - idéalement - "Je vous en prie" ou "Ce fut un plaisir" (registre soutenu).

  • "Avec plaisir" ne peut se dire - par ellipse - qu'après une proposition à laquelle on agrée, que l'on accueille de manière favorable.

Par exemple : "Veux-tu aller au cinéma" ? "Avec plaisir" (par ellipse de "Oui, j'irai avec plaisir")

Ou : "Vous pouvez venir également". "Avec plaisir" (par ellipse de "Oui, je viendrai avec plaisir")

Mais, tous tous les cas, la formule "Bien volontiers" - fonctionnant également par ellipse est bien davantage préférable !

  • Et "C'est mon plaisir" ne se dit jamais en français.

On dit seulement "J'ai plaisir à (X)" ou même "J'ai grand plaisir à (X)".

Je n'en peux vraiment plus d'entendre désormais ce "Avec plaisir" à longueur de journée.

J'ai par exemple récemment remercié quelqu'un pour le travail bénévole qu'elle avait effectué au sein d'une association. Et cette personne m'a répondu "Avec plaisir" !

Pourquoi dire : "La sérendipité" ?

Et pas : "La fortuité" !

Le mot "Sérendipité", de plus en plus utilisé ces dernières années, est en effet un simple décalque de l'anglais "Serendipity" signifiant "Don de faire par hasard des découvertes fructueuses".

Ce mot a été créé en 1754 par Horace Walpole, qui l'avait tiré d’un conte oriental, "Les Trois Princes de Serendip" ; "Serendip" (ou "Serendib") étant une ancienne transcription anglaise du mot arabe désignant le "Sri Lanka" ("Ceylan" jusqu'en 1972) !

Concrètement, la fortuité est la conjonction :

  • du hasard heureux qui permet au chercheur de faire une découverte inattendue d'importance ou d'un intérêt supérieur à l'objet de sa recherche initiale,
  • et de l'aptitude de ce même chercheur à saisir et à exploiter cette "chance".

On emploie fréquemment ce terme dans le monde scientifique pour désigner une forme de disponibilité intellectuelle, permettant de tirer de riches enseignements d’une trouvaille inopinée ou d’une erreur.

Ainsi d’un brillant mais négligent chercheur anglais, Alexander Fleming, qui avait la réputation d’oublier régulièrement ses boîtes à culture, et qui, rentrant de vacances, eut la surprise de découvrir dans l’une d’elles qu’une forme de moisissure avait empêché le développement des bactéries : la pénicilline.

Ou de ce berger inconnu qui, ayant oublié un fromage dans une grotte, découvrit... le Roquefort.

Sources : www.academie-francaise.fr et wikipedia.org

On ne dit pas : "C'est juste pas possible" !

Mais : "C'est TOUT SIMPLEMENT IMpossible" !

Plus un jour ne se passe, je crois, désormais, sans que je ne n'entende au moins une fois cette formule proprement insupportable, qui combine un calque de l'anglais ("Juste" pour "Simplement") à une tournure populaire ("Pas possible" pour "Impossible").

Parce qu'elle représente en quelque sorte à mes yeux une véritable summum de la médiocrité linguistique ambiante, je lui décerne mon label de médiocrité "Fâchés avec le français".