"Non, peut-être".

J'ai toujours été littéralement fasciné par cette incroyable expression typiquement belge, signifiant pour nos amis d'outre-Quiévrain... "Oui, bien sûr", "Oui, évidemment", "Oui, sûrement" !

Ainsi, à votre question : "Tu sauras te retrouver dans le métro parisien ?", votre interlocuteur belge vous répondra, avec ironie et sur un ton légèrement sarcastique : "Non, peut-être !"

"Une panade", "La panade" ou "De la panade".

Ce substantif féminin du langage courant désigne :

Casserole de panade

  • une soupe ou bouillie, faite de pain bouilli dans du lait, additionnée de beurre, de sel et, souvent, d'un jaune d'oeuf.

Casserole de panade ; première étape de fabrication de la pâte à choux

  • en pâtisserie, un mélange d'eau, de beurre, de farine et de sel constituant le résultat de la première étape de fabrication de la pâte à choux.

Panade pour bébé

  • pour nos amis belges : un repas pour bébé, composé de fruits ou de légumes écrasés.
  • et au sens figuré : une mauvaise posture, une situation difficile.

On dit par exemple : "Avec cette pandémie de maladie à coronavirus 2019, je suis véritablement dans la panade !".

Spécial lecteurs de bande dessinée

Ce mot  de "Panade" est, je crois, particulièrement familier aux amateurs de bande dessinée franco-belge, du fait de l'existence du célébrissime dix-neuvième album de la série "Spirou et Fantasio", "Panade à Champignac", paru en 1969.

L'histoire du même titre était précédemment parue dans le journal "Spirou", du au , et elle était dessinée par le génial André Franquin, assisté du fidèle Jidéhem, d'après un scénario de Gos et Peyo.

Dans "Panade à Champignac", en effet, Pacôme Hégésippe Adélard Ladislas, comte de Champignac, donne à manger de la panade à son vieil ami Zorglub redevenu un bébé...

Dix-neuvième album de la série belge Spirou et Fantasio "Panade à Champignac" par André Franquin et Jidéhem, sur un scénario de Gos et Peyo (1969)

À la page 24 de l'album le Comte dit d'ailleurs expressément à Spirou : "Ah, important : la préparation de sa petite panade".

L'utilisation de ce mot dans son acception belge de "repas pour bébé" ne devrait donc normalement pas échapper au lecteur français, qui peut - dès la lecture attentive de cette case - comprendre, tout autant que son voisin belge francophone, le double sens du titre de cet album aussi génial que déjanté ; le second sens étant naturellement celui de l'expression "Être dans la panade".

Je me permets cependant d'imaginer que, comme moi, le temps passant, certains lecteurs français n'ayant pas relu l'album depuis leur enfance ont dû totalement oublier cette acception belge du mot "panade" signifiant "aliment pour bébé" et ne plus voir, depuis des années, dans le titre de ce merveilleux album que son sens figuré de "Situation difficile à Champignac" !

Source : wiktionary.org

"Une couque au chocolat".

Couques au chocolat

Nos amis belges désignent ainsi la viennoiserie constituée d'une pâte levée feuilletée, identique à celle du croissant, rectangulaire et enroulée sur une ou plusieurs barres de chocolat, que nous appelons en France "Un pain au chocolat".

Ou "Une chocolatine", dans les régions bordelaises et toulousaines. Ainsi qu'au Québec.

Pour ceux qui désirent en savoir davantage : "Faut-il dire chocolatine ou pain au chocolat ?"

"Une farde".

Nos amis belges utilisent ce mot pour désigner :

Fardes cartonnées à rabats
Fardes cartonnées à rabats
  • un dossier ou une chemise cartonnée ou plastifiée servant à rassembler des documents papier.

On dit par exemple : "Tu n'as pas vu une farde rouge dans laquelle j'avais rangé les contrats ?".

"Carton à dessin" (France), "Farde à dessin" (Belgique) ou "Fourre à dessin" (Suisse)
"Carton à dessin" (France), "Farde à dessin" (Belgique) ou "Fourre à dessin" (Suisse)
  • ou un carton à dessin.

On dit par exemple : "C'est un dessinateur de bande dessinée ; il se déplace toujours avec une farde de planches originales".

Et nos amis suisses parlent de "Fourre".

 

Ne dites pas : "Une fermeture éclair" ni "Un Zip" ou "Un zipper" !

Fermeture à glissière dite "Fermeture Éclair"

Mais : "Une fermeture À GLISSIÈRE" ou "Une fermeture à CRÉMAILLÈRE".

"Éclair" est en effet une marque commerciale enregistrée en 1924 par la société française Éclair Prym France, située à Menneval (27).

Concrètement, il s'agit d'un dispositif mécanique permettant l'ouverture et la fermeture rapide d'un vêtement, d'un sac, de chaussures ou le raccordement et la séparation rapide de pièces de tissus (porte de tente par exemple).

Les premières fermetures rapides à glissières constituées d'oeillets et de crochets ont été élaborées aux États-Unis d'Amérique, à Chicago (Illinois) en 1851. Mais c'est en 1913, que l'ingénieur suédo-états-unien Gideon Sundbäck met au point de la fermeture à glissière moderne en remplaçant le système d'oeillets et de crochets par un dispositif de dents engrenées à l'aide d'un curseur.

La fermeture se compose de deux bandes de tissu fort sur lesquelles sont serties des dents métalliques. Les bandes sont mises en regard l'une de l'autre, les dents étant décalées. Le passage d'une navette, appelée curseur, comportant deux gorges qui se rejoignent, permet d'engrener les dents ou de les séparer. Les gorges servent à guider les dents lorsque l'on fait glisser le curseur. La tirette proprement dite est la languette accrochée au curseur et qui permet de le déplacer. Si, à l'origine, les dents et le curseur étaient métalliques, on utilise également aujourd'hui des matières plastiques comme le nylon.

  • Nos amis québecois pourtant si souvent hostiles aux anglicismes utilisent les mots "Zipper" ou "Zip".
  • Et nos amis belges parlent de "Tirette" ou de "Zip".

Source : wikipedia.org

"Une marchette".

Ce joli petit mot, fort peu usité à ma connaissance, désigne :

  • en France (registre désuet) :
    • un petit tapis où poser ses pieds, par exemple devant un fauteuil ou une bergère,
    • le petit bâton qui soutient le piège d’un oiseleur et sur lequel les oiseaux ne peuvent marcher sans détendre la machine et sans se trouver pris.
    • la petite marche qui abaisse les lices (fils métalliques, également appelés "lisses") d’un métier à tisser.
  • et, pour nos amis québecois, : un déambulateur, cet appareil qui aide les personnes âgées à marcher, en leur servant de support.

Que nos amis suisses appellent eux "Un tintébin" et nos amis belges : "Une tribune" !

Sources : wiktionary.org et www.cnrtl.fr

Remerciement : Merci à Françoise, fidèle lectrice de la première heure, qui m'a suggéré l'écriture de cet article après avoir découvert le mot "Marchette" dans une grille de mots fléchés.

"Je vous sonne" ou "Je te sonne" et "Je ne t'ai pas sonné !".

Pour un belge, cette formule signifie tout simplement "Je vous appelle" ou "Je t'appelle" (sous-entendu : par téléphone).

Ce qui peut parfois prêter à confusion lorsqu'un belge annonce à un français "Je te sonnerai si j'ai besoin de toi".

Car, pour le français, "Je te sonnerai" sous-entend un rapport de domination de type maître-domestique, remontant au temps où les personnes fortunées disposant de domestiques tiraient sur un long cordon pour appeler leur servante ou leur valet.

D'où la formule, toujours en vigueur de nos jours mais dont a souvent oublié l'origine : "Je ne t'ai pas sonné !", pour signifier à quelqu'un que l'on ne lui a rien demandé (registre familier).

Dire "Savoir" pour "Pouvoir".

C'est ce que font nos amis belges ; à la grande surprise de l'adolescent que j'étais, lors de mes premiers voyages outre-Quiévrain au milieu des années 1970 !

Je ne vous dis pas la tête que j'ai fait, lorsqu'un antiquaire bruxellois spécialisé dans les bandes dessinées anciennes, chez qui je passais mes journées, m'a demandé : "Saurais-tu me dire l'heure, mon grand ?". Et aussitôt après : "Sais-tu me tenir cet album, je te prie" ?

Je vous assure que cela surprend !

Sachez-le par conséquent, lorsque vous vous rendrez en Belgique, vous pourrez entendre des phrases du type : "Je ne sais pas garder ce chien, car je déménage prochainement en appartement" ou "Sauras-tu faire le plein avant de me ramener la voiture ?".

"C'est caisse !" ou "Être caisse".

"C'est caisse !" : un gardien de but de football vient d'encaisser un but

Suivre la rencontre footballistique "Belgique-Tunisie", le samedi 23 juin 2018, sur la chaîne de télévision française L'Équipe - remporté 3-1 par nos amis d'outre-Quiévrain -, m'a permis de découvrir cette locution verbale du registre familier, qui m'était, je dois bien le dire, totalement inconnue.

À deux reprises en effet, le commentateur belge Stéphane Pauwels, ancien recruteur professionnel, s'est exclamé : "Attention ! normalement, sur une action de ce type, c'est caisse !".

Malgré l'absence de sous-titrage ou de traduction simultanée, ma sagacité légendaire m'a rapidement permis de comprendre qu'un français aurait dit "C'est but !" ou "Cela donne un but !".