Mais : "IL NE faut PAS qu'iL revienne" !
Les syllabes et les mots ne sont pas comestibles : cessons donc de les avaler !
Je souhaite dénoncer, à travers les articles de cette collection, l’épouvantable tendance que nous avons tous – moi le premier, hélas, je le confesse – à « avaler » ou à « manger » nos mots, avec des formules du type : « C’que j’veux dire », « C’qu’y a », « I’ pleut », « T’es là ? », « Qu’est ce tu veux ? », « I’ en a plus », « I sait pas c’qui veut », etc.
Force est malheureusement de constater, en effet, à quel point l’immense majorité d’entre nous – lettrés, enseignants, professionnels de la communication ou de la langue compris -, est désormais pratiquement incapable de parvenir à prononcer correctement, sans les mutiler, les mots les plus simples et les plus courants de notre langue ! Et ce, ne fût-ce que quelques minutes.
La preuve en est : si, d’aventure, vous parvenez à prononcer simplement de manière normale plusieurs phrases consécutives – c’est à dire en énonçant correctement l’ensemble des mots et sans en « avaler » la moindre syllabe – votre auditoire se demande aussitôt ce qu’il vous prend de vous mettre à parler ainsi !
Et vous allez avoir de grandes chances de passer aussitôt pour un pédant affecté et précieux, souhaitant se faire remarquer !
Faites-en donc l’expérience, amis lecteurs, vous m’en direz des nouvelles !
J’ai réuni dans cette collection l’ensemble de mes articles consacrés à ce sujet.
Nombre total d’articles prévus dans cette collection : 684
Pourquoi je ne parviens plus à écouter s'exprimer la journaliste franco-marocaine Ruth Elkrief, sur la chaîne de télévision française d'information en continu BFM TV.
Ayant voulu suivre son émission le 24 mars 2020, je n'ai pu tenir davantage que 5 minutes, après l'avoir entendu aligner les énormités suivantes :
- "C'est la première fois qu'y en a autant en 24 heures de plus" au lieu de "C'est la première fois qu'IL y en a autant EN plus en 24 heures" !
- Il est rev'nu sur les tests qui allaient augmenter" ! au lieu de "Il A RAPPELÉ QUE LE NOMBRE DE tests ALLAIT augmenter".
- "Là y a un coup d'accélérateur" ! au lieu de "Là IL y a un coup d'accélérateur".
- "On est sur une réduction drastique de l'offre de TGV" ! au lieu de "NOUS FAISONS FACE À une réduction DRACONNIENNE de l'offre de TGV".
Cette façon permanente d'aussi mal s'exprimer est inacceptable à mes yeux pour une personne de son âge (elle a un an de plus que moi, qui suis né en 1961), très diplômée (IEP, DEA en études politiques, CFJ !) et professionnelle du verbe depuis 1985.
Pour toutes ces raisons, je lui décerne donc mon label de médiocrité "Fâchés avec le français".
On ne dit pas : "J'ch'ais pas si vous savez c'est quoi" !
Comme je l'entends hélas dire de plus en plus souvent...
Mais : "JE NE Sais pas si vous savez CE QUE C'EST" ! (langage courant)
Voire, idéalement, : "J'IGNORE si vous savez CE DONT IL S'AGIT" ! (registre soutenu)
On ne dit pas : "T'inquiète !".
Mais : "NE t'inquiète PAS" !
On ne dit pas : "C'est pas tellement connu qu'ca" !
Mais : "CE N'est pas AUSSI connu quE cELa" !
On ne dit pas : "J'ai fait l'choix d'faire cet engag'ment là" !
Comme a malheureusement pu le déclarer - entre autres : je ne pouvais pas tout noter ! - l'homme d'affaires et homme politique français Stanislas Guerini, délégué général de LaREM, le 24 janvier 2019 sur la chaîne de télévision française d’information en continu LCI, au sujet de sa présence en politique.
Mais : "J'ai fait lE choix dE faire cet engagEment là" !
Et, plus simplement encore : "J'ai SOUHAITÉ M'ENGAGER" !
Pour cet infâme charabia et parce qu'un homme politique de ce rang - député et délégué général du parti majoritaire au pouvoir - n'a pas le droit de s'exprimer aussi mal, je lui décerne sans hésiter mon label de médiocrité "Fâchés avec le français".
On ne prononce pas : "Une montreud'femme" !
Comme l'ont fait successivement l'animateur Jérôme Anthony et le commissaire-priseur Emmanuel Layan, le 12 février 2020, dans l'émission "Un trésor dans votre maison", de la chaîne de télévision française 6Ter.
Mais : "Une montrE DE femme" !
On ne dit pas : "Faut tout qu'j'refasse" !
Mais : "IL faut quE jE refasse tout" et, idéalement, : "Je dois tout refaire" !
On ne dit pas : "Comment qu'c'est possible, dans un état de droit, qu'on ait (...)" !
Comme l'a lamentablement déclaré le journaliste sportif français Bernard Lions, le 2 mars 2020, dans l'émission vespérale d'Olivier Ménard, "L'Équipe du soir", sur la chaîne de télévision française L'Équipe.
Mais : "Comment EST-IL possible - dans un état de droit - quE L'on ait (...)" !
Ou, à tout le moins, : "Comment EST-CE QU'IL EST possible - dans un état de droit - quE L'on ait (...)" !
Même si je me dois, par honnêteté intellectuelle, de lui rendre grâce de nous avoir épargné un "qu'on a" final, je ne peux néanmoins qu'octroyer à un professionnel du verbe expérimenté tel que lui mon label de médiocrité "Fâchés avec le français" pour une phrase aussi mal construite.
On ne dit pas : "Vous m'faisez pas d'facture à moi" !
Mais, à tout le moins, : "Vous NE mE faiTES pas dE facture" !
Et, si possible, : "Vous NE mE factureZ pas !"
On ne dit pas : "Notre cerveau il a besoin d'énergie" ni "Les neurones i' z'ont vraiment besoin d'énergie" !
Mais : "Notre cerveau a besoin d'énergie" et "Les neurones ont vraiment besoin d'énergie" !
Comme l'a déclaré le docteur en neurosciences Bénédicte Salthun-Lassalle, le 6 mai 2019, dans l'émission d'Ali Rebeihi, "Grand bien vous fasse !", la chaîne radiophonique publique française France Inter.
On ne dit pas : "Ça me questionne beaucoup" !
Mais : "CELA NE LAISSE PAS DE M'INTERROGER" !