"Un bidasse", "Un troufion" ou "Un trouffion".

Des "troufions" ou "appelés du contingent"

Ces mots du registre populaire et du registre désuet désignaient autrefois : "un conscrit" ou "un appelé", c'est à dire un jeune soldat "appelé du contingent".

La "Conscription universelle et obligatoire" pour tous les hommes français âgés de 20 à 25 ans, c'est-à-dire le "Service militaire obligatoire" a été instituée en France le 5 septembre 1798.

Devenue "Service national" en 1965, elle a été suspendue le 28 octobre 1997.

Il faut noter que le mot "Troufion" (ou "Trouffion") signifie également : "Anus" (registre argotique et registre désuet) ou - par métonymie - "Postérieur, fesses" (registre argotique et registre désuet).

"Le disque est rayé".

Cette expression du registre familier et du registre désuet s'utilise - au sens figuré - pour signifier amicalement à quelqu'un qu'il se répète, rabâche, voire ressasse à l'envi les mêmes choses.

Ou le dire d'une personne, dont on peut éventuellement sous-entendre ainsi qu'elle radote.

Cette formule "le disque est rayé" fait référence à l'époque où l'on écoutait des disques 78t en gomme-laque noire puis des disques vinyles noirs 45t ou 33t.

Disques 45t, 78t et 33t

Dans tous les cas, il était absolument nécessaire de les manipuler et stocker avec précaution afin de ne pas les rayer.

Saphir de tourne-disque lisant un disque vinyle noir
Saphir de tourne-disque lisant un disque vinyle noir

Faute de quoi, la tête de lecture (ou "saphir") du phonographe - puis du tourne-disque ou de la chaîne stéréo - sursautait et hoquetait curieusement, répétant sempiternellement la même dernière phrase située avant la rayure, car incapable de franchir celle-ci et se faisant rejeter à chaque tour sur le sillon précédent.

Source : www.mots-surannes.fr

"Bath" ou "C'est bath !".

Cet adjectif et cette interjection relèvent du registre familier et du registre désuet.

Et elles signifient respectivement :

  • "Bath" : beau, joli, agréable.

On disait par exemple : "Il est bath le bateau de ton père !".

  • "C'est bath !" : c'est chouette !

On disait par exemple : "C'est bath ! L'été prochain mes parents me laissent partir seul en vacances avec mes copains".

Ils n'étaient déjà plus utilisés par ma génération lorsque nous étions adolescents, dans les années 1970.

Mais on a réentendu l'adjectif "Bath" en 1980, dans la chanson "T'es O.K" ("T'es O.K, t'es bath, t'es in") du groupe Ottawan.

Disque Maxi 45 tours géant "T'es O.K" enregistré en 1980 par le groupe disco français Ottawa

Source : www.larousse.fr

"Une faiseuse d'anges"

On appelait "faiseuse d'ange" (ou "faiseur d'anges" lorsqu'il s'agissait d'un homme) une femme (le plus souvent non médecin) qui agissait de manière volontaire afin d'interrompre la grossesse non voulue d'une autre femme.

Ces interventions se pratiquaient de façon illégale, dans la clandestinité, souvent par des méthodes dangereuses (injection d'eau savonneuse dans l'utérus, pose de sondes dans le col, aiguilles à tricoter, massages etc.).

Les complications graves étaient fréquentes (lésions, infections, saignements) avec parfois des suites mortelles et étaient passibles de peines plus ou moins graves selon les époques.

L'idée était que ces embryons innocents devenaient des anges après la mort.

Dans la plupart des pays occidentaux, cette activité a disparu depuis la légalisation de l'avortement, qui est devenu une intervention médicale.

En France, c'est la loi du 17 janvier 1975 relative à l'IVG (Interruption Volontaire de Grossesse), dite "loi Veil", qui a encadré la dépénalisation de l'avortement en France.

Source : wikipedia.org

"En route, mauvaise troupe !".

Cette expression du registre désuet signifie "En avant !" et s'adresse à un groupe amical ou familial.

Un père de famille peut par exemple dire à ses enfants, au moment de partir à la plage, - surtout s'ils sont relativement nombreux - : "En route, mauvaise troupe !".

Contrairement à ce que pense, je crois, l'immense majorité des gens, cette formule ne constitue en rien un idiotisme militaire, mais a directement pour origine... un poème de Paul Verlaine, publié en 1884 dans le recueil "Jadis et naguère" et intitulé "Prologue", dont elle constitue le premier vers !

Prologue de Paul Verlaine (1884)

"En route, mauvaise troupe !
Partez, mes enfants perdus !
Ces loisirs vous étaient dus :
La Chimère tend sa croupe.

Partez, grimpés sur son dos,
Comme essaime un vol de rêves
D’un malade dans les brèves
Fleurs vagues de ses rideaux.

Ma main tiède qui s’agite
Faible encore, mais enfin
Sans fièvre, et qui ne palpite
Plus que d’un effort divin,

Ma main vous bénit, petites
Mouches de mes soleils noirs
Et de mes nuits blanches. Vites,
Partez, petits désespoirs,

Petits espoirs, douleurs, joies,
Que dès hier renia
Mon coeur quêtant d’autres proies.
Allez, aegri somnia".

Pourquoi dit-on : "Tirer la chasse" voire "Tirer la chaîne" ?

Réplique de toilettes anciennes avec chasse d'eau suspendue, chaîne et tirette, permettant de "Tirer la chaîne" ou "Tirer la chasse".

On dit en effet couramment "Tirer la chasse" - voire "Tirer la chaîne" - lorsque l'on a fini d'utiliser des toilettes, alors même qu'il s'agit le plus souvent d'appuyer sur un bouton (dans les toilettes publiques, notamment) ou de le "soulever", bien plus que de le "tirer".

Pictogramme montrant un individu en train de "tirer la chasse"

L'explication est toute simple : c'est parce que le réservoir d'eau des toilettes se trouvaient originellement en hauteur (pour de simples raisons techniques de gravité, j'imagine) et que l'on en libérait le jet nettoyant (la "chasse d'eau") en tirant sur une "poignée" ou "tirette" pendant au bout d'une petite chaîne.

Ancienne tirette de chasse d'eau suspendue et sa chaîne, du temps où l'on "tirait la chaîne"
Ancienne tirette de chasse d'eau suspendue et sa chaîne, du temps où l'on "tirait la chaîne"

C'était en particulier le cas dans la plupart des toilettes des vieux cafés-restaurants jusqu'à il y a encore quelques dizaines d'années à peine.

Comme me l'a judicieusement précisé un aimable lecteur, les installations étant fréquemment vétustes et mal entretenues, il y avait souvent des "accidents de chasse" !

Une lectrice m'a ainsi rapporté se souvenir d'avoir une fois reçu sur elle l'intégralité du contenu de la cuve ; ce qui avait naturellement eu pour conséquence de l'asperger de la tête aux pieds !

Le procédé technique ayant fort heureusement évolué, on a commencé par ne plus dire "Tirer la chaîne", mais encore souvent "Tirer la chasse".

"Se mettre aux abonnés absents" et "Être aux abonnés absents".

Ces deux locutions verbales du langage courant remontent à l’époque où les communications téléphoniques étaient établies par une opératrice.

Pour appeler quelqu'un, il fallait donc passer par un intermédiaire humain, à qui l'on demandait un numéro de téléphone, quelque part, du type "le 22, à Asnières (92)" ou "le 127 à Vesoul (70)".

  • Un abonné pouvait alors, au sens propre, "Se mettre aux abonnés absents" pour "Être aux abonnés absents", en informant le fournisseur de téléphonie (en l'occurrence, les PTT (Postes, télégraphes et téléphones), devenues "Postes et Télécommunications", à partir de 1959), afin que l’opératrice n’essaye pas de lui communiquer un appel.

On disait par exemple : "Bonjour, c'est le 121 à Chartres (28). Je pars en vacances pour trois semaines : merci de me mettre aux aboonés absents".

  • Tandis qu'aujourd'hui, "Être aux abonnés absents" ou "Se mettre aux abonnés absents" signifie simplement, au sens figuré :
    • ne pas venir, être absent,

On dit par exemple : "Marc n'est pas là aujourd'hui ?" "Non, il est aux abonnés absents, apparemment".

    • ou  : rester injoignable, introuvable.

On dit par exemple : "J'appelle ce fournisseur tous les jours, mais il est aux abonnés absents".

Source : wiktionary.org

"Coiffer Sainte Catherine".

Cette expression du registre familier et du registre désuet signifie, pour une femme, :

  • être célibataire au delà de l’âge de vingt-cinq ans,
  • et, par extension, devenir vieille fille c'est à dire ne s'être jamais marié.

Cette expression trouve sa source dans une tradition datant du Moyen Âge et aujourd'hui largement passée de mode, qui voulait qu'à la date du 25 novembre (la Sainte Catherine), les jeunes femmes de 25 ans non mariées - considérées à ce titre comme vierges et appelées "Catherinettes" - coiffent la statue de sainte Catherine à Paris (75), une jeune femme vierge, symbole de pureté et sainte patronne des jeunes filles. Et arborent des tenues excentriques ainsi qu'un couvre-chef de couleur jaune (symbole de la foi) et verte (symbole de la connaissance).

"Une corne à chaussures".

Corne à chaussures ou chausse-pied en corne

"Une corne à chaussures" est une locution du langage courant constituant un parfait exemple de survivance lexicale.

On désignait en effet ainsi, il y a encore quelques dizaines d'années, cet objet du quotidien que nous appelons désormais plus couramment "Un chausse-pied".

S'il s'agit aujourd'hui, le plus souvent, d'une lame métallique incurvée, employée pour faciliter l'entrée du pied dans la chaussure, ou d'un objet en plastique en reprenant la forme, le même ustensile était autrefois réalisé... en corne.

"Avoir ses vapeurs".

Cette expression du registre désuet signifie "S'évanouir, avoir un malaise" ; le mot "vapeur" faisant référence aux bouffées de chaleur, parfois à l'origine de ce type d'évanouissement.

L'expression s'utilise plutôt de nos jours :

  • pour définir, de manière quelque peu ironique, une personne sujette à des troubles émotifs peut-être exagérés, dont les réactions émotives ou colériques paraissent exagérées.
  • ou pour évoquer les bouffées de chaleur d'une femme ménopausée.

www.linternaute.fr

"Une hirondelle".

Hirondelle en vol
  • Ce mot désigne tout d'abord naturellement un petit oiseau passereau migrateur, au dos généralement noir bleuté, au ventre blanc, à longues ailes effilées, à queue fourchue,

Mais également deux moyens de transport :

Vélo de la marque "Hirondelle"

  • une bicyclette de la marque "Hirondelle" (registre désuet),
  • et un petit vapeur rapide assurant le transport de voyageurs sur certains cours d'eau (registre désuet),

Et cinq types de personnes :

Hirondelles de la Préfecture de Police à Paris (75)

  • par extension : un agent de police cycliste parisien, circulant sur une bicyclette de la marque "Hirondelle". Les vélos "Hirondelle" ont en effet été utilisés par les brigades cyclistes de la police de Paris (75) des années 1900 jusqu'en 1984.Mais ce surnom leur venait aussi de la silhouette d'oiseau que leur donnait leur pèlerine flottant dans le vent (registre familier),
  • un resquilleur (registre populaire),
  • un jeune vagabond parisien sans abri ("Les hirondelles du pont d'Arcole", citées par Victor Hugo en 1862 dans "Les misérables") (registre désuet),
  • une personne dont la grâce, la vivacité, l'esprit voyageur, le caractère protecteur rappelle l'hirondelle,
  • une religieuse appartenant à la congrégation des Petites Soeurs de l'Assomption, fondée en 1865 ("Petite soeur hirondelle")

Voir également : "Une hirondelle ne fait pas le printemps".

Source : www.cnrtl.fr

Pourquoi dit-on : "Un passage clouté" pour désigner "Un passage piéton" ?

Passage clouté

Tout simplement parce que ce type de passage protégé, aujourd'hui symbolisé par des marques blanches rectangulaires parallèles à l'axe de la chaussée, était originellement signalé par deux rangées de très gros clous bombés d’environ 10 cm de diamètre, dont la tige était calée entre les pavés, ou enfoncés dans le revêtement de la chaussée.

Introduits en Suisse en 1932, ils ont ensuite été progressivement remplacés, à partir des années 1960, par des bandes jaunes ou blanches peintes sur le sol, avant de prendre leur forme actuelle.

Je trouve personnellement très étonnant que la locution "Passage clouté" perdure de nos jours, un demi-siècle après la disparition de ce type de passage protégé du paysage urbain.

Et ce alors même qu'ils n'ont - après tout - pas existé plus de quelques dizaines d'années, au grand maximum.

Plus surprenant encore, me semble-t-il, la fréquence avec laquelle une grande partie de la population continue d'utiliser ces locutions verbales du registre familier que sont "Être dans les clous" ou "Rester dans les clous" et "Être hors des clous" ou "Sortir des clous" !