"L'AFNOR".

Cet acronyme désigne l'Association Française de NORmalisation, l'organisme représentant la France auprès de l'Organisation internationale de normalisation (ISO) et du CEN (Comité Européen de Normalisation)

La pandémie de maladie à coronavirus 2019 du printemps 2020 a, je crois, largement contribué à faire connaître le nom de cet organisme, jusqu'alors relativement peu connu du grand public.

Créé le 22 juin 1926, son nom figurait pourtant depuis sur de très nombreux produits.

Mais c'est, je crois, l'établissement de la norme AFNOR SPEC S76-001, du 27 mars 2020, concernant les masques de protection alternatifs (fabriqués soit-même ou DIY) en tissu et lavables, qui a véritablement popularisé le nom de cette vénérable institution auprès du plus grand nombre.

Souvenirs personnels

À titre personnel, j'ai découvert cet organisme en 1978, à l'occasion d'un petit boulot d'été dans la société où travaillaient mes parents.

Àgé de dix-sept ans, on m'avait en effet demandé de mettre en place un classement des dossiers fournisseurs à l'aide de dossiers suspendus. Et comme l'entreprise comptaient plusieurs milliers de fournisseurs et que la tâche s'annonçait ardue, j'avais pris contact avec l'AFNOR afin de connaître les règles de classement en vigueur.

Car il n'y avait évidemment pas à l'époque de sites internet sur lesquels se renseigner et, même dans cette importante société, l'informatique était encore balbutiante et ne servait guère qu'aux ressources humaines et à la comptabilité. Ce qui m'a tout de même permis d'être parmi les premiers jeunes français à pouvoir commencer à tapoter sur un clavier !

Bref : j'avais ainsi appris que - tel Monsieur Jourdain maîtrisant la prose sans même le savoir - je pratiquais déjà, de manière intuitive, le classement alphabétique AFNOR depuis des années avec mes collections de livres.

En ne tenant pas compte, notamment, des articles figurant au début des titres. Ce qui évite de se retrouver avec 30 à 60% de ses livres (ou films, s'il s'agit de cassettes vidéo ou de DVD) classés à "D" (pour "De" et "Des"), "L" (pour "La", "Le" ou "Les") et "U" (pour "Un" ou "Une")...

Près de vingt ans plus tard, je me trouve un samedi après-midi chez des amis, dont la fille de 3 ans a exactement le même âge que la mienne et que nous voyons donc régulièrement, afin qu'elles jouent ensemble.

Nous discutons entre adultes dans la cuisine devant un cappuccino, tandis que les fillettes jouent dans le salon.

Soudain, un son incroyablement élevé en provenance du salon nous fait sursauter et renverser nos tasses ! Nous nous précipitons dans ladite pièce, pour découvrir les deux gamines plaquées contre le canapé, brandissant des coussins devant leur visage, afin de se "cacher"...

Mon ami se rue vers sa chaîne haute-fidélité, afin de l'éteindre, et s'en prend aussitôt à sa fille pour la sermonner, tandis que je fais de même avec la mienne.

Celle-ci est toute penaude, car c'est elle qui a joué avec le bouton du volume, qu'elle a tourné à son maximum, avant d'actionner celui de mise en marche... ce que ne manque pas de dénoncer sa petite copine.

Mais, tandis que je fais la leçon à ma fille, celle de mes amis en rajoute une couche en ajoutant : "Et en plus elle a mis tout l'bazar dans mes cassettes de Disney !".

Cassettes VHS Disney

Ce que confirme aussitôt son père : "Oui c'est vrai, ça Jean-Pierre : ta fille a complètement dérangé tous les films : ils sont complètement en désordre alors que je les avais moi-même reclassé hier soir...".

Un peu agacé, car - d'où je suis, en tous cas - la vidéothèque en question me semble plutôt très correctement rangée, je le prie d'accepter mes excuses si ma fille a dérangé son classement... Tout en lui signalant que cela me semble assez étonnant, compte tenu de la rigueur avec laquelle elle range scrupuleusement tous ses jeux, jouets, livres et cassettes et respecte le classement que j'effectue chez nous...

Sur quoi ma fille rétorque de sa voix de stentor : "C'est même pas vrai que j'ai mis tout l'bazar : c'est eux qui z'ont tout rangé en bazar et c'est moi qu'a tout rangé bien dans l'ordre !".

Comme je vérifie l'ordre de classement des films d'animation en question, je constate qu'elle dit vrai et fait remarquer à mon ami que les cassettes sont en effet parfaitement classées.

- "Mais non - m'affirme t-il alors - regarde : LA belle au bois dormant et LA belle et la bête sont juste avant BLanche Neige et les sept nains !".

- "Eh bien oui, c'est parfaitement normal : elles sont classées AFNOR ; sans tenir compte des articles du début, qui faussent tout, puisque tu te retrouves avec énormément des titres commençant par L pour La, Le ou Les....".

- "OK ! Et tu veux me faire croire que ta fille de trois ans SAIT DÉJÀ LIRE ET qu'elle connaît le classement AFNOR ?".

Et celle-ci de répondre elle-même : "Je sais pas lire ! Mais c'est pas compliqué pour ranger les cassettes ici parce que c'est toutes les mêmes que chez mon papa !".

CQFD.

Les chiens ne font pas des chats !

"Tenir la jambe" à quelqu'un.

Cet idiotisme corporel du registre familier signifie - au sens figuré - retenir quelqu’un par de longs discours, l’importuner par des propos oiseux, ennuyeux.

Je l'aime tout particulièrement car je conserve avec amusement le souvenir de ma jeune soeur, enfant, s'inquiétant d'entendre notre mère nous raconter au retour d'une visite à l'hôpital, qu'une vieille dame pénible lui avait longuement "tenu la jambe" : "Mais maman ; pourquoi elle te tenait la jambe la vieille dame ?"...

"Les seins de chérie".

Disque de la bande originale du feuilleton de télévision "Les saintes chéries" (2e série)

Né à l'étranger en 1961, je suis rentré en France avec mes parents début 1965, afin que ma mère puisse accoucher de ma petite soeur dans l'Hexagone.

Comme de nombreux français à l'époque, nous n'avions pas encore la télévision, que je ne voyais que le dimanche, chez mes grands-parents paternels.

J'ai bien sûr été immédiatement fasciné par cette petite lucarne et en particulier par les deux feuilletons phares de l'époque qu'étaient "Au nom de la loi" - qui fit de Steve McQueen une vedette aux États-Unis d'Amérique en à peine 3 semaines - et "Thierry la fronde".

Et comme tous les petits garçons français de l'époque j'ai très vite demandé au Père Noël et patiemment attendu leurs... "panoplies" !

Mais je me souviens avoir été très intrigué d'entendre un jour mes grands-parents expliquer à mes parents qu'ils appréciaient également un feuilleton étonnamment intitulé... "Les seins de chérie", qui - en dépit de ce titre étrange - semblait les faire "bien rire", disaient-ils !

Vous l'avez naturellement compris depuis longtemps, il s'agissait bien évidemment du feuilleton télévisé "les Saintes chéries", créée par Nicole de Buron d'après son roman de 1964 "Sainte chérie" et diffusée à partir du 9 octobre 1965 sur la première chaîne de l'ORTF !

Ah cette homophonie !

Les 3 saisons et (seulement !) 39 épisodes (dont 13 en noir et blanc) de 26 minutes ont été réalisés de 1965 à 1970 par... le célèbre réalisateur Jean Becker ("L'été meurtrier"), assisté (pour la dernière saison tout du moins) du jeune... Jean-Jacques Beinex ("Diva") !

Ève et Pierre Lagarde dans le feuilleton télévisé "Les saintes chéries" (1965-1971)
Ève (Micheline Presle) et Pierre Lagarde (Daniel Gélin) dans le feuilleton télévisé "Les saintes chéries" (1965-1971)

La pétulante Ève Lagarde, épouse de Pierre (Daniel Gélin), y était incarné - on s'en souvient - par la grande Micheline Presle.

Disque de la bande originale du feuilleton de télévision "Les saintes chéries"

Ce feuilleton joyeux et dynamique est rapidement devenu l'un de mes préférés.

Et, comme moi, j'en suis sûr, vous vous souvenez certainement de sa B.O. :

Source : wikipedia.org

 

"De la merde dans les doigts", mon papa ?!

Nous sommes en juillet 2000. Ma fille aînée a 5 ans et nous passons des vacances à Saint-Martial-de-Nabirat (24), dans la maison de famille de mon père.

Bouteille de gaz

Lors de notre arrivée, les deux grosses bouteilles de gaz extérieures s'avérant vides, j'ai dû précipitamment aller en acheter une avant le dîner, au supermarché de la ville voisine.

Vanne d'arrêt avec papillon

Par ailleurs, ne parvenant pas à ouvrir l'eau, le papillon à faire pivoter se révélant totalement coincé, j'ai dû utiliser une clé à mollette et un marteau, que j'ai eu le malheur d'oublier de remettre en place dans l'atelier.

Arrivé à l'improviste, deux jours plus tard, mon père découvre ses outils au sous-sol, posés près du tuyau d'eau.

Furieux, il déboule dans le jardin, et m'apostrophe violemment, devant ma fille, alors en train de réaliser un grand dessin à son attention.

- "On n'a pas idée d'utiliser une pince et un marteau pour desserrer un papillon ! De toute façon t'as toujours eu de la merde dans les doigts !".

Choquée d'entendre son grand-père critiquer ainsi son "papa chéri d'amour", ma fille lui jette alors un regard noir et déchire aussitôt le dessin qu'elle lui destinait, avant de me regarder avec compassion.

Dans la soirée, mon père constate que la deuxième bouteille de gaz est vide et me demande si je suis allé en chercher une, car, dans son souvenir les deux étaient vides... Lui confirmant que c'était bien le cas, il m'invective à nouveau, me disant que si je n'étais pas aussi feignant, j'aurais changé les deux bouteilles et non une seule !

Habitué de longue date à ces sempiternelles réprimandes paternelles, je ne réplique même pas, tandis que mon père soulève la bouteille de gaz vide par la poignée et l'emmène vers sa voiture afin de la mettre dans le coffre.

C'est alors que ma fille, aux aguets, lui lance avec une rouerie confinant à la perfidie : "Et ben mon papa il a de la merde dans les doigts, mais, lui, il a porté l'autre bouteille avec un seul doigt !"...

L'avant-veille, en effet, pour répondre à sa question quant au poids de ce type d'objet, je lui avais montré que l'on pouvait éventuellement les soulever avec seulement un seul doigt si l'on était "fort comme son papa chéri d'amour" !

Même râté, je vous laisse imaginer combien j'ai apprécié le clin d'oeil complice de ma petite chérie.

Histoires d'os...

La scène se déroule à Marseille (13) en 2017.

Le fils de l'un de mes collègues a 8 ans et il demande à son père s'il peut aller regarder la télévision. Celui-ci lui répond par l'affirmative, du moment qu'il a bien fait tous ses devoirs et appris ses leçons.

-"Oui p'pa !" répond le petit.

-"Que devais-tu faire au juste ?".

-"Apprendre les noms des os de l'avant-bras".

-"Et c'est tout ?"

-"C'est déjà beaucoup moi j'trouve !"

-"Très bien. Montre-moi ton cahier. Et récite-moi donc ta leçon".

-"Euh... Oui papa. Mais..."

À sa mine déconfite, le père comprend immédiatement que le jeune garçon n'a pas dû consacrer trop de temps à cet apprentissage, ni dû retenir grand chose...

-"Alors ? Je t'écoute ! Peux-tu, s'il te plaît, me dire comment s'appellent ces os ?"...

-"Euh..."

-"Tu n'en as aucune idée, n'est-ce-pas ? Pour la bonne et simple raison, qu'à mon avis, tu n'as absolument pas appris ta leçon !"

-"Si j'l'ai apprise ! Mais j'réfléchissais un peu..."

"D'accord ! Alors donnes-moi donc ces noms, s'il te plaît, maintenant que tu as bien réfléchi !"

- "Et bien... il y a déjà le... euh ; ah oui, j'me rappelle : Le RADICUS !".

Reconnaissons à cet enfant le mérite d'avoir créé là un charmant mot-valise imaginaire (RADIus CubitUS), constitué du véritable nom des deux os longs de l'avant-bras, reliant le coude au poignet, qui sont donc le "Radius" et le "Cubitus" (désormais appelé "Ulna", pour les puristes !).

Les "Monsieur-dames".

L'action se déroule en deux actes, en juin 1998, en plein durant la Coupe du monde de football organisée en France.

Je travaille alors à Pantin (93), en banlieue parisienne, à proximité d'une importante auberge de jeunesse internationale, où logent plusieurs centaines de supporteurs des différentes équipes jouant au Stade de France de Saint-Denis (93).

Acte I :

Un samedi, j’annonce à ma fille aînée, alors âgée de 3 ans, que nous sommes invités à dîner chez une amie de lycée que nous voyons régulièrement car elle est maman d’une petite fille du même âge que la mienne. Les deux fillettes jouent ensemble depuis toujours, aussi ma fille est-elle ravie de la voir. Mais, comme toujours trop bavard, j’ai le malheur de lui annoncer qu’il y aura aussi un "couple d'amis". Que n'avais-je pas dit là !

  • Ma fille : "Papa, c'est quoi un coupledami ?".
  • Moi : "Et bien, ce sont des amis, des gens que l'on aime bien, que l'on rencontre souvent. Et qui forment un couple, qui sont en couple".
  • Ma fille : "Et c'est quoi un couple, dis papa ?".
  • Moi : "Un couple, c'est un monsieur et une dame" (nous sommes en 1998 et que ma fille n'a que 3 ans, je vous le rappelle).
  • Ma fille : "Ah d'accord ! Et comment il s'appelle le monsieur alors ?".
  • Moi : "Je ne sais pas ma chérie".
  • Ma fille : "Et la dame elle s'appelle comment ?".
  • Moi : "Je ne sais pas non plus. On verra bien tout à l'heure, d'accord ?".
  • Ma fille : "D'accord !"

Lire la suite

Suis-je véritablement un père indigne ?

Affiche du film français de 1939 de Maurice Lehmann et Claude Autant-Lara "Fric-Frac"

La scène se déroule en 2011. Ma fille cadette a 6 ans et j'ai pris à la maison pour deux jours une petite camarade à elle, afin de leur faire plaisir.

Pour l'heure, néanmoins, nous sommes dans la salle d'attente de l'ORL chez qui ma fille avait un rendez-vous fixé de longue date et que je ne pouvais annuler.

La salle d'attente est pleine de personnes du troisième et quatrième âge, qui, pour plusieurs d'entre elles, m'adressent des sourires bienveillants et chaleureux tellement les deux fillettes se révèlent sages et discrètes malgré l'attente.

Après avoir regardé des magazines pour enfants et dessiné avec les feutres et le papier que j'avais pris soin d'amener afin de les occuper, le cas échéant, ma fille et sa petite copine conversent tranquillement.

Ma fille : ""Qu'est-ce que t'as fait hier quand il pleuvait ?".

La copine : "J'ai regardé le DVD du Roi lion ! Et toi ?".

Ma fille : "Moi j'ai regardé un film que j'adore, avec mon acteur préféré et mon actrice préférée".

La copine : "C'est quoi comme film ?".

Ma fille : "Fric-frac ! C'est un vieux film en noir et blanc, avec Fernandel et Arletty !"

La copine : "J'connais pas !".

Et pour cause ! Imaginez seulement la tête de l'assistance, se demandant avec consternation à quelle fréquence j'obligeais ma pauvre fillette de 6 ans à regarder ainsi de vieux films en noir et blanc tels que ce petit bijou de 1939, réalisé par Maurice Lehmann et Claude Autant-Lara, et évoqué par ma fille avec autant d'enthousiasme...

Ne plaçons peut-être pas la barre trop haut !

Dessin d'enfant réalisé à la peinture

Nous sommes en 2009 et ma fille cadette a 4 ans.

Elle dessine et peint tranquillement, avec application, depuis plus d'une heure sur la table du salon, pendant que sa mère lit et que, pour changer un peu, je suis exceptionnellement devant l'écran de mon ordinateur, à effectuer des recherches sur internet.

Soudain, la petite s'interrompt brutalement en pestant bruyamment et en déchirant rageusement tous ses dessins !

"C'est bon, j'arrête : j'chuis nulle ! Ça sert à rien que j'continue à essayer d'dessiner ! J'chrai jamais Cézanne ni Picasso" !

Vous imaginez notre surprise...

Et les trésors de persuasion qu'il nous a fallu employer pour lui expliquer que ces deux génies de la peinture n'avaient pas atteint le sommet de leur art aussi jeunes et qu'il convenait peut être de se fixer des objectif plus raisonnables que de vouloir les égaler à seulement 4 ans !

La peur panique de l'enlèvement d'enfant ? Non, non... pas vraiment !

Nous sommes en septembre 1999 et ma fille aînée a 4 ans. Nous faisons des courses à Plan de Campagne (13), une gigantesque zone commerciale située à mi-chemin d'Aix-en-Provence et Marseille.

Alors que nous revenons déposer des achats dans le coffre de ma voiture, j'annonce à ma fille que je dois encore aller chez Castorama faire découper du bois.

Moi : "C'est là-bas, en face, on ne va pas encore prendre la voiture pour si peu ! On la laisse là et on y va à pied, d'accord ma chérie ? ".

Ma fille : "Pfff ! Moi j'en ai vraiment marre de marcher papa ! Je préfère rester dans la voiture ! Tu veux bien me mettre la cassette (nous sommes en 1999) d'Henri Dès, s'il te plaît, papa ! Et puis je t'attends sans faire de bêtises !".

Moi : "D'accord, ma chérie : tu reste bien sagement dans la voiture et tu n'en descends pas ; je reviens très vite".

Aussitôt dit, aussitôt fait, je file faire découper mon bois. Par chance, il n'y a personne avant moi et je suis donc rapidement servi.

Le temps de passer en caisse pour régler et je retourne à ma voiture.

Je presse cependant le pas sitôt franchi le seuil du magasin, en apercevant ma fille penchée hors du véhicule en grande conversation avec un cyclomotoriste, que j'identifie rapidement comme étant un vigile itinérant.

Arrivé auprès d'eux, je suis aussitôt apostrophé par celui-ci.

Le vigile : "Oh, peuchère, m'sieur ! Vous pouvez pas laisser un minot tout seul, comme ça dans la voiture ! Vous vous rendez compte, un p'tit peu, de c'qui pourrait lui arriver ?".

Moi : "Oui je sais, monsieur ; je suis désolé... Mais vous savez, elle ne voulait pas venir car elle était fatiguée de marcher. Et puis, je ne m'éloignais que pour dix minutes"...

Le vigile : "D'accord, monsieur mais on n'sait jamais c'qui peut s'passer en dix minutes vous savez !"...

Moi : "Mais vous avez dû voir que c'est une fillette un peu spéciale et je ne pense pas que l'on s'embête à enlever un enfant comme elle...".

Ma fille (hurlant à tue-tête) : "Mais oui !! J'ui ai dit au monsieur ! D'abord si y a des méchants qui viennent m'embêter je les crie très très fort !! Et pis je prend ta pelle (une petite pelle militaire américaine pliable, que j'avais toujours sous mon siège, donc facilement accessible depuis la banquette arrière) et je sors pour leur taper dessus ! Comme avec les méchants garçons débiles qui voulaient voler ton bois !!".

Le vigile : "Euh, oui ; c'est c'qu'elle m'a expliqué en me gueulant dessus comme un putois, peuchère ! J'ai même cru qu'elle allait descendre... C'est vrai que c'est un drôle de phénomène c'te gamine ! Les voyous, à leur place, j'irai effectivement en choper une autre, comme vous dites... Mais bon, la prochaine fois emmenez la quand même avec vous, c'est plus prudent, Msieur".

Moi : "Oui, oui, bien sûr. Je vous le promets. Au revoir monsieur, bonne journée".

 

"Pas touche, elle a dit !".

Nous sommes au tout début juillet 1999.

Ma fille aînée n'a encore que 4 ans, mais elle est déjà forte comme un turc. J'habite au troisième étage et elle se plaît à monter, depuis la rue et par deux - un dans chaque main - des conditionnements de six bouteilles d'un litre de lait ou de jus d'orange !

Allant déménager à Aix-en-Provence (13), j'ai proposé à un couple d'amis disposant eux aussi d'une cheminée, de passer chercher dans ma cave, avant mon départ, le joli tas de bûches qu'il me restait.

Lesdits amis tardant à arriver, je prends l'initiative de commencer à vider seul ma cave. Pour ce faire, je gare mon véhicule sur le trottoir, juste devant la porte, et y laisse ma fille avec une cassette audio (nous sommes en 1999) de chansons enfantines.

Je commence à aller et venir du trottoir à la cave et de la cave au trottoir, les bras chargés de bûches, que je commence à entreposer contre la façade de l'immeuble. Soudain, alors que je suis dans la cave, j'entends ma fille crier. Malgré son jeune âge en effet, elle possède déjà la voix de stentor qui m'a contraint, durant toute son enfance, à passer des heures dans les fêtes foraines car elle gagnait systématiquement l'intégralité des tours de manège offerts à qui criera le plus fort !

Naturellement, je me précipite aussitôt dans la rue, où j'assiste, ébahi, au spectacle ahurissant d'une fillette de 4 ans, armée d'une bûche presque aussi haute qu'elle (!) et venant manifestement de faire déguerpir une demi-douzaine de gamins ayant apparemment entre deux et trois fois son âge ; lesquels - n'écoutant que leur courage - l'injurient à distance respectable, tout en agrémentant leurs aimables propos de force gestes très peu équivoques !

Et ma fille de m'expliquer aussitôt, très échaudée : "Tous ces bêtes garçons i' z'ont commencé à toucher tes bouts de bois ! Alors je suis sortie de la voiture et pis j'ai voulu leur taper dessus, pour leur montrer que c'était à nous ! Mais c'est très très lourd pour moi, tu sais tes trucs ! Alors je les ai crié très très fort ! Alors i' z'ont eu peur, alors et ben i' sont partis en courant tout là-bas !".

Tu m'étonnes !

Il ne me restait plus alors qu'à lui expliquer pourquoi je ne pouvais pas, moi qui étais grand et fort, aller fracasser ces malotrus à grands coups de bûche !

Et à narrer à mes amis comment ma fille leur avait évité qu'une horde de jeunes sacripants n'abimassent ou ne subtilisassent leurs bûches !

"Dommage", elle a dit 'Dommage"... ?

La scène se déroule le 28 décembre 1999. Ma fille aînée a 4 ans et demi et passe la deuxième partie des vacances d'hiver chez nous à Aix-en-Provence (13), où je suis venu me marier et habiter depuis quelques mois.

La veille et l'avant-veille, les dimanche et lundi 26 et 27 décembre, les tempêtes Lothar puis Martin, deux phénomènes météorologiques d'une ampleur tout à fait exceptionnelle ont frappé la France et une partie de l'Europe.

Traejectoires des tempêtes des 26 et 27 décembre 1999.

Ces deux cyclones extratropicaux extrêmement puissants ont causé des dommages majeurs par le vent.

Carte de la tempête Lothar des 25 et 26 décembre 1999

D'innombrables rafales atteignant les 220 km heure (169 à Paris (75)) ont ravagé une partie du pays et causé des dégâts sans précédent, puisque l'on dénombrera finalement en effet :

  • 92 morts,
  • 2 000 blessés,

Lire la suite

"Comment faire battre des montagnes"...

Chandail rouge pour enfant

La scène se passe en décembre 1998, à Paris (75). Ma fille aînée a 3 ans et demi et nous sommes allés au cinéma voir un film d'animation avec un couple d'amis et leur fille.

Comme nous nous sommes à l'évidence profondément assoupis tous les deux sur la fin, nous nous faisons légèrement chambrer par mon ami pendant que nous nous rhabillons à moitié endormis ; ce qui n'est manifestement pas du goût de ma fille.

Celle-ci est extrêmement débrouillarde et je la laisse donc se rhabiller seule malgré son jeune âge (chaudement car il gèle à pierre fendre) en bougonnant ; me contentant de finir de remonter la fermeture à glissière de son anorak et d'ajuster son écharpe et son bonnet.

Une fois parvenus au véhicule de mes amis, toutefois, je m'inquiète soudain de savoir si ma fille a bien mis son chandail avant d'enfiler son anorak...

Moi : "Au fait, ma chérie, tu as bien mis ton chandail sous ton anorak ?

Ma fille : Bien ennuyée par la question... "Ah non papa : j'ai oublié de le mettre" !

Moi : "Mais c'est pas vrai ! Alors il est resté là-bas, dans la salle ; heureusement que j'y pense maintenant..."

Mon ami : "Que se passe t-il ?"

Moi : "Ma fille a oublié son chandail dans la salle ; attendez-moi au chaud dans la voiture : j'y retourne et je reviens aussi vite que possible, c'est à 200 mètres à peine".

Mon ami : "Je viens avec toi ; on trouvera plus rapidement : la salle était immense".

Arrivés dans le hall d'accueil du cinéma, nous nous apprêtons à retourner dans la salle où nous étions dix minutes plus tôt, lorsque une ouvreuse nous apostrophe en nous demandant ce que nous faisons...

Mon ami : "La fille de mon ami a oublié son chandail dans la salle et nous allons le chercher vite fait".

L'ouvreuse : "Ah non messieurs, vous ne pouvez pas retourner dans la salle car il y a déjà des spectateurs pour la prochaine séance. Mais je peux envoyer quelqu'un vous le chercher. Comment est-il et où étiez vous assis s'il vous plaît ?".

Moi : "C'est un chandail rouge pour enfant de 7-8 ans (oui ; je sais : nous sommes assez costauds dans la famille !) et nous étions assis vers le milieu de la salle...".

Mais la personne partie dans la salle revient, à peine deux minutes plus tard, les mains vides en nous affirmant qu'il n'y a aucun vêtement oublié dans la salle...

Mon ami commence alors à s'agacer, expliquant qu'un petit chandail rouge ayant glissé entre des fauteuils rigoureusement de la même couleur ne se repère certainement pas facilement. Et que ce n'est pas en une minute qu'une seule personne peut ainsi affirmer de façon péremptoire que le vêtement en question n'est pas là.

Les deux jeunes femmes n'apprécient pas la remarque et le ton commence à monter. L'arrivée de plusieurs autres membres du personnel  ne fait malheureusement qu'envenimer les choses ; mon ami s'énervant réellement et commençant à bousculer tout ce petit monde afin de pénétrer en force dans la salle : "Viens Jipé, on va le retrouver ce chandail !".

Bien que d'ordinaire - à l'époque tout du moins ; je me suis calmé avec l'âge... - prompt à ce genre de pratique, je fais cependant preuve cette fois-là - très étonnamment - d'une grande sagesse et parviens à convaincre mon ami excédé de sortir avant que les choses ne dégénèrent, en lui expliquant que l'on n'allait tout de même pas mettre ce cinéma à sac pour un simple chandail !

Une fois sur le trottoir et jusqu'à la voiture, mon ami continue de maugréer tout ce qu'il sait, pestant à cor et à cri contre ce fichu cinéma !

Il finit tout de même par se calmer durant le trajet qui nous mène au restaurant chinois dans lequel il nous avait tous invité à dîner ce soir là. Et c'est donc détendus et contents de nous retrouver bien au chaud que nous nous installons tous autour d'une grande table ronde.

À peine déshabillé et assis, cependant, mon visage se fige soudainement, attirant un regard interrogatif de mon ami. Atterré, je lui indique alors ma fille du menton, mais il ne comprend pas...

Mon ami : "Qu'est-ce qu'elle a ta fille Jipé ?".

Moi : "Le chandail : elle l'a sur elle !"...

Mon ami : "Oh p....n ; c'est pas vrai !".

Ayant ôté son anorak, ma fille - tout sourire et toute fière, les baguettes à la main - arborait paisiblement son joli petit chandail rouge pour lequel mon ami avait failli se battre 25 minutes plus tôt !

Si cela ne s'appelle pas faire battre des montagnes !

La petite aimait les sucettes !

Sucettes

Nous sommes en 1998. Ma fille aînée à 3 ans et je travaille à Pantin (93). Je gare chaque jour ma voiture dans une cour annexe de l'entreprise, le long de la maison du gardien. Celui-ci est un arménien d'origine syrienne, arrivé en France 20 ans plus tôt mais parlant le français comme Jane Birkin (*).

Il a lui aussi une fille det 3 ans, très copine avec la mienne car sa maman, qui ne travaille pas,  a l'extrême obligeance de bien vouloir me garder gracieusement ma fille les jours de grève et les vendredi après-midi !

Lorsqu'il lui arrive de me voir arriver, aux beaux jours, la petite fille en question m'accueille toujours avec plaisir, car elle n'est pas sans ignorer que je dispose souvent de bonbons, sucettes et autres friandises dans ma boîte à gants.

À peine me suis-je garé, ce jour là, que la petite jaillit du perron pour se précipiter vers moi, toute guillerette :

- "Bonjour Jean-Pierre ! Tu me donnes une sucette ?"

Fronçant alors les sourcils, tout en faisant un clin d'oeil à sa maman, en train d'arroser ses jardinières, je m'attache à essayer de lui faire indirectement et subtilement (pensais-je) remarquer qu'un petit "S'il te plaît", en fin de phrase, ne serait pas de trop, en pareille circonstance.

- "J'ai bien des sucettes et je t'en donnerai une avec plaisir. Mais je pense qu'il y a une petite erreur dans ta demande ; réfléchis bien !".

Perplexe, la petite écarquille les yeux et regarde sa mère, interrogative. Hélas, celle-ci lui confirme aussitôt.

-"Jean-Pierre a parfaitement raison, ma chérie ; il y a une petite erreur dans ta phrase... Mais je suis persuadée que tu vas trouver. Réfléchis bien..."

Alors, la petite fille, après avoir clairement fait fonctionner ses neurones jusqu'aux limites de la surchauffe, se lance une nouvelle fois, réellement abasourdie - on va le comprendre - de s'être ainsi méprise, jusqu'alors, sur... le genre du mot "Sucette" ; mais après tout son papa lui-même fait régulièrement de telles fautes, elle le sait bien !.

-"Tu me donnes... UN sucette ?" !

Par la suite et depuis lors, j'ai naturellement pris soin, en pareilles circonstances, d'utiliser la formule "Je pense qu'il manque un petit mot", plutôt que "Je crois qu'il y a une petite erreur"...

 

(*) Jane Birkin est une actrice et chanteuse britannique, née le 14 décembre 1946, mère de la photographe britannique Kate Barry et des chanteuses et actrices françaises Charlotte Gainsbourg et Lou Doillon. Installée en France depuis sa rencontre avec l'auteur, compositeur et interprète Serge Gainsbourg, en 1969, elle continue néanmoins d'avoir, un demi-siècle plus tard, un accent à couper au couteau et à sembler ignorer le genre des mots les plus courants, pouvant ainsi évoquer "la" couteau, posé sur "le" table...

"De la meilleure façon de répondre aux pervers"...

Nous sommes en juillet 2000 et c'est le début des vacances estivales. Époque reculée oblige, c'est une vidéo-cassette de film d'animation que ma fille d 5 ans et ma belle-fille de 7 ans regardent paisiblement une dans le salon.

À quelques jours de notre départ en vacances en Dordogne (24), mon épouse et moi descendons dans notre garage, situé dans le sous-sol de notre résidence et qui nous sert de garde-meubles. Afin d'y faire un peu de rangement et de remonter dans l'appartement différents équipements de baignade ou de plein air.

Notre absence dure à peine vingt minutes, mais mon épouse est d'un naturel inquiet, ce qui n'est pas vraiment mon cas... Nous avons tous les deux reçus, en effet, une éducation radicalement différente, que nous avons naturellement eu tendance à transmettre à nos enfants respectifs.

Sa fille est donc aussi facilement apeurée qu'elle, lorsque la mienne m'a toujours montré, dès son plus jeune âge, qu'elle ne risquait pas de se laisser embêter par grand monde !

Imaginez donc son état lorsqu'elle découvre, en rentrant dans notre appartement, sa fille de 7 ans, en larmes, nous expliquant en sanglotant qu'un "méchant monsieur" a téléphoné et que, lorsqu'elle a décroché pour lui parler, - en dépit de nos consignes - le sinistre personnage a commencé à lui raconter des "cochonneries de sexe toutes dégoûtantes que j'ai pas compris" et cela, hélas, sans que ses récriminations et ses pleurs ne parviennent à l'interrompre...

Mon épouse, affolée, : "Mais enfin ma pauvre chérie, pourquoi donc as-tu décroché ? Je t'avais bien dit de laisser sonner, puisqu'il y a un répondeur ! Tu es bien trop jeune pour répondre ainsi à des inconnus... Et pourquoi n'as tu pas raccroché dès que tu l'as entendu dire ses obscénités ?".

C'est alors qu'intervient ma fille : "Ben oui, c'est vrai ; d'abord moi j'ui ai dis qu'i fallait pas répondre ! Et pis aussi qu'elle avait qu'à raccrocher puisque c'était un débile !",

Moi : "D'accord Audrey, on a compris..."

Ma fille : "Alors à la fin, comme elle pleurait toujours mais qu'elle raccrochait pas, j'ai pris le téléphone avec le débile et j'lai crié très très fort !",

Ma femme : "Quoi ? Toi aussi tu lui as parlé ! Mais que lui as-tu donc dit à ce pervers ?",

Ma fille : "Ben j'ui ai dit T'arrête de raconter des cochonneries de sexe comme ça, parce que ma soeur ça la fait pleurer d'abord ! Et pis mon père quand i' va rev'nir i' va t'casser la figure et moi j'te taperai avec des bâtons pasque t'es un débile et pis j'te mettrai des grands coups d'pieds dans les jambes que ça fait super mal !.... Alors il a arrêté d'parler et p'i il a raccroché !".

Ben tiens ! Pervers, taré, mais pas si fou que ça, le type !
Je gage que si toutes les victimes d'appels téléphoniques obscènes pouvaient avoir cette réactivité et cette force de caractère, leur espèce serait peut-être en voie de disparition !

"Deux conceptions parentales du rangement...".

La scène se déroule à l'hiver 2004. Je me suis remarié en 1999 et vis à Aix-en-Provence (13) avec ma nouvelle épouse et ma belle-fille. Àgée de 5 ans, ma fille, qui vit à Paris (75) chez sa maman, vient régulièrement nous voir en avion, en tant que mineur non accompagné.

Ce jour là, nous arrivons tout juste de l'aéroport de Marignane, où je suis allé la chercher seul en voiture.

Sitôt la porte franchie, elle saute au cou de sa belle-mère et de ma belle-fille pour les étreindre et les embrasser chaleureusement dans l'entrée. Avant de suivre ma belle-fille dans leur chambre, en laissant négligemment tomber son bonnet, son écharpe et son anorak sur le sol de l'entrée... et en balançant tranquillement ses chaussures de chaque côté du couloir... alors que nous avons pour habitude d'accrocher nos vêtements à des patères situées à différentes hauteurs et de ranger nos chaussures sur des étagères ; laissant de ce fait ma femme bouche bée, littéralement abasourdie devant ce spectacle, relevant - pour elle - d'un monde parallèle !

Prenant conscience de sa bévue, ma fille ressort cependant aussitôt de sa chambre en s'esclaffant : "Oups ! J'me suis trompée d'maison ! J'me croyais chez ma mère !".

Et d'aller aussitôt ranger ses chaussures et accrocher son anorak, son bonnet et son écharpe !

Aujourd'hui âgée de 24 ans, la petite fille d'alors devenue grande se qualifie elle-même d'"aussi bordélique que maniaque" !

Je m'interroge encore sur l'origine mystérieuse de son côté maniaque...