Mais : "PaRCE que" !
On ne dit pas : "Le futur s'ouvre à vous" !
Comme se permet de nous l'asséner la marque coréenne Samsung dans sa publicité presse française de septembre 2019 pour le téléphone portable multifonction Samsung Galaxy Fold.
Mais : "L'AVENIR s'ouvre à vous" !
Au moins cette marque a-t-elle déjà le mérite de ne pas nous avoir imposé comme nombre d'autres - y compris françaises, c'est un comble ! - un slogan (voire une publicité parlée ou écrite) intégralement en anglais.
NB
"For", "Fort" et "Un fort".
Ces différents mots homophones ont des significations très différentes :
- "For" est un substantif masculin qui nous vient du latin "Forum".
- "Fort" est :
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- soit un adjectif masculin, qui signifie, selon le contexte :
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- agissant avec énergie, pour un produit ou un médicament ("Un somnifère assez fort"),
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- ayant de la force morale, de la force de caractère ("Être fort dans l'adversité"),
-
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- ayant des connaissances étendues, une grande habileté, une grande aptitude dans un domaine ; surpassant les autres ("Être fort en calcul mental"),
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- bien établi, sûr, résistant au temps, aux attaques, etc. ("Un amour très fort"),
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- corpulent, épais, gros ("Être fort des hanches"),
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- désagréable au goût ou à l'odorat, âcre ("Du beurre fort"),
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- dont la puissance, les moyens d'action, le pouvoir sont très développés ; qui s'impose aux autres ("Un parti politique fort"),
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- doté d'une teneur très importante en son principe actif, pour une substance ou une préparation ("Du piment fort"),
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- manifestant l'habileté, le savoir-faire, la compétence et s'imposant à l'esprit avec force ("Un film très fort"),
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- recourant à la contrainte et à des mesures autoritaires, pour un État ("Un régime fort"),
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- résistant, solide ("Du carton fort"),
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- robuste, solide, vigoureux, ayant de la force physique, pour un individu ("Un homme fort"),
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- tirant son assurance, sa supériorité de telle ou telle chose ("Fort de son expérience"),
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- ou : très actif, très correctif, puissant, pour un instrument ou un appareil ("Des verres correcteurs très forts").
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- soit un adverbe, qui signifie, selon les cas :
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- d’une manière forte et vigoureuse. ("Crier fort", "Frapper fort", "Pousser fort", etc.),
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- ou : beaucoup ("Couler fort", "Pleuvoir fort", "Venter fort", etc.)
-
Placé devant un adjectif ou devant un adverbe, "Fort" marque le superlatif : "Avoir fort à coeur de", "Savoir fort bien que", etc.
- et "Un fort" est un substantif masculin désignant, selon le contexte :
-
- une fortification permanente isolée et indépendante, autonome.

Ouvrage de terre ou de maçonnerie, parfois revêtu de métal, il s'agit d'un bâtiment militaire conçu pour la guerre défensive, destiné à résister aux attaques de l’ennemi.

-
- à la chasse : un repaire, de la retraite de certains animaux, qui se réfugient toujours dans l’endroit le plus épais du bois ("Le sanglier est dans son fort"),
-
- celui qui a la force ou la puissance, qui représente ou symbolise la force ("Le fort contre faible"),
-
- dans le registre désuet : un portefaix . "Un fort des Halles" était le nom attribué au manutentionnaire qui avait pour mission de transporter les marchandises de l'extérieur vers l'intérieur des pavillons des anciennes Halles de Paris (75).

Portant une tenue de travail très caractéristique, les forts formaient une corporation très célèbre dans la capitale, créée sous le règne de Louis IX, et aujourd'hui disparue.
Mais le mot "Fort" pour désigner des employés devant porter de lourdes charges durant leur travail a également été utilisé ailleurs, puisqu'il a par exemple existé des "forts des Abattoirs de Lille (59)",
-
- dans le registre familier : un genre de mérite ou de savoir, qui distingue une personne, la place au-dessus des autres ("Le français a toujours été mon fort"),
-
- l'endroit le plus fort d’une chose ("Le fort d’une voûte, d’une épée"),
-
- l'endroit le plus épais et le plus touffu d’un bois ("S’enfoncer dans le fort du bois"),
-
- le temps où une chose est dans son plus haut point, dans son plus haut degré ("Au fort de la tempête", "Au fort de la mêlée"),
-
- et enfin, pour nos amis québecois : l'eau-de-vie.
Sources : www.larousse.fr et wiktionary.org
"Dominique Davray".
Il s'agit du nom de scène de l'actrice française Marie-Louise Gournay, née le 27 janvier 1919 et morte le 16 août 1998.
Même s'il se souvient d'elle pour l'avoir vue à maintes reprises, le grand public ignore malheureusement souvent son nom.
Ayant fait ses débuts au cinéma au début des années 1940, Dominique Davray a en effet joué de très nombreux rôles secondaires, incarnant les femmes accortes ou légères, mais au caractère bien trempé.

On la remarque dans le rôle de Julie, auprès de Simone Signoret, dans "Casque d'or" de Jacques Becker (1952), en inénarrable "Alsacienne en costume" dans "Les espions" de Henri-Georges Clouzot (1957), en "gouvernante fataliste" auprès de Corinne Marchand dans "Cléo de 5 à 7" d’Agnès Varda (1962), puis dans le rôle de "Madame Mado" dans le cultissime "Les tontons flingueurs".
Plus tard, du milieu des années 1960 jusqu’aux années 1970 et l’âge venant, ses emplois se modifient et elle joue les femmes matures de caractère, qu’elles soient religieuses, infirmières, concierges ou prostituées (au moins six !). Elle tient de nombreux petits rôles dans bon nombre de comédies, notamment aux côtés de Louis de Funès pour plusieurs scènes devenues cultes, comme dans :
- "Le tatoué", de Denys de la Patellière (1967), où elle joue la femme idiote de Louis de Funès.
- "Le gendarme en ballade" de Jean Girault (1970), où elle joue la "religieuse forte".
Après avoir personnifié "Gilette la charonne" dans "Notre-Dame de Paris" de Jean Delannoy, en 1956, elle apparaît pour la dernière fois au cinéma en incarnant un autre personnage de Victor Hugo : "La Magnon", dans la version de Robert Hossein des "Misérables" de Victor Hugo (1982).
Riche de plus de 70 films, sa filmographie comporte des noms de réalisateurs aussi prestigieux que :
Yves Allégret, Jacques Becker, Jean Becker, Bertrand Blier, Jean-Claude Brialy, Marcel Carné, André Cayatte, Henri-Georges Clouzot, Philippe De Broca, Denys de La Patellière, Jean Delannoy, Jacques Deray, Julien Duvivier, Jean Girault, Gilles Grangier, Pierre Granier-Deferre, Pierre Grimblat, Sacha Guitry, Robert Hossein, Georges Lautner, Jean-Paul Le Chanois, Gérard Oury, Jean-Marc Thibault, Agnès Varda, Henri Verneuil et Claude Zidi.


Et même : Alfred Hitchcock, Anatole Litvak et Joshua Logan (le réalisateur de "Bus stop") !
Source : wikipedia.org
On ne dit pas : "Si 'i' vont délationner leurs parents" !
Comme l'a pitoyablement déclaré, le 24 septembre 2020,la journaliste française Abnousse Shalmani, dans la séquence "Partis pris" de l'émission "24H Pujadas", sur la chaîne de télévision française d'information en continu LCI.
Mais : "Si iLS vont déNONCer leurs parents" !
"Une imprécation".
Ce substantif féminin du registre soutenu désigne :
- dans l'Antiquité, une prière solennelle appelant (sur l'ennemi ou le coupable) la colère des divinités infernales,
- et donc, par analogie : une malédiction solennelle, proférée contre quelqu'un,
- et par extension : une parole ou un souhait - quand ce n'est pas une injure - appelant le malheur sur quelqu'un.
On dit ainsi : "Charger quelqu'un d'imprécations", "Lancer des imprécations", "Proférer des imprécations", "Hurler des imprécations", "Fulminer des imprécations" ; "Éclater en imprécations" ou "Se répandre en imprécations".
Sources : www.larousse.fr et www.cnrtl.fr
Pourquoi dire : "Depuis le restart du championnat" ?
Comme l'a déclaré l'ancien joueur international de football franco-polonais Ludovic Obraniak, devenu consultant, le 15 septembre 2020, dans l'émission "L'Équipe d'Estelle", de la chaîne de télévision française L'Équipe.
Et pas : "Depuis le REDÉMARRAGE du championnat" !
Pour ses anglicismes, ses fautes de grammaire et ses phrases construites en dépit du bon sens, je lui décerne mon label de médiocrité "Fâchés avec le français".
"Une litote" n'est pas "Un euphémisme" !
Les journalistes des différents organes d'information - en particulier audiovisuels - ont malheureusement de plus en plus tendance à confondre les deux figures de style que sont la litote et l'euphémisme, présentant des litotes comme des euphémismes.
Aussi est-il bon, je pense, de rappeler ce dont il s'agit exactement :
- "Une litote" est une figure de style consistant à atténuer l'expression de sa pensée et à dire moins pour laisser entendre davantage.
Elle est fréquente dans le registre familier, où l'on dit par exemple :
-
- "Cette fille n'est pas sotte" pour "Cette fille est (très) intelligente".
-
- ou : "Il n'est pas mauvais ce vin !" pour "Il est (très) bon ce vin !".
La célébre réplique de Chimène dans "Le Cid" de Corneille - "Va, je ne te hais point" - n'en est cependant pas une à mes yeux, ainsi que je m'en explique dans un autre article de J'aime les mots.
- tandis que "Un euphémisme" est une figure de style consistant à atténuer l'expression de faits ou d'idées considérés comme brutaux, déplaisants, choquants, désagréables, tristes dans le but d'adoucir la réalité.
L'euphémisme se différencie donc de la litote par la volonté de rendre un terme moins choquant en amoindrissant l'information.
L'euphémisme a pour antonyme l'hyperbole et le dysphémisme.
La novlangue journalistique et politique actuelle regorge d'euphémismes :
On dit par exemple : "Le disparu" pour "Le mort", "Le corps sans vie" pour "Le cadavre" ou "Il est parti pour un monde meilleur" plutôt que "Il est mort".
Et : "Le PSE ou Plan de Sauvegarde de l'Emploi" pour "Le plan de licenciement".
Source : wikipedia.org
"Va, je ne te hais point !".
J'aime beaucoup cette très célèbre réplique, extraite de l'acte III scène 4 de la pièce de théâtre française "Le Cid", écrite en 1637 par Pierre Corneille.
Il s'agit d'une déclaration que fait Chimène à Don Rodrigue, afin de lui signifier qu'elle l'aime encore, envers et contre tout.
Pourtant, Don Rodrigue, le fiancé de Chimène vient de tuer Don Gomès, le père de celle-ci, dans un duel. La jeune fille devrait donc haïr Don Rodrigue. Mais elle sait qu'il s'est battu pour venger l'honneur de sa famille (son père à lui ayant reçu un soufflet de son père à elle), ce qu'elle apprécie. Et surtout... elle l'aime ! Confrontée à la difficulté de dire "Je t'aime" à l'assassin de son père, Chimène lui lance donc : "Va, je ne te hais point".
Cette façon d'atténuer des propos ("Je ne te hais pas") pour leur donner plus de force (dire "Je t'aime") est souvent présenté comme une litote.
Pourtant, si le "Je t'aime" est en effet sous-entendu, il ne s'agit nullement - me semble-t-il - du principal message contenu dans cette déclaration.
Et le sens de la phrase n'est pas vraiment "Mon Rodrigue, je suis folle amoureuse de toi, tu as drôlement bien fait de tuer papa, allons faire des cochonneries dans mon lit à baldaquin" !
Mais plutôt, je crois : "Je devrais te hair et vouloir ta tête, mais ce n'est pas le cas, je suis une vilaine fille"...
Enfin, disons, de façon plus respectable, pardonnez-moi : "Je ne te poursuis pas par haine, mais par devoir ; par obligation morale plus que sentimentale".
Texte intégral de l'acte III, scène 4 :
Don Rodrigue
Eh bien ! sans vous donner la peine de poursuivre,
Assurez-vous l’honneur de m’empêcher de vivre.
Chimène
Elvire, où sommes-nous, et qu’est-ce que je vois ?
Rodrigue en ma maison ! Rodrigue devant moi !
Don Rodrigue
N’épargnez point mon sang : goûtez sans résistance
La douceur de ma perte et de votre vengeance.
Chimène
Hélas !
Don Rodrigue
Écoute-moi.
Chimène
Je me meurs.
Don Rodrigue
Un moment.
Chimène
Va, laisse-moi mourir.
Don Rodrigue
Quatre mots seulement :
Après, ne me réponds qu’avecque cette épée.
Chimène
Quoi ! du sang de mon père encor toute trempée !
Don Rodrigue
Ma Chimène…
Chimène
Ôte-moi cet objet odieux,
Qui reproche ton crime et ta vie à mes yeux.
Don Rodrigue
Regarde-le plutôt pour exciter ta haine,
Pour croître ta colère, et pour hâter ma peine.
Chimène
Il est teint de mon sang.
Don Rodrigue
Plonge-le dans le mien,
Et fais-lui perdre ainsi la teinture du tien.
Chimène
Ah ! quelle cruauté, qui tout en un jour tue
Le père par le fer, la fille par la vue !
Ôte-moi cet objet, je ne puis le souffrir :
Tu veux que je t’écoute, et tu me fais mourir !
Don Rodrigue
Je fais ce que tu veux, mais sans quitter l’envie
De finir par tes mains ma déplorable vie ;
Car enfin n’attends pas de mon affection
Un lâche repentir d’une bonne action.
L’irréparable effet d’une chaleur trop prompte
Déshonorait mon père, et me couvrait de honte.
Tu sais comme un soufflet touche un homme de cœur ;
J’avais part à l’affront, j’en ai cherché l’auteur :
Je l’ai vu, j’ai vengé mon honneur et mon père ;
Je le ferais encor, si j’avais à le faire.
Ce n’est pas qu’en effet contre mon père et moi
Ma flamme assez longtemps n’ait combattu pour toi ;
Juge de son pouvoir : dans une telle offense
J’ai pu délibérer si j’en prendrais vengeance.
Réduit à te déplaire, ou souffrir un affront,
J’ai pensé qu’à son tour mon bras était trop prompt ;
Je me suis accusé de trop de violence ;
Et ta beauté sans doute emportait la balance,
À moins que d’opposer à tes plus forts appas
Qu’un homme sans honneur ne te méritait pas ;
Que malgré cette part que j’avais en ton âme,
Qui m’aima généreux me haïrait infâme ;
Qu’écouter ton amour, obéir à sa voix,
C’était m’en rendre indigne et diffamer ton choix.
Je te le dis encore ; et quoique j’en soupire,
Jusqu’au dernier soupir je veux bien le redire :
Je t’ai fait une offense, et j’ai dû m’y porter
Pour effacer ma honte, et pour te mériter ;
Mais quitte envers l’honneur, et quitte envers mon père,
C’est maintenant à toi que je viens satisfaire :
C’est pour t’offrir mon sang qu’en ce lieu tu me vois.
J’ai fait ce que j’ai dû, je fais ce que je dois.
Je sais qu’un père mort t’arme contre mon crime ;
Je ne t’ai pas voulu dérober ta victime :
Immole avec courage au sang qu’il a perdu
Celui qui met sa gloire à l’avoir répandu.
Chimène
Ah ! Rodrigue, il est vrai, quoique ton ennemie,
Je ne te puis blâmer d’avoir fui l’infamie ;
Et de quelque façon qu’éclatent mes douleurs,
Je ne t’accuse point, je pleure mes malheurs.
Je sais ce que l’honneur, après un tel outrage,
Demandait à l’ardeur d’un généreux courage :
Tu n’as fait le devoir que d’un homme de bien ;
Mais aussi, le faisant, tu m’as appris le mien.
Ta funeste valeur m’instruit par ta victoire ;
Elle a vengé ton père et soutenu ta gloire :
Même soin me regarde, et j’ai, pour m’affliger,
Ma gloire à soutenir, et mon père à venger.
Hélas ! ton intérêt ici me désespère :
Si quelque autre malheur m’avait ravi mon père,
Mon âme aurait trouvé dans le bien de te voir
L’unique allégement qu’elle eût pu recevoir ;
Et contre ma douleur j’aurais senti des charmes,
Quand une main si chère eût essuyé mes larmes.
Mais il me faut te perdre après l’avoir perdu ;
Cet effort sur ma flamme à mon honneur est dû ;
Et cet affreux devoir, dont l’ordre m’assassine,
Me force à travailler moi-même à ta ruine.
Car enfin n’attends pas de mon affection
De lâches sentiments pour ta punition.
De quoi qu’en ta faveur notre amour m’entretienne,
Ma générosité doit répondre à la tienne :
Tu t’es, en m’offensant, montré digne de moi ;
Je me dois, par ta mort, montrer digne de toi.
Don Rodrigue
Ne diffère donc plus ce que l’honneur t’ordonne :
Il demande ma tête, et je te l’abandonne ;
Fais-en un sacrifice à ce noble intérêt :
Le coup m’en sera doux, aussi bien que l’arrêt.
Attendre après mon crime une lente justice,
C’est reculer ta gloire autant que mon supplice.
Je mourrai trop heureux, mourant d’un coup si beau.
Chimène
Va, je suis ta partie, et non pas ton bourreau.
Si tu m’offres ta tête, est-ce à moi de la prendre ?
Je la dois attaquer, mais tu dois la défendre ;
C’est d’un autre que toi qu’il me faut l’obtenir,
Et je dois te poursuivre, et non pas te punir.
Don Rodrigue
De quoi qu’en ma faveur notre amour t’entretienne,
Ta générosité doit répondre à la mienne ;
Et pour venger un père emprunter d’autres bras,
Ma Chimène, crois-moi, c’est n’y répondre pas :
Ma main seule du mien a su venger l’offense,
Ta main seule du tien doit prendre la vengeance.
Chimène
Cruel ! à quel propos sur ce point t’obstiner ?
Tu t’es vengé sans aide, et tu m’en veux donner !
Je suivrai ton exemple, et j’ai trop de courage
Pour souffrir qu’avec toi ma gloire se partage.
Mon père et mon honneur ne veulent rien devoir
Aux traits de ton amour ni de ton désespoir.
Don Rodrigue
Rigoureux point d’honneur ! hélas ! quoi que je fasse,
Ne pourrai-je à la fin obtenir cette grâce ?
Au nom d’un père mort, ou de notre amitié,
Punis-moi par vengeance, ou du moins par pitié.
Ton malheureux amant aura bien moins de peine
À mourir par ta main qu’à vivre avec ta haine.
Chimène
Va, je ne te hais point.
Don Rodrigue
Tu le dois.
Chimène
Je ne puis.
Don Rodrigue
Crains-tu si peu le blâme, et si peu les faux bruits ?
Quand on saura mon crime, et que ta flamme dure,
Que ne publieront point l’envie et l’imposture !
Force-les au silence, et, sans plus discourir,
Sauve ta renommée en me faisant mourir.
Chimène
Elle éclate bien mieux en te laissant la vie ;
Et je veux que la voix de la plus noire envie
Élève au ciel ma gloire et plaigne mes ennuis,
Sachant que je t’adore et que je te poursuis.
Va-t’en, ne montre plus à ma douleur extrême
Ce qu’il faut que je perde, encore que je l’aime.
Dans l’ombre de la nuit cache bien ton départ :
Si l’on te voit sortir, mon honneur court hasard.
La seule occasion qu’aura la médisance,
C’est de savoir qu’ici j’ai souffert ta présence :
Ne lui donne point lieu d’attaquer ma vertu.
Don Rodrigue
Que je meure !
Chimène
Va-t’en.
Don Rodrigue
À quoi te résous-tu ?
Chimène
Malgré des feux si beaux, qui troublent ma colère,
Je ferai mon possible à bien venger mon père ;
Mais malgré la rigueur d’un si cruel devoir,
Mon unique souhait est de ne rien pouvoir.
Don Rodrigue
Ô miracle d’amour !
Chimène
Ô comble de misères !
Don Rodrigue
Que de maux et de pleurs nous coûteront nos pères !
Chimène
Rodrigue, qui l’eût cru ?
Don Rodrigue
Chimène, qui l’eût dit ?
Chimène
Que notre heur fût si proche et sitôt se perdît ?
Don Rodrigue
Et que si près du port, contre toute apparence,
Un orage si prompt brisât notre espérance ?
Chimène
Ah ! mortelles douleurs !
Don Rodrigue
Ah ! regrets superflus !
Chimène
Va-t’en, encore un coup, je ne t’écoute plus.
Don Rodrigue
Adieu : je vais traîner une mourante vie,
Tant que par ta poursuite elle me soit ravie.
Chimène
Si j’en obtiens l’effet, je t’engage ma foi
De ne respirer pas un moment après toi.
Adieu : sors, et surtout garde bien qu’on te voie.
Elvire
Madame, quelques maux que le ciel nous envoie…
Chimène
Ne m’importune plus, laisse-moi soupirer,
Je cherche le silence et la nuit pour pleurer.
Sources : www.copiedouble.com, www.etudes-litteraires.com, mamiehiou.over-blog.com et wikipedia.org
"Si non" ou "Sinon" : comment ne plus jamais se tromper !
Il existe un moyen mnémotechnique très simple pour savoir si l'on doit écrire "Sinon" en un seul mot ou "Si non" en deux mots !
- "Si non" en deux mots - qui est une ellipse de "Si c'est non" - ne s'écrit que lorsqu'il est précédé de la formule "Si oui" (pour "Si c'est non"), et en réponse à une question.
On dit par exemple :
-
- "Tu peux me prêter de l'argent pour le ciné ? Si oui, je vous rejoins volontiers. Si non, je ne peux pas me joindre à vous",
-
- "Veux-tu venir en courses avec moi ? Si oui, dépêche-toi car je pars maintenant. Si non, merci de mettre la table pour le déjeuner".
-
- "Aimes-tu le cinéma ? Si oui, nous pourrions allez voir un film. Si non, préfères-tu aller à la patinoire ?".
- et "Sinon" en un seul mot - qui est une conjonction signifiant "Autrement", "Ou alors" ou "Faute de quoi" - s'utilise dans tous les autres cas.
On dit par exemple :
-
- "J'espère parvenir à la gare à temps pour prendre mon train. Sinon je ne serai pas là pour dîner",
-
- "Il ne faut pas qu'il pleuve, sinon nous devrons interrompre les travaux",
-
- ou : "Si tu aimes les légumes il y a une salade composée. Sinon je peux te réchauffer un reste de hachis Parmentier".
"bcp", "jms", "tjrs" et svt".
Ces quatre abréviations signifient :
- "bcp" : beaucoup,
- "jms" : jamais,
- "tjrs" : toujours,
- et "svt" : souvent.
"Porter à conséquence" ou "Tirer à conséquence".
Ces deux locutions verbales du langage courant signifient : avoir des répercussions importantes, des suites fâcheuses, graves.
On dit par exemple : "Tu peux partir avant d'avoir fini, cela ne portera pas à conséquence".
Ou : "À ta place, je n'enverrai pas ce courrier car il pourrait tirer à conséquence".
Sources : www.larousse.fr et www.cnrtl.fr