"À Dieu ne plaise !" ou "Ce qu'à Dieu ne plaise !".

Bien qu'agnostique, j'aime beaucoup cette jolie locution interjective en forme d'idiotisme religieux.

Appartenant de nos jours au registre désuet, elle signifie :  espérons que cela n'arrivera pas !

Et s'utilise lorsqu'on ne souhaite pas qu'une chose se produise ; afin de repousser telle ou telle supposition ou éventualité que l'on ne veut pas envisager. En espérant que - comme elle devrait également déplaire à Dieu, celui-ci ne le permettra pas ; fera le nécessaire pour qu'elle ne se produise pas.

On dit par exemple : "Malheureusement une nouvelle catastrophe pourrait venir s'ajouter à celle-ci... ce qu'à Dieu ne plaise !".

Ou : "À Dieu ne plaise que je ne connaisse jamais pareille situation !".

Cette formule nous vient du XIe siècle, puisqu'on la retrouve, sous une forme un peu différente, dans la célèbre "Chanson de Roland" : "Ne placet Deu ne ses saintismes angles", c'est à dire "Ne plaise à Dieu, ni à ses très saints anges".

Source : www.expressio.fr

"Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger !".

Qui ne se souvient de cette réplique de Valère, dans la comédie en prose de 1668, "L'avare ou l'école du mensonge"!

"L'avare ou l'école du mensonge" de Molière, une comédie en prose de 1668

Ce joli aphorisme,attribué originellement à Socrate, devient, sous la plume de Molière, une superbe dénonciation de la gloutonnerie justifiée par l'avarice.

Resituons la scène : Harpagon (l’Avare) voulant donner un grand dîner à peu de frais, convoque son cuisinier, maître Jacques, afin de convenir avec lui du menu du festin. Celui-ci lui présente une carte pantagruélique que l’avare trouve beaucoup trop fournie. Valère, l'amant de la fille d’Harpagon, soucieux de s'attirer les bonnes grâces de celui qu'il projette d'avoir comme beau-père, apostrophe ainsi le cuisinier :

"Est-ce que Monsieur a invité des gens pour les assassiner à force de mangeaille ? Allez-vous en lire un peu les préceptes de la santé et demander aux médecins s’il n’y a rien de préjudiciable à l’homme que de manger avec excès. Apprenez, maître Jacques, vous et vos pareils que c’est un coupe-gorge qu’une table remplie de trop de viandes ; que, pour se montrer ami de ceux que l’on invite, il faut que la frugalité règne dans les repas qu’on donne et que, suivant le dire d’un ancien : "Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger" (Acte III, Scène 5).

"On a souvent besoin d'un plus petit que soi".

"Le lion et le rat", une fable de Jean de la Fontaine (1668)

Cette phrase a traversé les siècles, puisqu'elle nous vient de fable de Jean de La Fontaine intitulée "Le lion et le rat" (Livre II, fable 11) publiée en 1668.

Elle signifie qu'il ne faut pas mépriser les plus petits, ou les plus faibles, car chacun, quelle que soit sa taille, a ses qualités et peut apporter quelque chose aux autres, fussent-ils grands, forts et puissants.

Ainsi, même le lion, roi des animaux, peut un jour être sauvé par un modeste rat, celui-ci s'avérant capable de faire ce dont le puissant fauve n'est pas capable !

"Le lion et le rat"

"Il faut, autant qu'on peut, obliger tout le monde
On a souvent besoin d'un plus petit que soi.
De cette vérité deux fables feront foi,
Tant la chose en preuves abonde.

Entre les pattes d'un lion
Un rat sortit de terre assez à l'étourdie.
Le roi des animaux, en cette occasion,
Montra ce qu'il était et lui donna la vie .
Ce bienfait ne fut pas perdu.
Quelqu'un aurait-il jamais cru
Qu'un lion d'un rat eût affaire ?
Cependant il avint qu'au sortir des forêts
Ce lion fut pris dans des rets,
Dont ses rugissements ne le purent défaire.
Sire rat accourut, et fit tant par ses dents
Qu'une maille rongée emporta tout l'ouvrage.

Patience et longueur de temps
Font plus que force ni que rage".

Sur un sujet contigu, je me permets de vous recomander la lecture de mon article consacré à un autre vers de cette fable : "Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage".

Sources : www.linternaute.fr, fr.quora.com, www.editions-larousse.fr et www.lafontaine.net

11 façons de dire "Le ventre" en français.

"Le bide" et "Le bidon"appartiennent au registre argotique.

Et "La bedaine", "Le bedon", "Le bidou", "La brioche", "La panse" ou "La ventrouille" au registre familier.

Ainsi que "La bedondaine", que nous devons au génial Rabelais, ou "La gidouille", à Alfred Jarry.

Enfin, "L'abdomen" (du latin "Abdomen" signifiant "Ventre", "Bas-ventre") relève du langage courant.

Sources : www.cnrtl.fr et crisco2.unicaen.fr

"Revenons à nos moutons" ou "Revenons-en à nos moutons".

"Revenons à nos moutons"

On ignore généralement l'origine littéraire de cette locution verbale en forme d'idiotisme animalier.

Appartenant au registre familier, elle signifie, au sens figuré : revenons au sujet dont nous parlions, à ce dont il était question.

Et elle s'utilise lorsque l'on désire reprendre le fil d’un discours interrompu après une digression.

On dit par exemple : "Oui, oui. J'ai bien compris que tu avais très faim et étais impatient de sortir dîner. Mais revenons à nos moutons si tu le veux bien : je te faisais part de mon étonnement concernant les rayures et les bosses décorant la voiture neuve que ta mère et moi t'avons offert il y a 48 heures...".

Cette expression provient en effet de la pièce de théâtre française "La Farce de Maître Pathelin", publiée pour la première fois en 1485, et dont l’auteur reste inconnu, même si on l'attribue parfois à Guillaume Alexis.

Le héros éponyme, un avocat douteux du nom de Pathelin, a escroqué le drapier Guillaume Joceaulme, afin de lui acheter à bas prix une étoffe. Au moment de payer, Pathelin feint d’être mourant et de délirer. Le marchand se demande alors si lui-même ne délire pas et si la transaction a réellement eu lieu. Le même drapier est ensuite à nouveau trompé, cette fois par le berger Thibault, qui lui vole tous ses moutons. Décidant de porter ces deux affaires devant le juge, il finit par mélanger les deux histoires et confondre les draps et les moutons. En sorte que le juge, agacé, lui demande fermement de "Revenir à ses moutons".

La citation d'origine est la suivante :

"De par le diable, vous bavez !
Eh ! Ne savez-vous revenir,
Au sujet, sans entretenir,
La cour de telles baveries ?
Sus, revenons à ces moutons !
Qu’en fut-il ?".

Sources : wikitionary.org, www.expressio.fr et www.linternaute.fr

"Il est minuit Docteur Schweitzer".

Cette expression du langage courant est souvent utilisée lorsqu'il s'agit de donner l'heure à 0H00 ou de commenter le passage au lendemain.

Elle perdure curieusement aujourd'hui alors même qu'elle ne revêt aucune signification particulière.

"Il est minuit Docteur Schweitzer" est le titre d'une pièce de théâtre française de 1952 de Gilbert Cesbron, adaptée la même année au cinéma par André Haguet, avec le grand Pierre Fresnay dans le rôle du "Grand blanc de Lambaréné", Albert Schweitzer.

Les deux oeuvres sont fortement teintées de colonialisme et, il faut bien le dire, pour le film en tous cas, d'assez piètre qualité.

Affiche du film français "Il est minuit Dr Scweitzer" d'André Haguet (1952)

"La montagne a accouché d'une souris", "La montagne accouche d'une souris", "C'est la montagne qui accouche d'une souris", ou "Être la montagne qui accouche d'une souris".

"La montagne qui accouche" : illustration de la fable de Jean de La Fontaine (livre V, fable X) publiée en 1668 par Gustave Doré

J'aime beaucoup cette expression du langage courant en forme d'idiotisme animalier, qui date du XVIIe siècle et nous vient directement d'une fable de Jean de La Fontaine, publiée en 1668 (livre V, fable X) : "La montagne qui accouche" .

Elle s'utilise lorsque l'on souhaite évoquer la disproportion entre un projet ambitieux dont on attend beaucoup, car il a été annoncé comme très important (métaphoriquement : la montagne) et l’inconsistance, la médiocrité ou le ridicule du résultat final (métaphoriquement : la souris).

On dit par exemple : "C'était bien la peine de prendre six mois et de déployer autant de moyens pour nous proposer un texte aussi incomplet et mal conçu : c'est la montagne qui accouche d'une souris !".

Texte original

La montagne qui accouche (livre V, fable X)

"Une montagne en mal d'enfant
Jetait une clameur si haute
Que chacun, au bruit accourant,
Crut qu’elle accoucherait sans faute
D’une cité plus grosse que Paris.
Elle accoucha d'une souris.
Quand je songe à cette fable,
Dont le récit est menteur
Et le sens est véritable,
Je me figure un auteur
Qui dit : Je chanterai la guerre
Que firent les Titans au Maître du tonnerre.
C'est promettre beaucoup : mais qu'en sort-il souvent ?
Du vent".

Jean de la Fontaine (1668)

Sources : wikipedia.org et www.linternaute.fr

"Couvrez ce sein que je ne saurais voir".

Cette phrase est souvent utilisée par plaisanterie, à la vue d'une poitrine dénudée, par les personnes cultivées.

Elle est extraite de l'acte III, scène 2 de la comédie en vers de Molière, écrite en 1669, "Le tartuffe ou l'imposteur" ?

Cette pièce est une attaque féroce contre l'hypocrisie des dévots, qui fuient la séduction de la beauté féminine, en particulier lorsqu'elle est dénudée, et refusent de porter les yeux sur les appas de la femme, conformément aux recommandations de nombreux textes religieux.

Citation complète :

"Couvrez ce sein, que je ne saurais voir.
Par de pareils objets les âmes sont blessées.
Et cela fait venir de coupables pensées".

Source : wikipedia.org

"Va, je ne te hais point !".

J'aime beaucoup cette très célèbre réplique, extraite de l'acte III scène 4 de la pièce de théâtre française "Le Cid", écrite en 1637 par Pierre Corneille.

Il s'agit d'une déclaration qu'effectue Chimène à Don Rodrigue, afin de lui signifier qu'elle l'aime encore, envers et contre tout.

Pourtant, Don Rodrigue, le fiancé de Chimène vient de tuer Don Gomès, le père de celle-ci, dans un duel. La jeune fille devrait donc haïr Don Rodrigue. Mais elle sait qu'il s'est battu pour venger l'honneur de sa famille (son père à lui ayant reçu un soufflet de son père à elle), ce qu'elle apprécie. Et surtout... elle l'aime ! Confrontée à la difficulté de dire "Je t'aime" à l'assassin de son père, Chimène lui lance donc : "Va, je ne te hais point".

Cette façon d'atténuer des propos ("Je ne te hais pas") pour leur donner plus de force (dire "Je t'aime") est souvent présenté comme une litote.

Pourtant, si le "Je t'aime" est en effet sous-entendu, il ne s'agit nullement - me semble-t-il - du principal message contenu dans cette déclaration.

Et le sens de la phrase n'est pas vraiment "Mon Rodrigue, je suis folle amoureuse de toi, tu as drôlement bien fait de tuer papa, allons faire des cochonneries dans mon lit à baldaquin" !

Mais plutôt, je crois : "Je devrais te hair et vouloir ta tête, mais ce n'est pas le cas, je suis une vilaine fille"...

Enfin, disons, de façon plus respectable, pardonnez-moi : "Je ne te poursuis pas par haine, mais par devoir ; par obligation morale plus que sentimentale".

Texte intégral de l'acte III, scène 4 :

Don Rodrigue

Eh bien ! sans vous donner la peine de poursuivre,
Assurez-vous l’honneur de m’empêcher de vivre.

Chimène

Elvire, où sommes-nous, et qu’est-ce que je vois ?
Rodrigue en ma maison ! Rodrigue devant moi !

Don Rodrigue

N’épargnez point mon sang : goûtez sans résistance

La douceur de ma perte et de votre vengeance.

Chimène

Hélas !

Don Rodrigue

Écoute-moi.

Chimène

Je me meurs.

Don Rodrigue

Un moment.

Chimène

Va, laisse-moi mourir.

Don Rodrigue

Quatre mots seulement :

Après, ne me réponds qu’avecque cette épée.

Chimène

Quoi ! du sang de mon père encor toute trempée !

Don Rodrigue

Ma Chimène…

Chimène

Ôte-moi cet objet odieux,

Qui reproche ton crime et ta vie à mes yeux.

Don Rodrigue

Regarde-le plutôt pour exciter ta haine,
Pour croître ta colère, et pour hâter ma peine.

Chimène

Il est teint de mon sang.

Don Rodrigue

Plonge-le dans le mien,
Et fais-lui perdre ainsi la teinture du tien.

Chimène

Ah ! quelle cruauté, qui tout en un jour tue
Le père par le fer, la fille par la vue !
Ôte-moi cet objet, je ne puis le souffrir :
Tu veux que je t’écoute, et tu me fais mourir !

Don Rodrigue

Je fais ce que tu veux, mais sans quitter l’envie

De finir par tes mains ma déplorable vie ;
Car enfin n’attends pas de mon affection
Un lâche repentir d’une bonne action.
L’irréparable effet d’une chaleur trop prompte
Déshonorait mon père, et me couvrait de honte.
Tu sais comme un soufflet touche un homme de cœur ;
J’avais part à l’affront, j’en ai cherché l’auteur :
Je l’ai vu, j’ai vengé mon honneur et mon père ;
Je le ferais encor, si j’avais à le faire.
Ce n’est pas qu’en effet contre mon père et moi
Ma flamme assez longtemps n’ait combattu pour toi ;
Juge de son pouvoir : dans une telle offense
J’ai pu délibérer si j’en prendrais vengeance.
Réduit à te déplaire, ou souffrir un affront,
J’ai pensé qu’à son tour mon bras était trop prompt ;
Je me suis accusé de trop de violence ;
Et ta beauté sans doute emportait la balance,
À moins que d’opposer à tes plus forts appas
Qu’un homme sans honneur ne te méritait pas ;
Que malgré cette part que j’avais en ton âme,
Qui m’aima généreux me haïrait infâme ;

Qu’écouter ton amour, obéir à sa voix,
C’était m’en rendre indigne et diffamer ton choix.
Je te le dis encore ; et quoique j’en soupire,
Jusqu’au dernier soupir je veux bien le redire :
Je t’ai fait une offense, et j’ai dû m’y porter
Pour effacer ma honte, et pour te mériter ;
Mais quitte envers l’honneur, et quitte envers mon père,
C’est maintenant à toi que je viens satisfaire :
C’est pour t’offrir mon sang qu’en ce lieu tu me vois.
J’ai fait ce que j’ai dû, je fais ce que je dois.
Je sais qu’un père mort t’arme contre mon crime ;
Je ne t’ai pas voulu dérober ta victime :
Immole avec courage au sang qu’il a perdu
Celui qui met sa gloire à l’avoir répandu.

Chimène

Ah ! Rodrigue, il est vrai, quoique ton ennemie,
Je ne te puis blâmer d’avoir fui l’infamie ;
Et de quelque façon qu’éclatent mes douleurs,
Je ne t’accuse point, je pleure mes malheurs.
Je sais ce que l’honneur, après un tel outrage,
Demandait à l’ardeur d’un généreux courage :
Tu n’as fait le devoir que d’un homme de bien ;
Mais aussi, le faisant, tu m’as appris le mien.
Ta funeste valeur m’instruit par ta victoire ;
Elle a vengé ton père et soutenu ta gloire :
Même soin me regarde, et j’ai, pour m’affliger,
Ma gloire à soutenir, et mon père à venger.
Hélas ! ton intérêt ici me désespère :
Si quelque autre malheur m’avait ravi mon père,
Mon âme aurait trouvé dans le bien de te voir
L’unique allégement qu’elle eût pu recevoir ;
Et contre ma douleur j’aurais senti des charmes,

Quand une main si chère eût essuyé mes larmes.
Mais il me faut te perdre après l’avoir perdu ;
Cet effort sur ma flamme à mon honneur est dû ;
Et cet affreux devoir, dont l’ordre m’assassine,
Me force à travailler moi-même à ta ruine.
Car enfin n’attends pas de mon affection
De lâches sentiments pour ta punition.
De quoi qu’en ta faveur notre amour m’entretienne,
Ma générosité doit répondre à la tienne :
Tu t’es, en m’offensant, montré digne de moi ;
Je me dois, par ta mort, montrer digne de toi.

Don Rodrigue

Ne diffère donc plus ce que l’honneur t’ordonne :

Il demande ma tête, et je te l’abandonne ;
Fais-en un sacrifice à ce noble intérêt :
Le coup m’en sera doux, aussi bien que l’arrêt.
Attendre après mon crime une lente justice,
C’est reculer ta gloire autant que mon supplice.
Je mourrai trop heureux, mourant d’un coup si beau.

Chimène

Va, je suis ta partie, et non pas ton bourreau.

Si tu m’offres ta tête, est-ce à moi de la prendre ?
Je la dois attaquer, mais tu dois la défendre ;
C’est d’un autre que toi qu’il me faut l’obtenir,
Et je dois te poursuivre, et non pas te punir.

Don Rodrigue

De quoi qu’en ma faveur notre amour t’entretienne,

Ta générosité doit répondre à la mienne ;
Et pour venger un père emprunter d’autres bras,
Ma Chimène, crois-moi, c’est n’y répondre pas :

Ma main seule du mien a su venger l’offense,
Ta main seule du tien doit prendre la vengeance.

Chimène

Cruel ! à quel propos sur ce point t’obstiner ?
Tu t’es vengé sans aide, et tu m’en veux donner !
Je suivrai ton exemple, et j’ai trop de courage
Pour souffrir qu’avec toi ma gloire se partage.
Mon père et mon honneur ne veulent rien devoir
Aux traits de ton amour ni de ton désespoir.

Don Rodrigue

Rigoureux point d’honneur ! hélas ! quoi que je fasse,

Ne pourrai-je à la fin obtenir cette grâce ?
Au nom d’un père mort, ou de notre amitié,
Punis-moi par vengeance, ou du moins par pitié.
Ton malheureux amant aura bien moins de peine
À mourir par ta main qu’à vivre avec ta haine.

Chimène

Va, je ne te hais point.

Don Rodrigue

Tu le dois.

Chimène

Je ne puis.

Don Rodrigue

Crains-tu si peu le blâme, et si peu les faux bruits ?

Quand on saura mon crime, et que ta flamme dure,
Que ne publieront point l’envie et l’imposture !
Force-les au silence, et, sans plus discourir,
Sauve ta renommée en me faisant mourir.

Chimène

Elle éclate bien mieux en te laissant la vie ;
Et je veux que la voix de la plus noire envie
Élève au ciel ma gloire et plaigne mes ennuis,
Sachant que je t’adore et que je te poursuis.
Va-t’en, ne montre plus à ma douleur extrême
Ce qu’il faut que je perde, encore que je l’aime.
Dans l’ombre de la nuit cache bien ton départ :
Si l’on te voit sortir, mon honneur court hasard.
La seule occasion qu’aura la médisance,
C’est de savoir qu’ici j’ai souffert ta présence :
Ne lui donne point lieu d’attaquer ma vertu.

Don Rodrigue

Que je meure !

Chimène

Va-t’en.

Don Rodrigue

À quoi te résous-tu ?

Chimène

Malgré des feux si beaux, qui troublent ma colère,
Je ferai mon possible à bien venger mon père ;
Mais malgré la rigueur d’un si cruel devoir,
Mon unique souhait est de ne rien pouvoir.

Don Rodrigue

Ô miracle d’amour !

Chimène

Ô comble de misères !

Don Rodrigue

Que de maux et de pleurs nous coûteront nos pères !

Chimène

Rodrigue, qui l’eût cru ?

Don Rodrigue

Chimène, qui l’eût dit ?

Chimène

Que notre heur fût si proche et sitôt se perdît ?

Don Rodrigue

Et que si près du port, contre toute apparence,

Un orage si prompt brisât notre espérance ?

Chimène

Ah ! mortelles douleurs !

Don Rodrigue

Ah ! regrets superflus !

Chimène

Va-t’en, encore un coup, je ne t’écoute plus.

Don Rodrigue

Adieu : je vais traîner une mourante vie,
Tant que par ta poursuite elle me soit ravie.

Chimène

Si j’en obtiens l’effet, je t’engage ma foi

De ne respirer pas un moment après toi.
Adieu : sors, et surtout garde bien qu’on te voie.

Elvire

Madame, quelques maux que le ciel nous envoie…

Chimène

Ne m’importune plus, laisse-moi soupirer,
Je cherche le silence et la nuit pour pleurer.

Sources : www.copiedouble.com, www.etudes-litteraires.com, mamiehiou.over-blog.com et wikipedia.org

"Une respectueuse".

Ce substantif féminin peu usité peut avoir différentes significations :

  • il s'agit tout d'abord, dans le registre désuet, d'une sorte de dentelle,
  • mais également, par extension, toujours dans le même registre :
    • d'une sorte de mouchoir fait de cette dentelle,
    • ou d'une sorte de coiffure féminine, élaborée à l'aide de cette dentelle.
  • enfin, et surtout, serais-je tenté de dire, dans le registre soutenu : d'une prostituée !

Cette acception est en effet dérivée - par ellipse - du titre de la pièce de théâtre "La putain respectueuse", écrite par Jean-Paul Sartre en 1947.

Une "respectueuse", c'est à dire : une prostituée

Source : wiktionary.org

"Un pont trop loin", "Être un pont trop loin", "S'avérer être un pont trop loin" ou "Se révéler être un pont trop loin".

Héritage langagier du cinéma et de la littérature, cette formule en forme d'idiotisme architectural, que l'on entend parfois, fait référence à un film et à un roman relatant un épisode de la Seconde Guerre mondiale situé aux Pays-Bas, en septembre 1944.

Et elle signifie concrètement, au sens figuré : trop ambitieux, trop dangereux, trop risqué, au-delà de ce qu'il est raisonnablement possible de faire ou de réussir.

C'est le réalisateur britannique Richard Attenborough, qui a réalisé, en 1977, le film "Un pont trop loin", d'après le roman éponyme de Cornelius Ryan, écrit en 1974.

Affiche du film américano-britannique "Un pont trop loin" de richard Attenborough (1977)

Les deux évoquent par le menu l'opération Market Garden, la plus grande offensive aéroportée de l'histoire, au cours de laquelle furent engagés 34 000 parachutistes.

Cette opération militaire alliée de la Seconde Guerre mondiale se déroula du 17 au 25 septembre 1944.

Principalement menée par les armées britanniques, il s'agissait d'une tentative de prendre des PONTS franchissant les principaux fleuves des Pays-Bas occupés par les Allemands.

Market Garden devait notamment permettre d'atteindre la ville d'Arnhem, située sur la rive du Rhin, derrière le troisième PONT à prendre.

Le succès aurait permis aux Alliés de contourner la ligne Siegfried afin d'accéder à l'un des principaux centres industriels du IIIe Reich, la Ruhr, et donc de terminer plus rapidement la guerre, peut-être avant Noël 1944.

Proposée par le maréchal britannique Montgomery, cette opération risquée avait rencontré l'opposition des généraux américains Patton et Bradley, qui voulaient continuer leur offensive au Sud, car ils avaient encore en mémoire les paroles du vainqueur d'El-Alamein qui se faisait fort de s'emparer de Caen (14) dès le soir du 6 juin 1944, alors que la ville n'était tombée que le 21 juillet...

L'opération Market Garden a finalement échoué. Ses objectifs finaux ne furent pas atteints malgré la libération d'une partie du territoire néerlandais. Et les Alliés ont perdu environ 16 000 hommes, contre 8 000 pour les Allemands.

Sans doute Montgomery avait-il visé "UN PONT TROP LOIN" ?

Source : wikipedia.org

"Qui se sent morveux, qu'il se mouche" ou "Qui se sent morveux, se mouche".

On l'oublie souvent, mais c'est au génial Molière que nous devons cette extraordinaire formule devenue proverbiale, que j'utilise personnellement très régulièrement.

Elle est en effet extraite de l'acte 1, scène 3 de sa célèbre comédie en prose, écrite en 1668, "L'avare ou l'école du mensonge".

Et elle signifie en quelque sorte : "Si l'on se sent visé par quelque chose, c'est vraisemblablement parce que l'on est concerné".

Elle s'utilise - au sens figuré - pour commenter l'attitude d'une personne réagissant vivement à une critique, une réflexion, un reproche ne lui étant pas spécialement adressé, parce qu'elle se sent directement visée et la (ou le) prend pour elle-même parce qu'elle est concernée.

Et elle est assez proche de l'expression proverbiale "Si le chapeau te fait, mets-le".

Source : wiktionary.org