Mots, locutions et expressions du registre soutenu
Le registre soutenu (ou soigné) correspond à un langage travaillé avec un vocabulaire recherché.
Il est essentiellement adapté au langage écrit et principalement employé dans la littérature et la rhétorique.
Il exige une connaissance approfondie des ressources de la langue et met l’accent sur les références littéraires, culturelles, etc.
Ce registre utilise principalement :
des phrases pouvant être longues (alors appelées « périodes »),
avec unesyntaxe souvent complexe,
un vocabulaire précis, rare et varié (« le firmament », « les cieux » ou « l’azur » pour « le ciel »),
des figures de style recherchées,
des tournures élaborées,
la forme interrogative directe inversée (« D’où m’appelles-tu ? » pour » D’où est-ce que tu m’appelles ? »),
l’inversion du sujet après certains adverbes de liaison (tels que : aussi, ainsi, peut-être, etc.) (« Aussi ai-je dû écourter mes vacances » pour « Aussi, j’ai dû écourter mes vacances ».),
l’imparfait et le plus-que-parfait du subjonctif (« Il fallait qu’il vînt » pour « Il fallait qu’il vienne »),
le passé simple et le passé antérieur de l’indicatif (« Je le vis lorsque je revins » pour « Je l’ai vu quand je suis revenu »).
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Cette locution verbale du registre soutenu signifie, au sens figuré :
écrire des vers, des poèmes,
ou, ironiquement : s'essayer à la poésie ; rimailler (registre familier).
On dit par exemple : "Taquiner la muse ne fait pas de lui un poète".
Cette formule trouve son origine dans la mythologie grecque, où les Muses sont les filles de Zeus et de Mnémosyne, "la mémoire".
Depuis l’Antiquité, les Muses sont une source d’inspiration pour les artistes : peintres, sculpteurs, poètes. Et Homère invoque la Muse au début de l’Iliade et de l’Odyssée.
Au nombre de neuf, ces soeurs auraient été engendrées au terme de neuf nuits d'amour. Chanteuses, instrumentistes, elles sont porteuses de joie entre les dieux et les hommes. Si la musique, l’art des Muses - que les Grecs appelaient "Mousikê" - est avant tout l’art de chanter et jouer d’un instrument, elle est aussi la porte ouverte sur les connaissances : la poésie, la danse, le théâtre, l'astronomie, l’arithmétique. La "Mousikê" était pour les anciens ce que nous appellerions aujourd'hui la culture.
"Apollon et les Muses", un tableau du peintre français Nicolas Poussin (1631~1632)
Les Muses se sont ainsi identifiées à des genres littéraires ou artistiques précis dont elles sont devenues les patronnes :
Calliope est ainsi la Muse de l'éloquence et de l’épopée,
Clio, la Muse de l'histoire,
Erato, la Muse de la poésie lyrique et chorale,
Euterpe, la Muse de la danse et de la poésie amoureuse,
Melpomène, la Muse de la tragédie,
Polymnie, la Muse des chants nuptiaux et de deuil, ainsique de la pantomime,
Terpsichore, la Muse de la danse et de la poésie légère,
Thalie, la Muse de la comédie,
et Uranie, la Muse de l'astronomie.
Souvent représentées en présence d’Apollon, on reconnaît les neuf Muses à leurs différents attributs :
Calliope : livre, stylet,
Clio : livre, tablette,
Érato : tambourin, lyre,
Euterpe : flûte, cygne,
Melpomène : cor, masque tragique,
Polymnie : couronne, orgue,
Terpsichore : couronne de guirlande,
Thalia : viole, masque comique,
et Uranie : compas, globe.
Source : www.expressions-francaises.fr et eduscol.education.fr
Ces différents termes homographes ne doivent surtout pas être confondus :
"Las" :
- prononcé "la-ss" - est une interjection de plainte, exprimant la douleur, le regret.
Équivalant à notre actuel "Hélas", elle appartient aujourd'hui au registre désuet et au registre soutenu. Et je me plais personnellement à l'utiliser régulièrement.
On dit par exemple : "Je voulais absolument voir cette exposition. Las, je n'ai pas pu obtenir de billet".
- prononcé "la" - est un adjectif du registre soutenu signifiant :
qui éprouve trop de fatigue pour continuer une chose commencée ou même pour la commencer.
On dit par exemple : "Je suis trop las pour regarder un film ce soir".
qui est importuné jusqu’au dégoût par quelque chose ou par quelqu’un.
On dit par exemple : "Je suis las d'entendre des anglicismesà longueur de journée".
et "Un las" - prononcé "la" - est un substantif masculin désignant :
l'endroit de la grange où l'on stocke la récolte de céréales.
Ces deux verbes paronymiques du langage courant ne divent pas être confondus.
Ils signifient respectivement :
"Épandre":
dans le domaine agricole : étendre sur le sol en étalant, en dispersant uniformément (une semence, du foin, du fumier, un engrais ou un produit phytosanitaire).
L'action d'épandre s'appelle "L'épandage" et celui-ci peut être effectué de manière manuelle ou mécanique.
et, dans le registre soutenu : donner en abondance, répandre, verser.
Ces différents adjectifs parfaitement synonymes qualifient ce qui concerne ou ce qui se rapporte au sens du goût.
Et ils ont été formés à partir du latin "Gustus" signifiant "Goût".
"Gustatif" et "Gustative" appartiennent au registre soutenu.
On parle par exemple de "papilles gustatives" ou de "nerf gustatif".
"Gustuel" et "Gustuelle" ont été inventés au tournant du XIXe siècle par le gastronome français Jean Anthelme Brillat-Savarin (2 avril 1755 - 1er février 1826) et relèvent aujourd'hui du registre désuet.
On parle par exemple de "propriétés gustuelles" ou de "jouissances gustuelles".
J'aime beaucoup le subtantif féminin "Une villégiature", qui relève du registre soutenu et désigne :
un séjour de repos, pris à la belle saison dans un lieu de plaisance ou de tourisme : campagne, montagne, bord de mer ou ville thermale.
On dit par exemple : "Cet été, mon oncle sera en villégiature en Suisse".
L'opéra de la ville thermale de Vichy (03)
et par métonymie :
un lieu de séjour de vacances ; une maison où l'on va en villégiature.
On dit par exemple : "Mon grand-père possédait une superbe villégiature en Corse".
la durée pendant laquelle on est hors de chez soi ou d'un lieu habituel.
On dit par exemple : "Ce livre a été écrit durant une villégiature d'un an à la campagne".
Quant aux substantifs masculin "Un villégiateur" et féminin "Une villégiatrice", ils désignent, dans le registre désuet : l'homme ou la femme en villégiature.
Mais pas le "vacancier" ou la "vacancière". Ni le ou la "touriste".
La villégiature se distingue en effet des vacances, qui correspondent à une interruption des activités habituelles (congés payés, vacances scolaires) et n'impliquent pas systématiquement un déplacement depuis la résidence principale.
Et elle se distingue également du tourismelorsque celui-ci est un tourisme de masse ou un tourisme itinérant.
Le terme "Villégiature"vient de l'italien "Villegiare" signifiant littéralement "Être dans sa maison". Et il est introduit dans la langue française en 1755 par l'abbé Prévost.
La villégiature est le lieu et le temps de l'oisiveté. Le terme a pour origine le concept, initié par les Vénitiens fortunés de la Renaissance italienne, de la résidence durant certaines parties de l'année (et notamment l'été) dans leurs villas de plaisance à la campagne, rappelant la pratique de l'"otium" dans les villas de Campanie durant l'Antiquité romaine.
Le concept de villégiature est directement associé à l'appartenance à une classe sociale privilégiée. De la résidence aristocratique à la maison de campagne, l'évolution de la pratique, à l'origine élitiste, indique son appropriation par les classes moyennes, les classes économiquement défavorisées en étant de fait exclues.
Les saisons de la villégiature varient au fil de l'histoire et des modes : des campagnes de la Renaissance elle se déplace vers les côtes aux hivers doux et vers les montagnes aux étés frais jusqu'au XIXe siècle. La tendance s'inverse au XXe siècle où les côtes deviennent des stations balnéaires estivales et les montagnes des stations de sport d'hiver.
Un hôtel de station thermale
La santé est souvent prétexte à l'éloignement des villes et donne à nouveau naissance à la pratique antique du thermalisme.
Sources : Le Robert, www.larousse.fr, www.cnrtl.fr et wikipedia.org
J'aime beaucoup ce superbe substantif féminin du registre soutenu, qui désigne, selon le contexte :
en philosophie, chez Platon : un retour à l'esprit d’un souvenir non identifié comme tel car étant celui d'une connaissance acquise dans une vie antérieure, lorsque l'âme, qui vivait dans le monde supra-sensible des essences, contemplait les Idées.
un emprunt plus ou moins conscient fait à d’autres créateurs par l’auteur d’une oeuvre artistique ou littéraire, et qui inspire, qui influence leur création.
Ainsi par exemple d'un emprunt fait inconsciemment à des souvenirs de lecture.
Et, par métonymie : l'emprunt, le plagiat inconscient ainsi réalisé.
Il existe ainsi des réminiscences littéraires, musicales, poétiques, etc.
un souvenir vague, confus, imprécis ou incomplet, où domine plus ou moins la tonalité affective ou l'élément affectif.
On dit par exemple : "J’ai une vague réminiscence de la maison de mes arrières-grands-parents".
un souvenir apparaissant à l’esprit sans que les pensées antérieures à cette apparition, ni les objets observés durant ou avant l’apparition du souvenir n’y semblent rattachés.
Sources : www.larousse.fr, Le Robert, wiktionary.org et www.cnrtl.fr