"Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage".

J'aime beaucoup cette expression en forme d'idiotisme textile et d'idiotisme numérique.

Appartenant au registre désuet, elle signifie : n'hésitez pas à travailler et retravailler inlassablement votre projet ou votre texte, à le peaufiner, à l'instar de l'artisan tisserand, qui ne cesse de remettre, autant de fois qu'il le faudra, son ouvrage (c'est à dire la pièce de tissu qu'il est en train de fabriquer) sur son métier à tisser.

Un métier de haute lice destiné à fabriquer les tapisseries

Contrairement à ce que l'on pense souvent, cette formule ne fait pas référence à l’Odyssée d’Homère, dans laquelle Pénélope, la fidélité personnifiée, refuse de reprendre époux malgré l’interminable absence de son mari Ulysse. Et qui, pour éloigner les prétendants, donne comme excuse, des années durant, jusqu'au retour d'Ulysse, la confection d’un large voile qu’elle se doit de terminer avant une éventuelle seconde noce. Mais démonte chaque nuit tout ce qu'elle a tissé durant la journée.

Il s'agit d'une citation de l'écrivain français Nicolas Boileau dit Boileau-Despréaux, extraite de "L’Art poétique", un poème didactique de onze cents alexandrins classiques paru en 1674, qui, à mon sens, garde toute son actualité, près de trois siècles et demi plus tard.

Comme c'est également le cas avec une autre de ses célèbres phrases ("Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement"), je trouve qu'elle gagne à être réinsérée parmi celles qui la précèdent et la suivent :

"Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,
Polissez-le sans cesse, et le repolissez,
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez".

Sources : wiktionary.org et www.latibulle.ca

"Au pied levé".

Cette curieuse locution adjectivale du registre familier en forme d'idiotisme corporel ne doit pas manquer de surprendre nos amis étrangers.

Elle est très ancienne puisqu'elle remonte au XVIe siècle sous cette forme.

Et elle signifie, au sens figuré : à l'improviste, sans préparation.

On dit par exemple : "Nous sommes partis au pied levé et je n'ai pas eu le temps d'emporter toutes mes affaires".

Sources : wiktionary.org

"Quand le chat n'est pas là les souris dansent", "Le chat parti, les souris dansent" ou "Quand le chat dort, les souris dansent".

Cette amusante expression proverbiale en forme d'idiotisme animalier s'emploie, au sens figuré, pour évoquer par exemple le comportement :

  • de subalternes profitant de la liberté occasionnée par l'absence de leur supérieur hiérarchique.

On dit par exemple : "Si tu voyais le cirque au bureau, lorsque le patron s'absente quelques jours : quand le chat n'est pas, les souris dansent".

  • ou d'enfants échappant à la surveillance des adultes.

On dit par exemple : "Dès l'instant où le professeur quitte sa classe, ne serait-ce que quelques minutes, c'est le bazar : quand le chat n'est pas, les souris dansent".

Sources : wiktionary.org et www.linternaute.fr

"Une victoire à la Pyrrhus".

Cette locution nominale du registre soutenu désigne : une victoire chèrement acquise, obtenue au prix de terribles pertes pour le vainqueur.

Cette expression fait allusion au roi d'Épire Pyrrhus Ier, dont l'armée remporta en Italie deux grandes victoires contre les Romains.

Buste du roi d'Épire Pyrrhus 1er

D'abord en 280 av. J.-C., à la bataille d'Héraclée (aujourd'hui Policoro (Basilicate)(Italie)) et la seconde à la bataille d'Ausculum (aujourd'hui Ascoli Satriano (Pouilles)(Italie)) en 279 av. J.-C..

Les deux s'avérant formidablement coûteuses en vies humaines, le souverain aurait déclaré : "Si nous devons remporter une autre victoire sur les Romains, nous sommes perdus" ou "Si nous devons remporter une autre victoire comme celle-ci, je rentrerai seul en Épire".

Nota bene : Pyrrhus Ier a régné sur l'Épire (le "continent" en grec), région historique et montagneuse des Balkans, partagée entre la Grèce et l'Albanie, de 306 à 272.

Localisation du royaume d'Épire, région historique et montagneuse des Balkans, partagée entre la Grèce et l'Albanie

Il ne saurait donc, bien évidemment, être confondu avec Pyrrhus II, son petit-fils !

Fils d'Alexandre II d'Épire, Pyrrhus II fut en effet également roi, à la suite de son grand-père et de son père, mais de 242 à 234 av. J.-C.

Je sais bien que vous vous en souveniez parfaitement, mais si - par extraordinaire - l'un d'entre vous l'avait oublié, ce petit rappel aura pu lui être utile.

Souvenir personnel

"La zizanie", le 15e album d'Astérix, publié en 1970 par les géniaux Albert Uderzo et René Goscinny

Comme tous les enfants de mon âge, j'imagine, j'ai découvert cette superbe expression en 1970, dans le 15e album d'Astérix, "La zizanie", grâce aux géniaux René Goscinny et Albert Uderzo.

Le garde-chiurme romain Victoiralapirus, sur la galère qui amène en Armorique Tullius Détritus, le 'stratège chargé par César de semer le désordre dans le célèbre village gaulois

"Victoiralipirus" est en effet le nom de l'un des garde-chiourme du navire romain conduisant en Gaulle, Tullius Détritus, le stratège chargé par César de semer le désordre dans le célèbre village gaulois.

Tullius Détritus, le stratège chargé par César de semer le désordre dans le célèbre village gaulois

Source : wikipedia.org

"Avoir du fromage blanc dans la tête", "Avoir du mou de veau dans la tête", "Avoir du mou de veau dans le cerveau" ou "Avoir du mou de veau dans le cigare".

Je trouve assez savoureuse ces expressions en forme d'idiotisme alimentaire, d'idiotisme animal et d'idiotisme corporel, qui signifient toutes, au sens figuré : être complètement idiot.

Elles relèvent toutes du registre familier, à l'exception de la dernière - "Avoir du mou de veau dans le cigare" - qui appartient au registre argotique.

Sur un sujet contigu, je vous recommande ma collection d'articles consacré aux mille et une façons de dire "Être idiot" ou "Un idiot".

"En avoir le coeur net".

Cette expression du langage courant en forme d'idiotisme corporel signifie, au sens figuré : savoir à quoi s'en tenir, savoir ce qu’il en est, se délivrer de ses doutes.

On dit par exemple : "Je vais directement demandé à mon patron s'il a l'intention de nous faire déménager : je veux en avoir le coeur net".

Ou : "Maintenant au moins, je sais que je n'ai plus aucune chance avec cette fille, mais j'en ai le coeur net".

Sources : wiktionary.org et www.linternaute.fr

"Le chauve à col roulé", "Un chauve à col roulé", "Un grand chauve à col roulé" ou "Un petit chauve à col roulé".

J'adore ces différentes locutions nominales masculines très imagées du registre argotique, en forme d'idiotisme textile, qui désignent au sens figuré et respectivement :

  • "Le chauve à col roulé" : la verge (ou le pénis),
  • "Un chauve à col roulé" : une verge (ou un pénis),
  • "Un grand chauve à col roulé": une longue verge (ou un long pénis),
  • et : "Un petit chauve à col roulé" : une petite verge (ou un petit pénis).

"Sur-le-champ".

Cette locution adverbiale en forme d'idiotisme militaire relève du langage courant.

Elle daterait du XVe siècle et elle  signifiait à l'origine : ici même, à l'endroit où l'on se trouve, en référence au "champ de bataille".

De nos jours, elle signifie, au sens figuré :

On dit par exemple : "Il a été arrêté sur-le-champ".

Ou : "Nous avons pris des mesures sur-le-champ".

  • mais également : sans préparation.

On dit par exemple : "Il a harangué la foule sur-le-champ".

Ou : "Le ministre a répondu sur-le-champ à ces attaques".

Source : wiktionary.org

 

"Si le chapeau te fait, mets-le".

Cette expression proverbiale du langage courant en forme d'idiotisme vestimentaire signifie, au sens figuré : si tu te sens visé personnellement par une affirmation générale, assume.

Elle est assez proche de l'expression proverbiale "Qui se sent morveux se mouche".

Et a été le titre d'une chanson interprétée en 1967 par le chanteur et animateur de radio québecois Daniel Guérard (13 juin 1943 - 23 avril 2006) :

Source : wiktionary.org

"Avoir des yeux de biche", "Des yeux de biche" et "Faire des yeux de biche".

Ces différents idiotismes animaliers désignent, au sens figuré :

  • "Avoir des yeux de biche" : posséder de magnifiques et grands yeux en amande, pour une femme.

On dit par exemple : "Ma copine a des yeux de biche à la Audrey Hepburn : j'adore !".

L'actrice états-unienne Audrey Hepburn
L'actrice états-unienne Audrey Hepburn
  • "Des yeux de biche" : un type de maquillage féminin sensuel et langoureux, très en vogue dans les années 1960, qui semble connaître un regain d'intérêt ces dernières années.
Un maquillage oeil de biche
Un maquillage oeil de biche

Il s'agit d'un maquillage jouant sur les contrastes.

Afin de donner de la profondeur au regard de façon très naturelle, il faut donc choisir un fard à paupières à la texture crémeuse, d'un coloris un ton au-dessus par rapport à la carnation.

  • et "Faire des yeux de biche" : cligner des yeux de façon langoureuse, afin d'attendrir ou de séduire son interlocuteur.

On dit par exemple : "Ma nouvelle locataire m'a fait des yeux de biche : j'ai failli lui offrir un mois de loyer gratuit !".

"Un scaphandre pieds-lourds" ou "Un scaphandre à casque".

Un scaphandre "pieds-lourds" ou "à casque"

Ces deux locutions nominales désignent un dispositif permettant à un plongeur de déambuler sur le fond d'une masse d'eau (la mer, un lac, une rivière, une carrière immergée, un bassin, etc.) en respirant grâce à un tube relié à la surface, où d'autres hommes lui fournissent l'air nécessaire à sa survie grâce à un mécanisme de pompage.

 

Un scaphandre "pieds-lourds" ou "à casque"

 

Quelques modèles de scaphandres à casque ont cependant été autonomes et n'ont donc pas été alimentés en air de surface, comme, entre autres, les scaphandres Rouquayrol-Denayrouze (détendeurs alimentés par une réserve d'air comprimé et fabriqués en France à partir de 1864), ou les scaphandres Dräger (recycleurs alimentés en oxygène et fabriqués en Allemagne à partir de 1912).

Le mot "scaphandre"

Il a été créé en 1865 pour une invention destinée non pas à aller sous l'eau mais plutôt à flotter en surface.

Forgé à partir des mots grecs skaphe (barque) et andros (homme), il fut utilisé par Jean-Baptiste de La Chapelle, dit l'Abbé de la Chapelle (1710-1792), lorsqu'il présenta à l'Académie Royale des Sciences un costume de son invention.

Son invention consistait en un corset réalisé en liège et permettant à des soldats de flotter et de traverser les cours d'eau. Elle ne connut pas de suite mais le terme "scaphandre" resta tout de même dans les esprits, puisqu'il finit par être appliqué aux équipements de plongée sous-marine.

La précision "pieds-lourds"

Celle-ci fait naturellement référence aux semelles de plomb, qui aidaient le scaphandrier à rester en station debout et facilitait sa marche sur les fonds marins.

Semelles de plomb de scaphandrier "pieds-lourds" ou "à casque"Semelles de plomb de scaphandrier "pieds-lourds" ou "à casque"

Tout en s'ajoutant au lest, constitué d'une masse de plomb plate portée, le plus souvent, sur des points d'attache situés sur la partie pectorale de la pèlerine.

L'origine des scaphandres "pieds lourds" est très ancienne.

Au 4e siècle av. J.-C., on rapporte pour la première fois l’utilisation d’un équipement s’en rapprochant : Alexandre le Grand (21 juillet 356 av. J.-C. - 11 juin 323 av. J.-C) plongea sous les eaux grâce à un principe de cloche inversée décrit par celui qui fut son précepteur, Aristote.

Mais c’est Léonard de Vinci, au 15ème et 16ème siècle qui imagina un masque avec tuyau amenant l’air au plongeur. Cet appareil était destiné au combat contre une flotte ennemie. La combinaison étanche en cuir permettait au plongeur d’aller à quelques dizaines de mètres de profondeur. Il est fort probable que cette invention resta sur le papier et n'ait jamais été mise en pratique.

Mais c'est ce même principe qui a été utilisé pour les scaphandres "pieds lourds".

Sources : wikipedia.org et www.chosesasavoir.com

"Se mettre la rate au court-bouillon".

Se mettre la rate au court-bouillon

Cette expression du langage familier en forme d'idiotisme alimentaire et d'idiotisme corporel signifie, au sens figuré : être contrarié, s'inquiéter, se faire du souci inutilement, sans raison.

Elle est assez proche des idiotismes corporels "Se biler", "Se faire de la bile", "Se faire du mauvais sang" et "Se faire un sang d'encre".

Il existe en effet de nombreuses autres façons de dire "S'inquiéter" en français.

Cette expression fait référence au court-bouillon, qui est un liquide de cuisson.

Et bien que remontant sans doute à l'Antiquité, elle semble ne dater, sous cette forme, que du XXe siècle.

Sources : wiktionary.org, www.linternaute.fr et www.cnews.fr