"Être clair comme de l'eau de roche" et "Être clair comme du jus de boudin" ou "Être clair comme du jus de chique".

Ces trois locutions adjectivales antonymes très imagées signifient respectivement :

  • "Être clair comme de l'eau de roche" : être parfaitement clair (langage courant).

On dit par exemple : "La situation est claire comme de l'eau de roche : ils s'aiment et veulent se marier !".

  • et "Être clair comme du jus de boudin" (idiotisme alimentaire) ou "Être clair comme du jus de chique" : ne pas être clair du tout, être trouble, obscur (registre familier).

On dit par exemple : "L'intrigue est claire comme du jus de chique : on ne comprend rien à rien !".

Ou : "Je n'ai rien compris à ton histoire : c'est clair comme du jus de boudin !".

"Trois francs six sous" ou "Trois fois rien".

J'aaile beaucoup ces deux expressions du registre familier et du registre désuet signifiant : une somme dérisoire, très peu d'argent, presque rien.

On dit par exemple : "J'adore cette friperie : j'y trouve souvent de chouettes fringues pour trois francs six sous".

Ou : "Ne t'inquiète pas pour ce vase brisé : il valait trois francs six sous".

Et : "J'ai eu ce blouson pour trois fois rien".

"Refiler la patate chaude" ou "Renvoyer la patate chaude".

Cette expression du registre familier signifie : se défausser, se débarrasser d'une affaire embarrassante, gênante, difficile ou délicate en confiant sa gestion à une autre personne.

On dit par exemple : "Comme à son habitude, le ministre a refilé la patate chaude à l'un de ses collaborateurs".

Sources : Le Robert, www.expressio.fr, www.languefrancaise.net et www.joellerochette.com

"Ceinture !".

Cette interjection, qui ne manque pas d'interloquer nos amis étrangers et nos jeunes enfants, relève du registre familier.

Et elle constitue une ellipse de "IL VA FALLOIR FAIRE ceinture !".

Elle fait référence à la locution verbale "Faire ceinture", qui est déjà elle-même une ellipse de "Faire USAGE DE SA ceinture".

Dire à quelqu'un "Ceinture !" revient donc à lui ordonner ou, à tout le moins, à l'inviter fermement à se priver de nourriture (au sens propre) ou de quelque chose (au sens figuré).

Un médecin nutritionniste peut par exemple annoncer à un patient : "Vous oubliez complètement les barres chocolatées et les tartines de confiture au petit-déjeuner : ceinture !".

Ou un père, furieux après les mauvais résultats scolaires de son fils : "Terminé les jeux vidéo : ceinture !".

Pourquoi dire : "Give me five !" ou même "Donne-m'en cinq !" ou "Tape-m'en cinq !" !

"Tope là !" et non "Give me five !" ou même "Donne-m'en cinq !" ou "Tape-m'en cinq !"

Et pas : "Tope-là !" !

Cette interjection du registre familier a le mérite d'être parfaitement française, ce qui n'est pas le cas des idiotismes numériques "Donne-m'en cinq" ou "tape-m'en cinq", simples décalques de la formule anglaise "Give me five".

"Faire ombrage à quelqu'un" ou "Porter ombrage à quelqu'un".

Ces deux locutions verbales en forme d'idiotismes botaniques relèvent du registre soutenu.

Elles font toutes les deux référence au substantif masculin "Ombrage", qui relève lui aussi du même registre et désigne tout à la fois : l'ensemble de branches et de feuilles qui donnent de l’ombre, et l’ombre que donnent les feuillages.

"Faire ombrage" ou "Porter ombrage".

"Faire ombrage à quelqu'un" ouet "Porter ombrage à quelqu'un" signifient ainsi, au sens figuré : inspirer, susciter un sentiment de jalousie, de dépit, naissant de l'inquiétude d'être éclipsé par une autre personne.

On dit par exemple : "La beauté de sa fille fait malheureusement ombrage à ses cousines".

Ou : "Je crains que la réussite de ton frère ne te porte ombrage".

Sur un sujet contigu, je me permets de vous recommander la lecture de mon article consacré à l'expression "Prendre ombrage".

Source : www.larousse.fr et www.cnrtl.fr

"Être sur les rotules".

Cette locution verbale du langage courant en forme d'idiotisme corporel signifie, au sens figuré : être épuisé.

On dit par exemple : "Je suis sur les rotules : j'ai fait des courses toute la journée".

Mais nous disposons de très nombreuses autres possibilités de dire "Être très fatigué" en français !

 

"Faire son beurre".

Faire son beurre

Cette locution verbale en forme d'idiotisme alimentaire appartient au registre argotique.

Et elle signifie, au sens figuré : s'enrichir ; faire des bénéfices ; prospérer ; gagner de l'argent ; profiter de quelque chose ; faire son profit de quelque chose, y trouver un intérêt.

On dit par exemple : "Il ne gagne pas d'argent avec ses chambres : c'est avec le restaurant de l'hôtel qu'il fait son beurre".

Ou : "Avec la pandémie de maladie à coronavirus 2019, le commerce en ligne fait son beurre".

Sources : www.languefrancaise.net, www.expressio.fr

"Être né avec une cuillère en argent dans la bouche".

Cuillère de bébé en argent massif "Charlie bear" de chez Christofle

Cette expression du langage courant signifie, au sens figuré : être sinon rentier, du moins un privilégié, issu d’une famille très aisée et ayant la chance de n'avoir eu aucune préoccupation financière depuis sa naissance.

Elle comporte en général une connotation négative et est essentiellement utilisée afin de discréditer une personne.

Il s'agit d'une expression qui nous vient d'Angleterre, où elle serait apparue pour la première fois en 1712. Et l'on sait qu'elle est employée aux États-Unis d'Amérique depuis au moins 1780 ("Born with a silver spoon in his mouth" c'est à dire "Né avec une cuillère en argent dans la bouche").

Elle n'a cependant dû s'imposer chez nous que dans la seconde partie du XIXe siècle.

"Être né avec une cuillère en argent dans la bouche" est - comme souvent - une expression directement liée à la religion chrétienne.

Même si elle semble s'être relativement perdu, la tradition voulait en effet que, lorsqu’un bébé venait au monde, son parrain lui offrait une cuillère le jour de son baptême. Une cuillère en argent soulignait la richesse de la famille, puisque dans les milieux moins aisés, on utilisait des cuillères en bois, qui furent par la suite principalement fabriquées en étain. Le mot anglais "Spoon" ("Cuillère") constitue d’ailleurs une déformation du mot "Spon", qui désignait un copeau de bois, la cuillère étant taillée dans un gros éclat de bois.

Offrir une cuillère en argent à son filleul était donc un signe visible de son aisance et de la bonne éducation qu’il recevrait, à l’abri de tout embarras financier.

Source : www.lefigaro.fr, "Les 1001 expressions préférées des Français" (Georges Planelles, 2011)

"Être pédé comme un phoque".

Cette expression du registre argotique en forme d'idiotisme animalier est fondée sur l'apocope du mot "Pédéraste".

Son origine n'est pas clairement établie, mais elle signifie : être totalement et absolument homosexuel, sans ambiguïté aucune.

"Pas folle la guêpe !".

Publicité presse de 1953 pour le savon Lux : "Pas folle la guêpe j'ai choisi Lux" vous dit Arletty

Cette exclamation en forme d'idiotisme animalier est une locution interjective du registre familier.

Elle est utilisée pour souligner :

  • qu'une personne est finaude, astucieuse, maligne.

"Pas folle la guêpe !" signifie alors : pas bête ; c'est malin ; c'est astucieux ; c'est habile ; c'est intelligent.

  • ou qu'on l'est soi-même.

On dit par exemple : "Pas folle la guêpe : j'ai emmené avec moi de quoi nous éclairer !".

On disait au XIXe siècle "Pas bête la guêpe", avant que l'expression ne se transforme, au XXe siècle, en "Pas folle la guêpe !".

Cette forme a été largement popularisée par la géniale Arletty, dans le film de Jean Boyer "Circonstances atténuantes" (1939).

Au point qu'en 1953, encore, le savon Lux utilisait cette exclamation pour ses publicités dans la presse française !

On l'a aujourd'hui souvent oublié, mais le même film a également contribué à populariser l'expression "Comme de bien entendu".

Affiche du film français "Circonstances atténuantes" de Jean Boyer (1939)Affiche du film français "Circonstances atténuantes" de Jean Boyer (1939)

 

Sources : Le robert, wiktionary.org

"Se croire le premier moutardier du Pape".

J'adore cette expression française très ancienne en forme d'idiotisme numérique, d'idiotisme alimentaire et d'idiotisme religieux.

Elle signifie dans le registre familier et au sens figuré : avoir une haute opinion de soi-même, se donner des airs d’importance, se prendre à tort pour une personne importante.

Autrement dit : être un sot vaniteux.

Ou, dans le registre vulgaire : "Péter plus haut que son cul".

Ainsi que l'attesta le lexicographe Émile Littré, dès la deuxième édition de son célèbre dictionnaire (1872-1877), "Il n’y a pas de moutardier parmi les officiers du pape" et ce titre ronflant n'est bien évidemment qu’une pure invention comique.

L'expression est décrite pour la première fois dans le Dictionnaire de Trévoux de 1771 et on la trouve chez plusieurs auteurs du XVIIIe siècle, ainsi que dans le célèbre conte d'Alphonse Daudet "La Mule du Pape" (1887).

Sources : www.expressions-francaises.fr et wiktionary.org