"Un emplâtre".

Ce mot polysémique peut avoir pas moins de six significations différentes et désigner, selon le contexte, :

  • au sens propre : une préparation thérapeutique adhésive se ramollissant à la chaleur et destinée à être appliquée sur la peau ou à être étendue sur des bandes de tissu.

Le terme était parfois féminin au XVIIIe siècle.

  • au sens figuré, dans le registre familier : un empoté, un individu sans énergie, sans initiative, bon à rien ; une personne n’ayant incapable d’agir comme il convient, ne faisant qu’apporter de l’embarras dans les affaires dont elle se mêle.

On dit par exemple : "Mais quel emplâtre que cet apprenti là !".

  • dans le registre argotique : un coup, une gifle.

On dit par exemple : "Tu les aurais vu se foutre des emplâtres !"

  • en horticulture : un enduit gluant destiné à recouvrir les plaies des arbres, pour accélérer leur cicatrisation, également appelé "Englumen".
  • dans le registre désuet : une pièce que l'on colle sur une chambre à air pour boucher un trou, également appelée "Rustine".
  • et dans le registre familier, un aliment bourratif.

On dit par exemple : "Je ne saurais critiquer la cuisine de ma belle-mère : elle concocte d'extraordinaires emplâtres !".

Sources : www larousse.fr et wiktionary.org

"Bath" ou "C'est bath !".

Cet adjectif et cette interjection relèvent du registre familier et du registre désuet.

Et elles signifient respectivement :

  • "Bath" : beau, joli, agréable.

On disait par exemple : "Il est bath le bateau de ton père !".

  • "C'est bath !" : c'est chouette !

On disait par exemple : "C'est bath ! L'été prochain mes parents me laissent partir seul en vacances avec mes copains".

Ils n'étaient déjà plus utilisés par ma génération lorsque nous étions adolescents, dans les années 1970.

Mais on a réentendu l'adjectif "Bath" en 1980, dans la chanson "T'es O.K" ("T'es O.K, t'es bath, t'es in") du groupe Ottawan.

Disque Maxi 45 tours géant "T'es O.K" enregistré en 1980 par le groupe disco français Ottawa

Source : www.larousse.fr

"Chapeau !", "Chapeau bas !", "Chapeau l'artiste !", "Donner un coup de chapeau", "Rendre un coup de chapeau" et "Tirer son chapeau".

Toutes ces différentes formules du langage courant et du registre désuet, en forme d'interjection ("Chapeau !" par ellipse de "Chapeau bas !"), de locutions interjectives ("Chapeau bas !" et "Chapeau l'artiste !") ou de locutions verbales ("Donner un coup de chapeau", "Rendre un coup de chapeau" et "Tirer son chapeau") ne doivent pas manquer d'interloquer nos amis étrangers.

Elles s'utilisent toujours de nos jours en effet - mais au sens figuré désormais - afin d'exprimer le profond respect, voire l'admiration que l'on éprouve envers une personne.

Ou - plus largement - afin de faire part de ses félicitations, salutations ou remerciements.

Les porteurs de chapeau ayant naturellement totalement disparu de notre environnement depuis plus d'un demi-siècle, ces différentes formules trouvent leur origine au XVIIe siècle, lorsque le chapeau était un objet vestimentaire incontournable.

On avait alors coutume de saluer son prochain en enlevant et abaissant son chapeau.

Cette forme de salut respectueux consistant à incliner son chapeau vers le bas (saluer "chapeau bas") constituait alors une marque de respect et de déférence envers son interlocuteur.

La pratique (le geste) a perduré jusque dans les années 1960, lors de la disparition du chapeau.

Et la parole (les différentes formules : "Chapeau !", "Chapeau bas !", "Chapeau l'artiste !", "Donner un coup de chapeau",  "Rendre un coup de chapeau" et "Tirer son chapeau") jusqu'à nos jours, chez les plus âgés d'entre nous.

On notera que la forme "Chapeau l'artiste" s'emploie parfois au second degré, afin, par exemple de se moquer cyniquement de l'incurie ou de l'impéritie d'un pouvoir exécutif...

On dit ainsi : "Le Premier ministre Édouard Philippe ose annoncer, le 28 avril 2020, qu'il va rendre obligatoire le 11 mai, dans les transports en commun, le port de masques que son directeur général de la Santé déclarait totalement inutile, voire dangereux... le 19 mars : chapeau l'artiste !".

Sources : www.expressio.fr et www.linternaute.fr

"Passer un coup de téléphone", "Passer un coup de fil", "Passer un coup de bigophone" ou "Passer un coup de bigo".

Ces différentes locution verbale - qui ne laissent pas d'étonner nos enfants ou nos amis étrangers - signifient tout simplement "Téléphoner".

  • "Passer un coup de téléphone" appartient au langage courant.
  • Encore plus surprenante, la formule "Passer un coup de fil" relève du registre familier et du registre désuet.
  • Et les formules "Passer un coup de bigophone" ou - par apocope - "Passer un coup de bigo" appartiennent au registre argotique et au registre désuet.

Toutes ces formules existent également avec le verbe "Donner".

Ne dites pas : "J'y entrave que dalle !" ni "J'y comprends que pouic" !

Mais plutôt : "J'y comprends rien !" (registre familier).

Et, si possible, : "JE N'y comprends rien !" (langage courant).

Voire, idéalement, : "Je n'y entends rien !" (registre soutenu).

"J'y entrave que dalle !" relève en effet du registre argotique et "J'y comprends que pouic !" du registre populaire et du registre désuet.

"Une faiseuse d'anges"

On appelait "faiseuse d'ange" (ou "faiseur d'anges" lorsqu'il s'agissait d'un homme) une femme (le plus souvent non médecin) qui agissait de manière volontaire afin d'interrompre la grossesse non voulue d'une autre femme.

Ces interventions se pratiquaient de façon illégale, dans la clandestinité, souvent par des méthodes dangereuses (injection d'eau savonneuse dans l'utérus, pose de sondes dans le col, aiguilles à tricoter, massages etc.).

Les complications graves étaient fréquentes (lésions, infections, saignements) avec parfois des suites mortelles et étaient passibles de peines plus ou moins graves selon les époques.

L'idée était que ces embryons innocents devenaient des anges après la mort.

Dans la plupart des pays occidentaux, cette activité a disparu depuis la légalisation de l'avortement, qui est devenu une intervention médicale.

En France, c'est la loi du 17 janvier 1975 relative à l'IVG (Interruption Volontaire de Grossesse), dite "loi Veil", qui a encadré la dépénalisation de l'avortement en France.

Source : wikipedia.org

"En route, mauvaise troupe !".

Cette expression du registre désuet signifie "En avant !" et s'adresse à un groupe amical ou familial.

Un père de famille peut par exemple dire à ses enfants, au moment de partir à la plage, - surtout s'ils sont relativement nombreux - : "En route, mauvaise troupe !".

Contrairement à ce que pense, je crois, l'immense majorité des gens, cette formule ne constitue en rien un idiotisme militaire, mais a directement pour origine... un poème de Paul Verlaine, publié en 1884 dans le recueil "Jadis et naguère" et intitulé "Prologue", dont elle constitue le premier vers !

Prologue de Paul Verlaine (1884)

"En route, mauvaise troupe !
Partez, mes enfants perdus !
Ces loisirs vous étaient dus :
La Chimère tend sa croupe.

Partez, grimpés sur son dos,
Comme essaime un vol de rêves
D’un malade dans les brèves
Fleurs vagues de ses rideaux.

Ma main tiède qui s’agite
Faible encore, mais enfin
Sans fièvre, et qui ne palpite
Plus que d’un effort divin,

Ma main vous bénit, petites
Mouches de mes soleils noirs
Et de mes nuits blanches. Vites,
Partez, petits désespoirs,

Petits espoirs, douleurs, joies,
Que dès hier renia
Mon coeur quêtant d’autres proies.
Allez, aegri somnia".

"Se faire rincer le gosier".

Cette expression du registre argotique et du registre désuet signifie "Se faire inviter à boire".

On dit par exemple : "J'ai aidé le père Gustave à réparer sa charrue et après j'me suis fait rincé le gosier !".

"Un spadassin".

J'aime beaucoup ce mot du registre désuet qui désignait autrefois - à l'origine - un homme se battant à l'épée pour sa gloire, un ferrailleur recherchant les duels. Puis, un tueur à gages.

Le terme est utilisé en 1534 dans "Gargantua" de Rabelais.

Mais on trouve également des spadassins dans :

  • certaines pièces de Molière, comme "Dom Juan" (1665) ou "Les Fourberies de Scapin" (1671),
  • des opéras, comme "Rigoletto" de Giuseppe Verdi (1851),
  • ou des romans de cape et d'épée (par la suite adaptés au cinéma), comme "Le Bossu" de Paul Féval (1857) ou "Le Capitaine Fracasse" de Théophile Gautier (1863).

Source : wikipedia.org

"Il me semble", "Me semble-t-il" et "Ce me semble".

Ces trois formules signifient toutes : à mon avis, selon moi.

  • "Il me semble" appartient au langage courant,
  • "Me semble-t-il" relève du registre soutenu,
  • et "Ce me semble" relève du registre désuet ; raison pour laquelle - sans doute - je l'utilise volontiers !

Source : forum.wordreference.com

"Une grolle".

Ce mot peut désigner, selon le contexte :

  • dans le langage courant : un récipient en bois,
  • et dans le registre populaire :
    • une chaussure,

Chaussure de ville pour homme

On dit par exemple : "Mon darron a toujours de vieilles grolles car il a horreur d'aller en acheter des nouvelles".

Et je me permets de vous recommander la lecture de mon article consacré à toutes les façons de dire "Des chaussures" en français.

    • et jusqu'à la fin du XIXe siècle au moins, dans l'ensemble de la France : une corneille ou un corbeau,

Ou, de nos jours, dans l'Ouest de la France et notamment en Charente.

Un corbeau

Source : wiktionary.org

"Ragoûtant" ou "Ragoûtante".

J'aime beaucoup cet adjectif signifiant :

  • au sens propre : appétissant(e), qui ragoûte, qui excite l'appétit.

On dit par exemple : "Un brouet peu ragoûtant".

  • et au sens figuré : plaisant(e).

On dit par exemple : "Des détournements fiscaux peu ragoûtants".

Concrètement, ce mot du registre désuet est le participe présent adjectivé du verbe "Ragoûter" qui signifiait autrefois (registre désuet) "Redonner du goût, remettre en appétit".

Et qui ne s'utilise plus aujourd'hui qu'à la forme négative ("Peu ragoûtant(e)").

Sources : www.larousse.fr et wiktionary.org