"Que diable !" et "Que diable".

Attention à la typographie et au point d'exclamation, qui permet de distinguer ces deux formules du registre désuet en forme d'idiotismes religieux :

  • "Que diable !" avec un point d'exclamation est en effet une locution adverbiale et une interjection servant à indiquer de l'impatience ou de l'irritation.

On dit par exemple : "Allons, allons : remuez-vous un peu, que diable !".

  • tandis que "Que diable" est un pronom interrogatif de même usage que le pronom interrogatif "Que" ou "Qu''', indiquant, en outre, de la surprise ou de l'irritation.

On dit par exemple : "Mais que diable allais-tu faire seule, à minuit, dans la maison de campagne isolée de cet ancien violeur multirécidiviste ?".

Source : wiktionary.org

"Le proto" et "Un proto".

Ces deux mots homophonographes sont des apocopes de substantifs masculins :

  • et "Un proto", c'est un prototype (registre familier).

C'est à dire :

    • autrefois : le modèle original, l'étalon, l'original (d'un objet à reproduire) (registre désuet),
    • par analogie : le modèle, l'exemple parfait.

On dit par exemple : "Ce type est le prototype du casse-pied".

Le MAVERIC (Model Aircraft for Validation), un prototype d'aile volante Airbus, présenté le 11 février 2020
Le MAVERIC (Model Aircraft for Validation), un prototype d'aile volante Airbus, présenté le 11 février 2020
    • et dans l'industrie : le premier exemplaire, le premier modèle réel d'un objet, d'une machine, d'un véhicule, établi afin de le mettre au point, avant d'entreprendre la fabrication en série.

Sources : wiktionary.org, www.cnrtl.fr et www.larousse.fr

"Un vil gredin" ou "Des vils gredins".

J'adore ces locutions nominales du registre désuet désignant une ou des personnes malfaisantes, dénuées de toute valeur morale, ne méritant aucune considération ; abjectes, méprisables.

Naturellement, elles sont essentiellement employées, de nos jours, au second degré, à des fins purement humoristiques.

"Tout va très bien, Madame la marquise".

J'adore cette expression proverbiale utilisée pour désigner une attitude d'aveuglement face à une situation désespérée et une tentative maladroite d'en dissimuler la gravité.

Entrée depuis longtemps dans le langage courant, elle appartient même désormais, hélas, je crois, au registre désuet, car son usage me semble réellement se raréfier.

Il s'agit, à l'origine, du titre et du refrain d'une drolatique chanson de 1935 de Paul Misraki, devenue l'un des plus grands succès de l'orchestre de Ray Ventura et ses collégiens.

Écoutez la donc : vous ne serez pas déçus, je crois, car elle n'a - à mes yeux tout du moins - pas pris une ride ! L'énumération des catastrophes progressivement annoncées par quatre domestiques à leur maîtresse est tout aussi hilarante que leur façon d'en minorer complètement l'importance.

Un vrai délice qui a merveilleusement traversé le temps !

La chanson interprétée par Ray Ventura et ses collégiens (1935)

Paroles

Allô, allô James !
Quelles nouvelles ?
Absente depuis quinze jours,
Au bout du fil,
Je vous appelle ;
Que trouverai-je à mon retour ?

Tout va très bien, Madame la Marquise,
Tout va très bien, tout va très bien.
Pourtant, il faut, il faut que l'on vous dise,
On déplore un tout petit rien :
Un incident, une bêtise,
La mort de votre jument grise,
Mais, à part ça, Madame la Marquise
Tout va très bien, tout va très bien.

Allô, allô Martin !
Quelles nouvelles ?
Ma jument grise morte aujourd'hui !
Expliquez-moi,
Cocher fidèle,
Comment cela s'est-il produit ?

Cela n'est rien, Madame la Marquise,
Cela n'est rien, tout va très bien.
Pourtant il faut, il faut que l'on vous dise,
On déplore un tout petit rien :
Elle a péri
Dans l'incendie
Qui détruisit vos écuries.
Mais, à part ça, Madame la Marquise
Tout va très bien, tout va très bien.

Allô, allô Pascal !
Quelles nouvelles ?
Mes écuries ont donc brûlé ?
Expliquez-moi
Mon chef modèle,
Comment cela s'est-il passé ?

Cela n'est rien, Madame la Marquise,
Cela n'est rien, tout va très bien.
Pourtant il faut, il faut que l'on vous dise,
On déplore un tout petit rien :
Si l'écurie brûla, Madame,
C'est qu'le château était en flammes.
Mais, à part ça, Madame la Marquise
Tout va très bien, tout va très bien.

Allô, allô Lucas !
Quelles nouvelles ?
Notre château est donc détruit !
Expliquez-moi
Car je chancelle
Comment cela s'est-il produit ?

Eh bien ! Voila, Madame la Marquise,
Apprenant qu'il était ruiné,
A peine fut-il rev'nu de sa surprise
Que M'sieur l'Marquis s'est suicidé,
Et c'est en ramassant la pelle
Qu'il renversa toutes les chandelles,
Mettant le feu à tout l'château
Qui s'consuma de bas en haut ;
Le vent soufflant sur l'incendie,
Le propagea sur l'écurie,
Et c'est ainsi qu'en un moment
On vit périr votre jument !
Mais, à part ça, Madame la Marquise,
Tout va très bien, tout va très bien.

Une chanson présente dans les aventures de Tintin

Comme me l'a fort justement rappelé un vieil ami à moi, le grand Hergé lui-même fait référence à cette chanson, déjà devenue une expression en 1948, treize ans après sa sortie.

"Le temple du soleil", 14e album des aventures de Tintin, publié par Hergé en 1949 (et de 1946 à 1948 dans le journal "Tintin")
"Le temple du soleil", 14e album des aventures de Tintin, publié par Hergé en 1949 (et de 1946 à 1948 dans le journal "Tintin")

Dans l'album "Le temple du soleil", alors que Tintin et Haddock sont condamnés au bûcher par les Incas, le capitaine, entendant Tintin - qui a un plan pour les tirer d'affaire - lui dire : "Tout va bien !", lui rétorque en effet : "Tout va très bien !... Tout va très bien, Madame la marquise !...".

Case extraite "Le temple du soleil", le 14e album des aventures de Tintin, publié par Hergé en 1949 (et de 1946 à 1948 dans le journal "Tintin")

 Souvenir personnel :

J'ai personnellement découvert cette petite merveille très jeune, mais de façon indirecte, grâce à la superbe parodie qu'en avait réalisé, en 1971, l'idole de mes dix ans, Thierry Le Luron : "Tout va très bien, Pompon ça s'organise".

Le deuxième 33t de Therry Le Luron (1971)

Dans celle-ci, dont un demi-siècle plus tard je me souviens encore de la plupart des paroles, tant j'ai pu l'écouter et la réécouter, le jeune imitateur de 19 ans faisait appeler le Premier ministre Jacques Chaban-Delmas par le président de la République Georges Pompidou.

Source : wikipedia.org

"Sis à" ou "Sise à".

Il s'agit des participes passés masculin et féminin du - fort peu usité - verbe "seoir".

Et signifient : "Situé(e) à" ou "Établi(e) à".

On dit par exemple : "M. Dumas est le gérant de cette société, sise au 22 rue de la Mirabelle".

Ou : "Il s'agit d'un cabaret, sis au 120 boulevard du Roi".

Pour ma part, bien que ces jolies formules appartiennent évidemment au registre désuet ainsi qu'à un certain vocabulaire et jargon administratif, immobilier, juridique et judiciaire, je ne me prive pas de les utiliser.

"Un brûlot".

  • Au sens propre, ce substantif masculin désignait autrefois : un petit navire chargé de matières combustibles, destiné à incendier les bâtiments ennemis.
  • et au sens figuré, il désigne aujourd'hui : ce qui est susceptible de causer des dégâts, un scandale ; en particulier un article de journal polémique, "incendiaire".

On dit par exemple : "Cet article est un brûlot : vous ne pouvez pas publier une chose pareille !".

Source : wiktionary.org

"Un mécréant".

Ce substantif masculin désigne - au sens propre - une personne n'adhèrant pas à la religion considérée comme la seule vraie. C'est à dire, originellement : la religion chrétienne.

Naturellement ce terme est aujourd'hui désuet, mais on l'utilise, dans une acception moderne et plaisante, pour désigner une personne n'ayant aucune religion.

On n'écrit pas : "Demeurer coit", "Rester coit" ou "Se tenir coit" !

Mais : "Demeurer COI", "Rester COI" et "Se tenir COI" !

Sans "t" final, même si le féminin de cet adjectif du registre désuet et du registre soutenu signifiant "tranquille et silencieux" est bien "coiTE".

"Le disque est rayé".

Cette expression du registre familier et du registre désuet s'utilise - au sens figuré - pour signifier amicalement à quelqu'un qu'il se répète, rabâche, voire ressasse à l'envi les mêmes choses.

Ou le dire d'une personne, dont on peut éventuellement sous-entendre ainsi qu'elle radote.

Cette formule "le disque est rayé" fait référence à l'époque où l'on écoutait des disques 78t en gomme-laque noire puis des disques vinyles noirs 45t ou 33t.

Disques 45t, 78t et 33t

Dans tous les cas, il était absolument nécessaire de les manipuler et stocker avec précaution afin de ne pas les rayer.

Saphir de tourne-disque lisant un disque vinyle noir
Saphir de tourne-disque lisant un disque vinyle noir

Faute de quoi, la tête de lecture (ou "saphir") du phonographe - puis du tourne-disque ou de la chaîne stéréo - sursautait et hoquetait curieusement, répétant sempiternellement la même dernière phrase située avant la rayure, car incapable de franchir celle-ci et se faisant rejeter à chaque tour sur le sillon précédent.

Source : www.mots-surannes.fr

Les 19 verbes français spécifiques signifiant "Mettre bas".

De nombreuses espèces animales - toutes mammifères - disposent d'un verbe spécifique pour désigner l'action d'action d'avoir un petit ou de "mettre bas", appelée "parturition" ou "mise bas".

Ainsi :

  • chez les animaux domestiques :
    • la chatte chatonne d'un chaton (verbe "chatonner") ou chatte d'un chaton (registre désuet) (verbe "chatter"),

Une chatte ayant mis bas ses chatons

    • et la chienne chienne d'un chiot (verbe "chienner"), mais elle ne chiotte pas !

Le "chiennage" : une chienne mettant bas ses chiots

  • chez les animaux de la ferme :
    • l'ânesse ânonne d'un ânon (verbe "ânonner"),
    • la brebis agnèle d'un agneau (verbe "agneler"),

L'agnelage : une brebis en train de mettre bas son agneau

    • la chèvre biquette d'un biquet (verbe "biqueter") (registre familier et registre désuet) ou chevrete, chevrète, chevrette ou chevrote d'un chevreau (verbes "chevreter", "chevrèter", "chevretter" ou "chevroter"),
    • la jument pouline d'un poulain (verbe "pouliner") puis repouline d'un autre poulain (verbe "repouliner"),

Le "poulinage" : une jument venant de mettre bas son poulain

    • la  lapine lapine (verbe "lapiner") (pour les normands), levrète ou levrette d'un lapereau (verbes "levreter" ou "levretter"),
    • la truie cochonne d'une gorette, d'un cochonnet, d'un goret, ou d'un porcelet (verbe "cochonner"), mais elle ne gorette pas (verbe "goreter") !

Le "goretage" : une truie mettant bas ces gorets

    • et la vache vêle d'un veau (verbe "vêler").

Une vache, dans un pré, en train de vêler

  • et chez les animaux sauvages :
    • la biche faonne d'un faon (verbe "faonner"),
    • la hase levrète ou levrette d'un levraut (verbes "levreter" ou "levretter"),
    • et la louve louvète d'un louveteau (verbe "louveter").

Source : wiktionary.org

"Des espèces sonnantes et trébuchantes".

  • Cette jolie expression du registre désuet a d'abord désigné :
    • au sens propre : de l'argent sous forme de pièces de monnaie authentiques (et non de pièces contrefaites, de fausse monnaie),
    • puis, au sens figuré, et par extension, de façon plaisante : de la monnaie fiduciaire ou "argent liquide" (pièces de monnaie ou billets de banque), par opposition à la monnaie scripturale (chèques, cartes bancaires, virements).
  • L'adjectif "sonnantes" fait référence au son clair que les pièces d'or et d'argent font quand elles s'entrechoquent et "sonnent" juste.

Pensez à Don Salluste (Guy de Funès) et à son valet Blaze (Yves Montand) dans "La folie des grandeurs", le film franco-hispano-italo-allemand réalisé en 1971 par Gérard Oury, adapté de la pièce de Victor Hugo "Ruy Blas" (1838).

Affiche du film français "La folie des grandeurs" de Gérard Oury (1971)

Et à la célébrissime scène où Don Salluste détecte à l'oreille, qu'il manque une pièce parmi les centaines que fait "sonner" son valet Blaze, au matin, afin de le réveiller : "C'est l'or, il est l'or, l'or de se réveiller, monseignor, il est huit or !".

  • Et l'adjectif "trébuchantes" fait référence à l'une des acceptions du mot "trébuchet", désignant une petite balance à plateaux permettant autrefois de peser les pièces avec précision, afin de s'assurer qu'elles pesaient bien le poids de métal précieux prévu.

Une pièce "trébuchante" avait passé l'épreuve du trébuchet, qu'elle avait emporté par sa pesanteur et correctement fait pencher.

J'ai cependant toujours été étonné pour ma part par cette expression, dans la mesure où le véritable nom de ce type de trébuchet utilisé en numismatique est le "Biquet" !

Souvenir personnel

Assez curieusement, cette expression est en partie à l'origine de ce blogue J'aime les mots !

Elle m'avait en effet énormément intrigué étant enfant, à l'été 1967... Alors que je faisais des courses avec mon grand-père, à Payrac (46), l'épicière avait réclamé devant nous, à un client agriculteur, des "espèces sonnantes et trébuchantes", ce qui m'avait laissé pantois. Évidemment, j'avais alors pensé au premier sens du verbe "trébucher" signifiant tomber... et ne connaissais même pas cette acception du mot "espèces" signifiant "monnaie fiduciaire" ou "argent liquide" !

Et comme ce monsieur élevait toutes sortes d'animaux domestiques, j'avais été interloqué par cette étrange formule d'"ESPÈCES... SONNANTES et TRÉBUCHANTES" ; m'interrogeant sur les "espèces" ANIMALES susceptibles à la fois de TOMBER (j'excluais les oiseaux de la basse-cour et ses pigeons, mais pensais à ses vaches et cochons...)... et de SONNER !

Je songeais bien au "coucou" des pendules, mais je n'imaginais guère l'oiseau "coucou"... "trébucher" !

Bref : un incroyable mystère, dont j'ai naturellement demandé l'explication à mon grand-père dès la sortie du magasin, ce qui l'avait bien fait rire. Celui-ci m'avait alors expliqué le sens moderne de cette superbe expression. Et, parce qu'il ne connaissait pas lui-même la signification exacte de l'adjectif "trébuchantes", il m'avait montré, sitôt rentré à la maison, comment on pouvait la chercher - et surtout la trouver ! - dans cet incroyable livre qu'était LE DICTIONNAIRE ; faisant ainsi mon bonheur et initiant ma passion pour cet ouvrage, qui m'ouvrait la porte sur le monde merveilleux et sans fin des mots !

Inutile de vous préciser que celle-ci ne m'a plus jamais quitté depuis plus lors !

Sources : www.linternaute.fr et www.expressio.fr

"Biqueter".

Ce verbe du registre désuet pouvait avoir autrefois, selon le contexte, deux significations très différentes :

  • mettre bas, dans le registre familier, pour une chèvre, familièrement appelée "bique",
Mise bas d'une chèvre qui "biquette" un "biquet" ou "chevreau"
Mise bas d'une chèvre qui "biquette" un "biquet" ou "chevreau"
  • ou peser des pièces au biquet.

Source : wiktionary.org